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«Blagueur»: Richardson Zéphir, inspiré et pertinent

«Blagueur»: Richardson Zéphir, inspiré et pertinent
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

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MONTRÉAL – Richardson Zéphir présente ces jours-ci son troisième spectacle, «Blagueur», à Zoofest, et fait la démonstration, avec ce solo d’une heure, qu’il est un humoriste inspiré, au propos pertinent, et de surcroît doté d’un charisme fou.

Le petit Théâtre Sainte-Catherine convient parfaitement au style de Richardson Zéphir, qui échange avec les spectateurs en toute simplicité sans s’enfarger dans les fleurs du tapis, à l’heure tardive de 22 h 30.

Les 60 minutes en compagnie de celui qui est aussi comédien («Bye Bye», «Les Simone», «Faits divers», etc.) et avait déjà l’expérience de ses «one man shows» «Je vais mourir en premier dans le film» et «Sexy Chocolat» derrière la cravate, filent bien vite.

«Blagueur»: Richardson Zéphir, inspiré et pertinent
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

Murphy et Armstrong

Zéphir n’a pas besoin de creuser profondément pour trouver sa matière première. Comme bien d’autres artistes de «stand-up», il puise dans le monde qui l’entoure pour exercer ses talents oratoires.

Mais le regard qu’il pose sur ses origines haïtiennes («Je mens toujours sur mon identité en début de spectacle, c’est ma façon de vérifier s’il y a des gens de la Meute dans la salle»), le véganisme («Avant, les enfants jouaient à "Roche, Papier, Ciseaux", aujourd’hui ils jouent à "Viande, gluten, pollen"»), le célibat (et les réactions incertaines provoquées par celui-ci) et, surtout, sur la colère ambiante qui s’exprime maintenant un peu partout, sur la route comme sur les réseaux sociaux, lui est propre et se distingue du lot par son intelligence.

Qui plus est, son énergie, sa répartie toujours bien tournée et ses mimiques compensent largement son absence de décor et de mise en scène, tant sa seule personnalité irradie.

«Blagueur»: Richardson Zéphir, inspiré et pertinent
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

Quand il jase d’appropriation culturelle en s’imaginant jouer dans «Les pays d’en haut», on ne peut que saluer sa vivacité d’esprit. «J’suis trappeur, mais dans mon pays, j’étais docteur», lance-t-il en guise de réplique.

Richardson Zéphir décrit par ailleurs l’indélicatesse des gens qui, en raison de la couleur de sa peau, ne se gênent pas pour s’enquérir de la longueur de «son membre», parle des Haïtiens dont «le nom de famille ressemble à un poème», raconte comment un échangeur du métro l’a terrorisé lorsqu’il était adolescent, se confie sur sa peur des abeilles (il compare aussi les fourmis à des «douchebags») et remet en question les publicités du gouvernement contre le cannabis.

«Blagueur»: Richardson Zéphir, inspiré et pertinent
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

Décrits ainsi, ses textes semblent partir dans tous les sens, mais l’heure est pourtant bien tassée, et les sujets s’attachent aisément l’un à l’autre.

Parfaitement à point, son imitation de la voix nasillarde d’Eddy Murphy en version française est impayable. Son pastiche de Louis Armstrong et «What a Wonderful World» est tout aussi ressemblant et délicieux.

«Blagueur»: Richardson Zéphir, inspiré et pertinent
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

Richardson Zéphir gagnerait à retravailler la conclusion de sa prestation, qu’il finit un peu abruptement, pour concocter une chute un peu plus coup-de-poing, à l’image de sa tirade de l’heure précédente, mais le garçon se rachète justement avec cette relecture d’Armstrong qui ferait pâlir d’envie un André-Philippe Gagnon.

Richardson Zéphir présente encore «Blagueur» au Théâtre Sainte-Catherine les 15, 16 et 17 juillet prochains, dans le cadre de Zoofest.

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