/news/transports
Navigation

Égout à découvert: un danger public, prévient un conducteur

Égout à découvert: un danger public, prévient un conducteur
COURTOISIE SYLVAIN TREMBLAY

Coup d'oeil sur cet article

Un Montréalais dont la voiture a été sérieusement endommagée après avoir roulé sur un trou d’homme à découvert presse les autorités de prendre cette situation au sérieux.

Sylvain Tremblay, constable spécial au palais de justice de Montréal, se rendait au travail le 10 mai dernier, à bord de sa Chevrolet Equinox. Entre 5 h et 6 h du matin, il roulait sur l’avenue Viger Est.

«C’est encore sombre à cette heure-là», relate-t-il, et la visibilité était réduite en raison d’une forte pluie.

Apercevant un objet sombre, «pas très haut», sur la voie, le conducteur passe par-dessus. «Je croyais que c’était un sac de poubelles en premier. Mais finalement, j’ai su que c’était un couvercle de trou d’homme qui était déplacé», raconte M. Tremblay.

Égout à découvert: un danger public, prévient un conducteur
COURTOISIE SYLVAIN TREMBLAY

«La roue du côté chauffeur, en avant, a pris le trou, puis là, c’est le black-out. J’ai juste un bruit de métal dans la tête, puis je me souviens d’avoir fait un tonneau. Mon épaule a cogné à terre, les coussins se sont déployés. Ça s’est passé en quelques secondes. Je me suis retrouvé sur le trottoir, dans le sens contraire au trafic.»

À ce moment, «j’ai vu des pièces en feu dans la rue». Sa priorité est alors de sortir du véhicule, craignant pour sa vie.

Égout à découvert: un danger public, prévient un conducteur
COURTOISIE SYLVAIN TREMBLAY

Malgré le tour complet sur le côté du véhicule, M. Tremblay est sorti de son accident indemne.

La carrosserie et le pare-brise ont notamment été endommagés, comme en témoignent des photos. Son véhicule a été déclaré perte totale, dit-il.

Danger pour les automobilistes

Selon M. Tremblay, les policiers arrivés sur les lieux lui auraient mentionné que ce n’est pas la première fois que ce couvercle est soulevé lors de fortes pluies. Interrogé par le 24 Heures, le Service de police de la Ville de Montréal n’a pas voulu commenter.

Une autre bouche d'égout n’était pas recouverte sur l’avenue Viger Est lors de l'accident, selon nos informations.

«C’est dangereux», dénonce M. Tremblay. «Moi, j’ai été chanceux à cause de l’équipement de mon véhicule», mais «si une moto passait là...», soupire-t-il.

Par la suite, «j’ai appelé le 311 pour dénoncer la dangerosité du trou», raconte le conducteur. Il a aussi décidé de poursuivre la Ville, mais assure que ce n’est pas pour cette raison qu’il n'alerte les médias.

«Ma priorité, c’est vraiment que les gens fassent attention», insiste M. Tremblay. Il enjoint les autorités municipales d’agir. «Tant qu’à mettre des cônes partout, mettez-en à quelque part qui est dangereux!»

Couvercle changé

La Ville affirme avoir sécurisé l’endroit depuis l'accident. «Dans le cas du trou d’homme situé à l’intersection des rues Viger et Wolfe, le couvercle a été changé pour un couvercle à haute densité afin d’en bonifier son efficacité», indique le service des communications.

«Il est très rare qu’un couvercle se déplace ou sorte de son trou d’homme», soutient-on. «Si cette situation se produit, l’arrondissement de Ville-Marie déplace un employé le plus rapidement possible sur les lieux afin de vérifier la structure et de la sécuriser.»

En 2015, un juge avait condamné Montréal à verser 1178,64 $ à Guerson Beaubrun, son automobile ayant été endommagée par l’absence de couvercle sur une ouverture d’égout, comme l’avait rapporté le Journal de Montréal.

Inondations, geysers, bouches d’égout à découvert: on pourrait en voir plus souvent 

S’il peut être difficile de prédire exactement les endroits où des bouches d’égout se trouveront à découvert, les changements climatiques risquent d’amplifier le phénomène.

Lors de pluies intenses, le volume d’eau peut excéder la capacité du réseau d’égout. «Statistiquement, au moins une fois par 10 ans, il va y avoir de l’eau dans les rues. Avec les changements climatiques, on observe que ça arrive plus souvent», dit Geneviève Pelletier, professeure au Département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval.

Même sans inondations, la pression peut disloquer des couvercles de bouche d’égout. «On sous-estime beaucoup la puissance de l’eau. Ça ne prend pas nécessairement un déluge pour soulever un couvercle de regard», souligne Mme Pelletier. «À certains endroits, c’est fréquent, c’est attendu. À d’autres endroits, normalement, c’est rare et ça arrive quand il y a une dysfonction.»

L’eau peut parfois rejaillir à des mètres de hauteur, comme le geyser survenu sur la rue Wolfe en 2011. Avec des pluies plus intenses, «il y a un risque effectivement que ce phénomène arrive de plus en plus», prédit Musandji Fuamba, professeur au Département des génies civil, géologique et des mines de Polytechnique Montréal.

Pour prévenir ces irruptions, il faut repenser la gestion des eaux pluviales et en envoyer moins vers les égouts, dit-il. «On réfléchit à des solutions durables qui permettent de retenir l’eau de pluie temporairement sur le terrain, dans des bassins.» Des fossés végétalisés sur un tronçon de la rue Papineau à Montréal, dans le cadre d’un projet-pilote, en sont un exemple.

«Une solution à court terme, c’est de boulonner le couvercle pour ne pas qu’il se soulève, parce qu’au niveau de la circulation automobile, ça peut être dangereux», mentionne Mme Pelletier. «Mais ça ne règle pas le problème de l’eau, de la vétusté ou du dysfonctionnement des infrastructures. C’est une patch pour la sécurité routière.»

Cette pratique serait à proscrire selon M. Fuamba. «Si on condamne le couvercle, la pression va faire des dégâts, elle va faire éclater la conduite.»