/news/provincial
Navigation

Un adversaire de Loranger interpelle la ministre des Affaires municipales

Le conseiller Gaétan Pageau demande l’intervention d’Andrée Laforest

Un adversaire de Loranger interpelle la ministre des Affaires municipales
Photo Jean-François Desgagnés

Coup d'oeil sur cet article

Troublé par les déclarations-chocs d’Émile Loranger faites à une enquêteuse de la Commission municipale du Québec, le conseiller municipal Gaétan Pageau demande à la ministre Andrée Laforest d’intervenir.

L’adversaire politique du maire de L’Ancienne-Lorette est visiblement loin de se satisfaire de l’éventuelle suspension de 60 jours qui lui pend au bout du nez, pour des manquements à l’éthique pour lesquels il a plaidé coupable mardi. La décision est attendue d’une journée à l’autre.

Rappelons que M. Loranger, qui s’est placé en situation de conflit d’intérêts en votant contre une demande d’enquête le concernant, ne témoignera jamais à la barre dans cette affaire puisque le procès de quatre jours a été annulé en raison de son plaidoyer de culpabilité. 

Cependant, il avait livré le fond de sa pensée lors d’un interrogatoire dont nous avons obtenu la transcription, écorchant au passage le greffier de la Ville (qu’il tient en partie responsable de son malheur), le directeur de l’urbanisme et des conseillers municipaux dans le camp adverse. 

Gaétan Pageau a été visé personnellement par le maire Loranger, qui lui reproche de vouloir «sa peau» et de vouloir «se venger» parce qu’il a défait son père, Marcel Pageau, aux élections de 1983. 

«Je ne veux pas embarquer là-dedans», a d’abord répondu M. Pageau en entrevue, déplorant ensuite les «insultes» lancées par le maire à tout un chacun. 

«Comment croire ses excuses?»

«C’en est troublant de voir à quel point il semble n’avoir aucune considération pour les employés de la Ville et même les membres du conseil. C’est troublant de voir ça. Comment croire en une future lettre d’excuses après avoir lu ce témoignage-là? Comment on peut croire ça, sincèrement? Est-ce que ça va bien, M. Loranger? Je pense qu’on est en droit de se poser cette question-là», a-t-il renchéri, interpellant directement la ministre des Affaires municipales. 

«La question principale qui se pose maintenant, c’est à Mme Laforest. C’est quoi la suite? Qu’est-ce que ça prend de plus pour intervenir à L’Ancienne-Lorette?» 

En décembre 2018, Mme Laforest avait elle-même demandé une enquête sur les agissements d’Émile Loranger à la suite de son vote controversé. 

Elle était allée plus loin en mêlée de presse, évoquant la possibilité de demander une enquête publique. «Ce qui est peut-être anormal, c’est qu’il y a des agissements depuis 2016 assez particuliers avec le maire Loranger», avait-elle déclaré. 

Pas allées au fond des choses

M. Pageau a le sentiment que les autorités compétentes ne sont pas allées au fond des choses à la suite du règlement hors cour pour la plainte de harcèlement psychologique contre le maire. Il n’a pas été possible de joindre l’attachée de presse de la ministre hier. 

La porte-parole de la Commission municipale nous avait cependant laissé comprendre, la veille, que le dossier était clos et qu’il n’y aurait pas de suite de leur côté en lien avec le dossier de harcèlement psychologique. 

«Moi, là, je suis rendu une putain», déclare le maire

Habitué des formules-chocs, le maire de L’Ancienne-Lorette n’a pas fait dans la dentelle lors de son interrogatoire avec une enquêteuse de la Commission municipale avant son procès. La transcription de 138 pages de son témoignage contient quelques perles, dont celle-ci, quand il revient sur sa bataille pour la défusion de sa municipalité, annexée à Québec. À l’époque, le député Roch Cholette avait fait inscrire dans le programme libéral la possibilité de se défusionner, raconte-t-il. «Je suis devenu instantanément libéral. Moi, là, je suis rendu une putain, hein. J’étais péquiste avant. Je suis devenu libéral. Là, je suis caquiste. Je vote n’importe quoi. Plus jamais péquiste, par exemple.» Le maire Loranger, faut-il le rappeler, avait fait la manchette en août 2018 pour un prêt personnel controversé de 55 000 $ au député de la CAQ, Éric Caire, et à son ex-conjointe, qui dirigeait le cabinet du maire à l’époque. 

«Tout le monde va être remboursé», promet-il

Convaincu de remporter la bataille judiciaire de la quote-part contre la Ville de Québec, Émile Loranger promet de verser l’argent de la victoire aux citoyens qui ont été surfacturés durant plusieurs années, n’en déplaise à ceux qui ne penseraient pas comme lui. «C’est sûr qu’on va gagner. Tout le monde va être remboursé, over my dead body, puis il n’y a pas un osti de conseiller qui va m’empêcher de le faire», a-t-il déclaré lors de son interrogatoire préalable à son procès pour ses manquements à l’éthique. «Je sais que “ti-cul” Pageau, puis les autres, le 25 millions $ qu’on va retirer, ils veulent le mettre dans les poches de la Ville pour se payer du bon temps. Vous savez, en politique, c’est bien plus l’fun de couper des rubans, puis d’embrasser des bébés qui sentent la marde que de réparer les égouts. Mais c’est les égouts, la priorité», a-t-il lâché à une enquêteuse. 

Le maire justifie ses deux dîners au restaurant

Accusé d’avoir tenté d’influencer les conseillers André Laliberté et Josée Ossio pour « favoriser ses intérêts personnels » lors de deux dîners au Rascal, Émile Loranger jure qu’il n’a jamais discuté avec eux de la demande d’enquête le concernant. Ces deux repas, totalisant 121 $ et payés à l’origine avec la carte de crédit de la Ville, ont eu lieu les 23 et 26 novembre, bien avant le dépôt d’une résolution à cet effet, le 11 décembre. «L’ordre du jour [n’était] même pas sorti», a insisté le maire lors de son interrogatoire avec la Commission municipale du Québec (CMQ). «On n’a pas parlé de l’enquête, on n’a pas parlé de la Commission, puis j’ai surtout pas parlé de la résolution. Je ne savais même pas qu’il y avait une résolution qui s’en venait», s’est-il défendu. Les quatre chefs d’accusation concernant ces deux dîners ont d’ailleurs été abandonnés par la poursuite, mardi.

Visitez qub.radio pour ne rien manquer de notre programmation quotidienne et de nos baladodiffusions