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FaceApp ou l’art d’offrir sa vie privée au premier venant!

Cette insouciance, généralisée, fait le bonheur de ceux qui tirent profit des données personnelles...

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Photo Fotolia

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C’est une drôle d’époque quand même... «Hey groupe! Voici ce dont j’aurai l’air dans dix ans!» Et les concepteurs de FaceApp de dire «Tchetching!»  

Les concepteurs d’une simple application quelque part en Russie peuvent faire main basse sur une banque inouïe d’images personnelles, pour la reconnaissance faciale par exemple, en misant sur l’engouement que crée une application somme toute fort simple: voici ce dont vous aurez l’air dans 10 ans.     

Une mode.     

Et en passant, l’image que vous balancez dans notre banque de données, elle nous appartient. Nous sommes libres d’en faire ce que nous voulons. Merci bin là!     

 Vie privée ou engouement sur les réseaux sociaux?  

 C’est trendy de participer aux mouvements du moment sur les réseaux sociaux. En en clic, il est possible d’ajouter sa petite goutte d’eau à l’océan virtuel d’un mon-clic populaire.     

 «Voilà! C’est ma contribution! J’existe!»    

Vous l’aurez remarqué, FaceApp est partout. Le Figaro en parlait justement au cours des dernières heures, pour ce qui est de la France:     

 « À la faveur d’un challenge populaire sur les réseaux sociaux, le logo de FaceApp apparaît partout. D’après Visibrain, plus de 151.000 publications Instagram et près de 60000 publications Twitter y sont liées, via le terme #AgeChallenge. FaceApp est actuellement la première application de photo la plus téléchargée sur Google Play (la boutique des smartphones Android) et la quatrième toutes catégories confondues dans l’Hexagone. »    

Des effets de mode qui peuvent donner lieu à un quelconque plaisir instantané mais dont les implications peuvent se calculer à long terme. Comme dans « pour toujours »!     

En citant le compte Twitter @PrivacyMatters, qui se spécialise, notamment, dans la sensibilisation des questions de vie privée sur le Web, Le Figaro élabore sur la question:     

«FaceApp collecte bien de nombreuses données, comme la plupart des applications: adresse IP, identifiants publicitaires et autres métadonnées, recueillis via une dizaine de traceurs de publicité comportementale, un domaine au cœur de nombreuses polémiques sur la vie privée.»    

Privacy Matters rappelle que parmi les irritants liés au consentement implicite que les usagers de l’application offrent aux idéateurs de FaceApp il y a les localisateurs intégrés de Facebook Analytics et de Google Ads...     

Le Figaro toujours: «C’est seulement une fois que l’utilisateur a accepté de partager sa photo que les choses se compliquent. FaceApp précise ainsi, dans les conditions générales d’utilisation, que le partage de l’image revient à céder ses droits sur sa propriété. Yaroslav Goncharov, PDG de FaceApp, est désigné comme le responsable juridique de l’entreprise. Il lui revient donc le droit d’en faire ce qu’il souhaite, comme par exemple l’utiliser pour entraîner ses algorithmes de reconnaissance faciale ou dans le pire des cas, les mettre sur un support publicitaire.»    

Hé bin.     

Et ce tweet, qui rappelle que ce n’est pas la première, ni la dernière fois que la mode du «ten years challenge» s’imposera...   

  

La vie privée existe-t-elle encore?  

Nous avons tous quelques copains qui font office de résistants. Vous savez, ceux qui n’ont pas de compte Facebook, qui n’ont aucun intérêt pour les réseaux sociaux, ou encore qui s’en méfient.     

Un vieux pote de l’université me disait récemment que le courriel était sa petite «rupture» d’avec ce principe. Pour le boulot. Sinon, ça devient compliqué. Lui qui, tout récemment, s’est plié à l’inévitable... ma que partiellement! Un smartphone? Que non! Un flip phone plutôt!    

L’actrice et animatrice Julie Du Page avait écrit un truc intéressant sur cette question suite à «L’affaire Cambridge Analytica»:    

«Sommes-nous si naïfs ? Facebook est sans aucun doute la pointe de l’iceberg. La porosité du Net est notoire et les exemples de fuites importantes sont nombreux: grandes chaînes commerciales, banques, institutions gouvernementales, etc. Rien n’est gratuit et à la moindre application que nous téléchargeons, nous cédons nos données et nos droits. Nous louangeons les super algorithmes, mais ils se retournent aussi contre nous en nous imposant des choix et en nous manipulant.»    

  

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Joël Lemay / Agence QMI

Parlant de fuite, les quelques trois millions de clients de Desjardins en savent quelque chose...    

En effet, ne soyons pas naïfs. Bien peu de gens font grand cas de la protection minutieuse de leur vie privée sur le net. Qui se donne la peine de lire les modalités et les conditions générales de chaque application avant d’y souscrire?     

  

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AFP

Cette insouciance, généralisée, rappelons-le, fait le bonheur de ceux qui ont compris à quel point toutes les données que les Facebook, SnapChat et FaceApp du monde recueillent sur nous sont précieuses... et lucratives.     

En passant, si vous voulez savoir de quoi j’aurai l’air dans dix ans, suffit de me prendre quand «je r’lève de brosse» après un concert de Québec Redneck ou d’Orloge Simard. Genre.     

Les lendemains de veille peuvent aussi vous donner un court, et parfois douloureux, aperçu des effets prématurés du vieillissement...