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Il a dirigé un réseau mondial de trafic de fentanyl depuis sa cellule à Drummondville

Son fentanyl a tué quatre Américains

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Un criminel a mis le système carcéral canadien dans l’embarras hier, aux États-Unis, en avouant qu’il avait dirigé un réseau mondial de trafic de fentanyl même s’il était enfermé au pénitencier de Drummondville.

Daniel Vivas Ceron, un ex-résident de Mont­réal, a plaidé coupable à de graves accusations à Fargo, dans le Dakota du Nord. 

Le détenu d’origine colombienne est pointé du doigt pour avoir été à l’origine de 15 surdoses, dont quatre mortelles. 

«À partir de sa cellule dans une prison canadienne, Daniel Vivas Ceron dirigeait une dangereuse organisation criminelle qui a enlevé la vie à quatre Américains et alimenté la crise tragique des opioïdes dans notre pays», a déploré hier l’un des hauts gradés du département de la Justice, le procureur général adjoint Brian Banczkowski. 

Le malfrat de 38 ans est passible d’une peine minimale de 20 ans qui pourrait aussi se prolonger à perpétuité. La date de sa sentence n’a pas encore été fixée. 

En 2004, Vivas Ceron a écopé de 15 ans de taule pour tentative de meurtre sur quatre personnes qu’il a blessées lors d’une fusillade à Westmount. 

Au pénitencier à sécurité moyenne de Drum­mondville, il est devenu «le leader» d’un réseau clandestin qui importait du fentanyl de Chine vers le Canada et exportait ensuite ce puissant opioïde aux États-Unis, selon des documents judiciaires auxquels Le Journal a eu accès. 

Sur le dark web

Entre 2013 et 2015, au moyen d’un téléphone intelligent qu’il n’avait pas le droit de posséder derrière les barreaux, Ceron menait ses affaires sur le web invisible [aussi appelé le dark web] en utilisant une vingtaine d’alias, dont «Joe Bleau». 

Il approvisionnait «plusieurs organisations de narcotrafiquants aux États-Unis», et sa marchandise illicite a été vendue du New Jersey à la Floride et jusqu’en Oregon. 

Le décès par surdose d’un jeune de 18 ans au Dakota du Nord, le 3 janvier 2015, a incité les autorités américaines à déclencher une vaste enquête avec l’aide de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). 

«Joe Bleau» a fini par être identifié après avoir vendu pour 25 000 $ de fentanyl à des agents doubles. Il a été arrêté à l’été 2015 après être sorti du pénitencier de Drummondville. 

L’enquête a également permis d’accuser devant la justice américaine 31 autres trafiquants – dont un Américain condamné à la prison à vie en 2016 – ou présumés complices de ce Colombien. 

Parmi eux, on compte quatre Chinois et cinq Québécois, dont une femme d’origine asiatique qui était l’amie de cœur de Vivas Ceron. 

Des photos et un appel pour qu’il craque 

Le trafiquant a déballé son sac aux policiers américains après une discussion émotive au téléphone avec son amie de cœur, qui était elle-même interrogée par la GRC à Westmount. 

C’est ce qu’on apprend dans des documents judiciaires du projet d’enquête Caboche que la GRC a mené avec les agents américains de la sécurité intérieure (Homeland Security) et du contrôle des drogues (Drug Enforcement Administration). 

Le 17 juillet 2015, le caporal Dany Turcot a arrêté Marie Um, décrite comme l’amie de cœur de Vivas Ceron, pour l’interroger au quartier général de la GRC. 

Le matin même, Vivas Ceron avait quitté le Canada et se faisait cuisiner par les enquêteurs américains qui l’ont qualifié de «très intelligent». 

Il était «sous le choc» quand les agents lui ont exhibé des photos de filature montrant sa conjointe en train de «recevoir des paquets contenant de la drogue» et de sa mère, en Colombie, avec des enveloppes «contenant des paiements pour les drogues». 

Il passe à table

Ceron s’est vite mis à table avec les enquêteurs, mais sa conjointe refusait de répondre aux questions du caporal Turcot. 

Les policiers ont alors «organisé un appel téléphonique entre Ceron et Um» dans l’espoir que celle-ci coopère. 

«L’appel a duré cinq minutes. Ceron avait les larmes aux yeux pendant leur conversation», selon un agent américain. 

«Il lui a dit qu’il prendrait l’entière responsabilité [des crimes] et de ne pas s’inquiéter pour lui», a témoigné le caporal Turcot. 

Ceron a livré des aveux en jurant que sa conjointe et sa mère ne savaient rien de sa «business». Sa conjointe de 38 ans n’a fait aucune déclaration à la GRC. Elle est inculpée de complot au Dakota du Nord, mais ne fait l’objet d’aucune procédure d’extradition. 

Un autre complice allégué est le Mont­réalais Jason Joey Berry, qui exploitait le premier laboratoire de fentanyl démantelé par le SPVM, en 2013. Il purge sa peine de neuf ans au pénitencier à sécurité maximum de Donnacona.