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Un Montréalais craint de mourir faute de soins

Aucun médecin n’arrive à identifier et traiter correctement sa maladie

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Photo Hugo Duchaine Aucun hôpital ne veut hospitaliser Yves Roy, 58 ans, malgré sa perte de 55 livres en un an et demi à force de ne rien digérer.

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Un homme de Montréal qui a perdu 55 livres en un an et demi et qui se dit incapable de digérer sa nourriture déplore que les hôpitaux l’abandonnent en le renvoyant chez lui plutôt que de l’hospitaliser.

« Je suis seul et je suis en train de mourir tranquillement », lance en colère Yves Roy.

À seulement 58 ans, il dit avoir tout perdu à cause de sa maladie, qu’aucun médecin n’arrive à identifier et traiter correctement.

Tout commence en novembre 2017. Constipé depuis plusieurs jours, il se rend à l’urgence. Lavements et laxatifs restent inefficaces. Les médecins multiplient les tests, mais rien n’explique son état.

Depuis des mois, ses problèmes empirent, dit-il. Il s’est rendu à plusieurs reprises dans des urgences de Montréal, Sherbrooke ou de la Rive-Sud, mais chaque fois, on l’a renvoyé chez lui.

« Je vais où ? » demande-t-il, désemparé. Son médecin de famille lui a même fait un billet en juin écrivant que son état « nécessite une hospitalisation » et qu’il devenait « critique ». Or, aucun hôpital ne le rappelle.

« Morbidité »

Il a dû changer son alimentation, coupant le blé et les sucres par exemple. Mais rien ne passe. Pourtant, il raconte s’être fait lancer par un médecin de « manger des muffins au son ».

Une diététicienne du Centre universitaire de santé McGill qu’il a consultée a noté que sa perte de poids suggérait un signe de « malnutrition et de morbidité » et elle recommandait un suivi serré.

Mais son gastro-entérologue, du même hôpital, n’a vu aucun problème. Il a cependant refusé de dire pourquoi au Journal.

M. Roy s’est tourné vers un laboratoire privé. Des tests d’inhalation ont conclu qu’il souffrait de la colonisation bactérienne chronique de l’intestin grêle (CBCG) — les bactéries du côlon qui migrent dans l’intestin. Cette maladie est communément appelée le SIBO, en anglais.

M. Roy a pris des antibiotiques, mais le traitement n’a pas fonctionné. Puis, les médecins qu’il a consultés ont rejeté les résultats de son test fait au privé.

Rien d’étonnant, tranche le gastro-entérologue Michaël Bensoussan. Le SIBO n’est pas considéré comme une entité pathologique reconnue. Certains spécialistes y croient, d’autres non, poursuit-il.

Désespoir

Il s’agit d’une situation très compliquée pour les patients, puisqu’il est difficile d’avoir des tests fiables, et des laboratoires « surfent sur le désespoir des patients qui ont des souffrances pour lesquelles la médecine ne peut rien ».

Néanmoins, le Dr Bensoussan juge inquiétant l’état de M. Roy. Il ajoute que les médecins apprennent en 3e année qu’un patient qui perd 15 % de son poids sans explication doit être hospitalisé. Selon lui, le cas de M. Roy nécessite des recherches approfondies.