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La Turquie et l’incompétence des États-Unis

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La Turquie a reçu hier les ­premières livraisons d’une arme russe ­redoutable : des missiles de défense ­téléguidés. Ces missiles seraient les meilleurs au monde. Le gouvernement américain est furieux et inquiet.

Furieux, parce que ces missiles russes sont des concurrents directs des missiles américains Patriot. Inquiet, parce qu’il redoute que les militaires russes profitent de l’installation des S-400 pour recueillir des informations sur les avions F-35 américains que la Turquie veut acquérir. La vente des F-35 à la Turquie est donc en péril. Cette querelle sur l’armement est le résultat d’une lutte beaucoup plus profonde : une lutte de la Russie et de la Chine contre les intérêts américains.

1. Pourquoi la Turquie achète-t-elle des missiles russes ?

Normalement, les membres d’une même alliance, l’OTAN en l’occurrence, doivent s’acheter des armes entre eux. Au départ, la Turquie voulait acheter des missiles Patriot. Mais elle exigeait des transferts de technologies qui ont été bloqués par le Congrès ­américain. C’est que la Turquie veut construire sa propre industrie nationale de missiles avancés. Devant le refus américain de transférer ces technologies, les Turcs se sont tournés vers les Russes.

2. Quelle est la réaction des États-Unis ?

Le gouvernement américain a averti la Turquie que si elle recevait des missiles S-400, sa commande d’avion F-35 serait annulée. Même si la Turquie a déjà investi un milliard de dollars américains dans le programme des F-35 et même si elle fabrique près d’un millier de pièces pour cet appareil. Mais le gouvernement turc espère que les Américains n’imposeront que des sanctions symboliques à la Turquie, étant donné son rôle central dans l’OTAN et étant donné la tension avec l’Iran.

3. Que cherche la Turquie ?

La Turquie a toujours mené une ­politique de coopération sélective, avec ses alliés comme avec ses ennemis. Par exemple, au temps de la guerre froide, elle a coopéré avec l’URSS pour contrôler la mer Noire.

Mais les intérêts entre la Turquie et les États-Unis divergent de plus en plus. Ainsi, les vastes champs gaziers découverts récemment en mer Méditerranée au sud de Chypre sont convoités par plusieurs pays, en alliance avec des compagnies pétrolières américaines. L’appui américain aux Kurdes est décrié par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui est soupçonné de mener des politiques génocidaires à leur endroit. Enfin, Erdogan est un islamiste aux méthodes autoritaires proches de celles de Vladimir Poutine.

4. En quoi la Chine est-elle concernée par la Turquie ?

La Turquie est un pays qui fait face à des ­problèmes économiques importants. ­L’inflation est à 16 % et le taux de ­chômage ­atteint 14 %. Les récents déboires du ­parti d’Erdogan aux élections d’Istanbul ­proviennent en partie de l’insatisfaction de la population envers ses politiques économiques. Or, Erdogan a effectué au début ­juillet une visite d’État à Pékin. C’est que le président turc aimerait bien que son pays profite de la nouvelle route de la soie et des capitaux chinois qui viennent avec elle. La route de la soie peut faire ­sortir les pays qui en bénéficient de la sphère ­d’influence ­économique des États-Unis.

5. En quoi les États-Unis sont-ils ­responsables de la situation ?

L’OTAN s’effrite, et ce qui arrive avec la ­Turquie le montre bien. Les États-Unis ­récoltent les fruits amers de leurs politiques stupides et cupides envers le monde arabe, la Chine et la Russie. Malheureusement, les dirigeants américains semblent plus incapables que jamais de remédier à la situation.