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Un mouvement pour «éradiquer» les inconduites sexuelles en humour

Bloc micro stand-up humour
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Jugeant que les inconduites sexuelles sont encore trop courantes dans le milieu de l’humour, même après le phénomène #MoiAussi, des humoristes de la relève et des organismes s’unissent dans le but «d’éradiquer» ces comportements au sein de l’industrie. 

En créant le mouvement baptisé «Pour les prochaines», les humoristes Audrey-Anne Dugas et Catherine Thomas, avec l’appui du Regroupement des centres de femmes du Québec qui rejoint plus de 300 000 femmes annuellement, interpellent les acteurs de la scène comique du Québec dans le but de «transformer une culture toxique» en posant des actions concrètes. 

«Il est urgent que l’on réforme notre approche face aux violences sexuelles, que l’on s’engage tous à bâtir un milieu de travail sain et sécuritaire, pour les prochaines», affirme le regroupement dans son manifeste, obtenu en primeur par TVANouvelles.ca, jeudi matin. Le document devait être rendu public lors d’une conférence de presse prévue en début d'après-midi, à Montréal. 

Cette initiative a été lancée en réaction à un courriel anonyme ayant été expédié à de nombreux membres de l’industrie du Québec il y a quelques semaines. Des victimes d’agressions sexuelles y dénonçaient une vingtaine d’humoristes. Les comportements reprochés à ceux-ci étaient multiples: agressions sexuelles, violences et abus sexuels, harcèlement sexuel en ligne, exposition des parties génitales en personne et envoi de photos nues non sollicitées, entre autres. 

ÉCOUTEZ l'entrevue d'Audrey-Anne Dugas et Catherine Thomas à QUB radio:

Même si Pour les prochaines affirme ne pas être à l’origine de cet envoi ayant fait grand bruit dans le milieu du spectacle, les instigatrices de ce mouvement tiennent à prendre la défense des victimes, appelées les «Anonymes». 

«Mentionnons aussi que les Anonymes n’en étaient pas à leur première tentative d’appel à l’aide et que plusieurs d’entre elles avaient essayé de dénoncer aux bonnes instances, sans jamais avoir été entendues, affirment les auteures du manifeste. Bien que l’action ait été qualifiée de maladroite par plusieurs, nous devons la considérer comme un cri du cœur d’êtres humains en détresse psychologique.» 

Blâmes et menaces de mort 

Selon «Pour les prochaines», les victimes s’étant exprimées sous le couvert de l’anonymat dans le fameux courriel «ont été blâmées pour le contenu de leur envoi». Les personnes les ayant soutenues ont également «reçu des menaces de mort, subi de l’intimidation, reçu des menaces de mises en demeure, subi du harcèlement psychologique et ont fait l'objet de menaces à l'effet que leurs carrières étaient finies». 

«Nous croyons que la réputation et le droit d’un homme à travailler ne peuvent pas être plus importants que la santé, la sécurité, l’intégrité, la réputation et le droit à travailler des femmes», affirment les initiatrices du regroupement. 

Même si des mesures ont déjà été mises en place dans l’industrie après la vague de dénonciations contre Gilbert Rozon et Éric Salvail, elles sont jugées «insuffisantes» par les victimes, ajoutent les instigatrices. 

Concrètement, elles réclament une banque de dénonciation anonyme parmi les humoristes et les travailleurs de l’industrie, en plus de la mise sur pied d’un protocole d’intervention clair qui serait utilisé par les personnes en position d’autorité lorsqu’une situation leur est rapportée. Elles veulent également que des services psychologiques soient offerts «pour les individus aux comportements dénoncés». 

«Les "perpétrateurs" des violences sexuelles doivent aussi être suivis et aidés même s’ils n’ont pas été judiciarisés», soutiennent-elles. 

Finalement, elles souhaitent qu’un calendrier de formations annuelles sur les comportements inacceptables soit établi pour tous les travailleurs du milieu. 

Elles lancent donc un appel aux gros joueurs de la scène humoristique, que ce soit l’École nationale de l’humour (ENH), l’Association des professionnels de l’industrie de l’humour (APIH), les producteurs et les gérants, à agir «pour protéger les femmes». 

Une enquête du Groupe de recherche sur l’industrie de l’humour menée en 2018 auprès de 99 créatrices en humour au Québec démontre que 52% des répondantes ont été victimes de gestes à caractère sexuel désobligeants par un membre de l’industrie ou en ont été témoins.