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Je souffre d'anxiété de performance et j'ai cherché à comprendre ce phénomène

Je souffre d'anxiété de performance et j'ai cherché à comprendre ce phénomène
Crédit montage Marilyne Houde/ Adobe

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Avant l’université, la perspective d’avoir de mauvaises notes ne m’avait jamais empêché de dormir. Ce n’est qu’après avoir été accepté dans un programme contingenté de l’UQAM que j’ai commencé à éprouver des épisodes d’anxiété en lien avec mes performances.

C’est la gorge nouée, crampes au ventre et mains tremblantes que je remettais mes travaux scolaires.

En parlant avec les gens autour de moi, je me suis rendu compte que je suis loin d’être le seul à avoir déjà vécu ce sentiment inexplicable de paralysie à l’école ou au travail.

Pour comprendre ce phénomène désagréable, j’ai fait appel à Isabelle Plante, professeure au Département d’éducation et de formation spécialisées, qui s’intéresse à ce sujet.

François: Qu’est-ce qui différencie l’anxiété de performance de l’anxiété généralisée?

Isabelle: Il n’y a pas de diagnostic associé à l’anxiété de performance. Tout le monde peut être affecté par ça. Ce qui la distingue de l’anxiété généralisée, c’est que c’est toujours relié à une situation de performance, comme un petit quizz, un gros examen ou, au travail, à l’accomplissement de nos tâches.

Souvent, les gens vont avoir l’impression de crouler sous la pression ou de «choker». Ça peut être accompagné de maux physiques comme avoir la bouche sèche, les mains qui tremblent et des nausées.

Ultimement, la personne affectée va tellement s’en faire avec la qualité de sa performance qu’elle sera moins efficace qu’elle devrait l’être.

Moi quand mon boss me demande de remettre un texte avant 17h.
Moi quand mon boss me demande de remettre un texte avant 17h.

 

François: Pour l’avoir déjà vécu, ça peut être très handicapant d’avoir la tête qui spin sur des visions d’échec quand c’est le temps de répondre à des questions d’examen. On dirait que notre génération est plus aux prises avec ce problème que les autres. Est-ce que c’est juste une impression ou on est vraiment plus anxieux qu’avant?

Isabelle: C’est dur à dire pour plusieurs raisons. D’abord, il n’y a pas beaucoup de données à cet effet au Québec.

Aussi, avec la démocratisation de ressources médicales, il est plus facile dorénavant de se faire diagnostiquer un trouble anxieux. C’est donc difficile d’affirmer que les milléniaux sont plus affectés que leurs prédécesseurs.

Par contre, on peut penser que c’est un phénomène qui est bien présent pour la génération d’aujourd’hui.

Dans ma recherche, j’ai trouvé que les cohortes d’étudiants plus jeunes manifestaient davantage de perfectionnisme que celles des générations précédentes.

Il peut être perçu comme une conséquence de l’anxiété de performance, mais aussi comme une source d’anxiété de performance.

Selon plusieurs études américaines, environ 40% des élèves éprouveraient de l’anxiété de performance à un niveau modéré et 10% à un niveau très élevé.

Même si ces données ne sont pas spécifiques au Québec, je suis sûre que ce sont des tendances qui touchent plusieurs sociétés industrialisées, dont les jeunes Québécois.

 

François: J’ai de la misère à comprendre ce qui pourrait être à l’origine de cette anxiété-là. Pour ma part, j’ai eu une belle enfance pas trop stressante, j’ai évolué dans un bon milieu scolaire et j’ai tout de même eu des épisodes d’anxiété assez intenses. Alors, qu’est-ce qui pourrait expliquer ça?

Isabelle: Il y a une théorie concernant l’évolution du système scolaire québécois qui pourrait y être lié.

Il y a environ 20 ans, on a commencé à implanter de plus en plus de systèmes de sélection pour accéder à des établissements d’enseignement.

À l’époque, on comptait entre 20% et 25% d’élèves qui allaient dans un établissement privé ou public avec un système de sélection. Aujourd’hui, juste à Montréal, ça tourne autour de 40%.

Ces nouvelles pratiques auraient créé une sorte d’élitisme dans le milieu scolaire, où les meilleurs élèves sont récompensés en allant dans les meilleures écoles.

Cette pression d’exceller se perpétue tout au long du parcours scolaire et devient anxiogène pour le jeune.

 

François: Je comprends que vos recherches portent sur les conséquences de l’anxiété de performance en milieu scolaire, mais peut-on faire un parallèle avec le milieu professionnel?

Isabelle: C’est clair que ça suit les gens en dehors de l’école. Le contexte change, mais les modalités qui mènent à créer de l’anxiété de performance (respecter un échéancier serré, réagir rapidement et efficacement à des situations stressantes, etc.) sont très semblables.

On peut penser notamment aux pigistes qui doivent constamment prouver leur valeur pour avoir des contrats. C’est une situation qui peut être extrêmement anxiogène même pour quelqu’un qui n’est pas spécialement prédisposé à faire de l’anxiété.

 

François: Parfois, on a l’impression que ces moments difficiles sont sans issue. J’imagine qu’il y a des pistes de solution pour se sortir de ce mauvais pattern?

Isabelle: Je crois que la première étape est d’accepter son anxiété. Lorsqu’on admet qu’on est affligé par ça, c’est plus facile par la suite de contrer les crises en reconnaissant les symptômes et en agissant en conséquence.

Par exemple, tout ce qui contribue à relaxer l’esprit, comme les techniques de respiration consciente ou de méditation peuvent aider.

Il y a des coûts mentaux d’associés à ça et ça peut mener à des conditions psychologiques comme l’épuisement et la dépression. Il ne faut donc pas prendre ça à la légère.


Pour moi, consulter un professionnel de la santé mentale a déjà été nécessaire pour éviter que la bouilloire déborde. Si vous sentez que la vôtre est sur le bord d’être pleine, n’hésitez pas à aller chercher de l’aide. Ça fait juste du bien. 

Vous pouvez consulter le site de l’Ordre des psychologues du Québec pour trouver un professionnel. 

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