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Québec refuse de livrer des données sur les investisseurs étrangers

Statistique Canada est incapable d’évaluer l’ampleur de ce phénomène préoccupant

GEN-HUMANITI
photo Courtoisie À Toronto, l’achat de condos par des investisseurs étrangers a fait exploser la valeur des propriétés. Ce serait également le cas au Québec, mais sans données fiables, impossible de le confirmer. Sur la photo, le projet Humaniti, en développement dans le centre-ville de Montréal.

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Des données « essentielles » pour comprendre l’ampleur des investissements étrangers dans l’immobilier au Québec demeurent inaccessibles parce que le gouvernement Legault et Statistique Canada ne parviennent pas à s’entendre, a appris Le Journal.

Plus du tiers des copropriétés de Toronto appartiennent à des personnes qui n’y habitent pas, révélait la semaine dernière Statistique Canada, alors que le logement devient de plus en plus inabordable dans de nombreuses villes au pays, notamment à Montréal et Québec.

Pas moins de 37,9 % des condos dans la capitale ontarienne ne sont pas occupés par leurs propriétaires, ce qui signifie qu’ils sont soit vacants, loués ou utilisés comme seconde résidence ou comme simple investissement.

La situation est encore plus préoccupante à Vancouver, considérée comme la ville la moins abordable au pays pour se loger, et la seconde dans le monde, juste après Hong Kong.

Des questions sans réponses

Qu’en est-il de Montréal ? Impossible de le savoir. Et ce, même si on sait que de plus en plus d’investisseurs étrangers délaissent l’immobilier de Vancouver et Toronto au profit de la métropole québécoise depuis que les gouvernements de ces deux villes ont imposé d’importantes taxes aux investisseurs étrangers.

« Les données sont là, elles existent. On veut publier ces informations sur le Québec parce qu’il y a énormément de questions qui se posent sur les origines des acheteurs. Mais on ne peut y accéder [à cause] du gouvernement du Québec », affirme en entrevue le chef du programme de la statistique sur le logement à Statistique Canada, Jean-Philippe Deschamps-Laporte.

Voilà maintenant près de trois ans qu’Ottawa et Québec tentent de s’entendre sur le partage de ces données, dit-il. En vain.

« Pour obtenir les données de Toronto et Vancouver, on a eu ça en six mois. »

Les discussions sont toujours en cours, souligne l’expert. « C’est long, compte tenu de l’ampleur des questions qui sont posées sur la place des investisseurs étrangers [dans l’économie québécoise], particulièrement pour Montréal. [...] Plusieurs décisions dépendent de données auxquelles on n’a pas accès en ce moment. »

Volte-face au ministère

À Québec, un porte-parole a d’abord soutenu que le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation ne détenait pas ces données, avant de se raviser.

Le ministère « analyse présentement une demande de Statistique Canada », s’est limité à dire Pierre-Luc Lévesque, sans fournir d’explications pour les délais. « Puisqu’il s’agit d’un organisme fédéral, toute convention éventuelle devra être approuvée par le gouvernement du Québec pour être valide. »