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Le NPD à la case départ

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Capture d'écran, TVA Nouvelles Jagmeet Singh

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OTTAWA | Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, sillonne cette semaine le Québec dans le cadre d’une tournée préélectorale. Vous n’étiez pas au courant ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seuls.

Que s’est-il passé pour que le NPD évoque tant d’indifférence dans la province qui l’a jadis propulsé aux portes du pouvoir ?

Tout peut encore changer, mais si la tendance se maintient, le parti de gauche pourrait être pratiquement rayé de la carte du Québec aux prochaines élections d’octobre.

Les enjeux sont de taille pour la troupe de M. Singh. Une piètre performance dans la province a le potentiel de reléguer le parti de feu Jack Layton dans la marge de la politique fédérale.

Les intentions de vote du NPD au Québec atteignent un creux jamais vu depuis plus de 10 ans. Selon de récents sondages, le NPD croupit dans la cave, ex aequo avec les verts et parfois même derrière eux, au 5e rang. Suivent loin devant le Bloc québécois, les conservateurs et les libéraux, toujours en tête.

Lucides

Les stratèges néo-démocrates aiment rappeler que ce n’est pas la première fois que le Parti vert chauffe le NPD à l’échelle nationale, et que sa poussée tombe toujours à plat le jour du scrutin.

Peut-être, mais les néo-démocrates font bien de s’inquiéter de la montée de la formation dirigée par Elizabeth May dans les intentions de vote. Particulièrement au Québec, où l’environnement s’impose désormais comme un enjeu électoral important. La croissance de Québec solidaire aux dernières élections provinciales, qui en a fait son principal cheval de bataille, en fait foi.

Dans un élan de lucidité, le chef adjoint du NPD Alexandre Boulerice a admis ses craintes l’hiver dernier.

« C’est vrai que, quand les gens se disent : “Ma priorité, c’est l’environnement”, le réflexe premier est de dire : “Je vais voter pour le Parti vert”. Alors, est-ce qu’il y a un danger pour le NPD ? Oui, effectivement », avait-il reconnu après les élections partielles d’Outremont, un siège que leur ont ravi les libéraux en février. Les verts avaient étonné avec un score très respectable de 13 %, devant le Bloc québécois et le Parti conservateur.

Crise d’identité

Pour sauver sa peau, le NPD compte jouer à fond la carte de l’environnement lors des prochaines élections. On souhaite ainsi rapatrier les progressistes qui regrettent peut-être d’avoir fait confiance à Justin Trudeau en 2015, avant que ce dernier achète un pipeline et brise sa promesse de réformer le mode de scrutin.

Les verts seront quant à eux dépeints par les néo-démocrates comme étant peu crédibles et préoccupés par la seule question environnementale.

Hier, Jagmeet Singh était de passage à Sherbrooke pour épauler son député Pierre-Luc Dusseault. Ils ont annoncé qu’un gouvernement du NPD financerait une ligne de train entre Montréal et Sherbrooke. Dans une déclaration écrite envoyée aux médias, M. Singh en fait principalement un enjeu d’environnement, et non de transport.

« Au lieu de dépenser l’argent des contribuables pour acquérir un vieil oléoduc (Trans Mountain), je souhaite que l’on investisse dans des projets comme celui du train de Sherbrooke », soutient-il.

Coincé entre les libéraux et les verts, le NPD se retrouve en pleine crise d’identité à l’aube des élections d’octobre. Il doit se battre, plus que jamais, pour retrouver sa pertinence aux yeux de l’électorat.

Les néo-démocrates peuvent toujours rêver d’une renaissance. Après tout, ils sont aussi populaires aujourd’hui au Québec qu’ils l’étaient avant la vague orange de 2011. Un constat somme toute cruel.