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La société miroir

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Nous vivons dans une société miroir. Eh oui. Chacun, ou presque, est attiré par son propre reflet. Dans les médias sociaux – les algorithmes y contribuent sûrement -, mais on s’agglutine aussi volontairement en «silos» d’«amis» Facebook qui partagent presque toujours les mêmes opinions. Les «j’aime» affluent quand on pense pareil.  

Dans nos sociétés miroir, le selfie est également roi et maître pour nous tous, ou presque. Même la Tour Eiffel, autrefois le centre d’intérêt de tous les touristes-photographes amateurs, n’est plus qu’un vulgaire décor derrière la tête enjouée de celui ou celle qui se prend devant elle en égo-portrait.  

«Égo-portrait». Eh oui. Nos sociétés miroir sont en effet des sociétés devenues narcissiques. On aime se voir soi-même et on aime être vu. Que celui ou celle qui n’a pas «péché» le selfie, lance la première pierre.  

Le dernier petit dans cet univers trouble du «je, me, moi» est le FaceApp. Hyper populaire sur les médias sociaux, l’application développée par une équipe russe nous montre supposément de quoi on aura l’air plus vieux. Après, bien entendu, que vous ayez envoyé votre photo.  

Comme on l’explique ici à QUB radio

«En parcourant les conditions d’utilisation du programme, on découvr que les usagers de FaceApp accordent à l’entreprise la permission d’utiliser comme elle le désire le contenu transféré sur ses serveurs.  

Il ne serait donc pas étonnant de voir certaines de ces informations «couplées» à d’autres, recueillies ailleurs, pour construire, par exemple, des profils de publicité ciblée.  

«Plus ils ont d’information, d’échantillons en main, plus ils vont être en mesure, évidemment, de dresser un portrait plus clair d’avec qui ils font affaire. [...] C’EST GRATUIT, DONC ÇA VEUT DIRE QU’ON EN EST LE PRODUIT», a affirmé l’expert en cybersécurité (Steve Watherhouse), qui voit là une façon possible de «monétiser» le logiciel.»  

Attendez une minute. Pour satisfaire la curiosité narcissique de voir ce dont on pourrait PEUT-ÊTRE avoir l’air un jour, on ferait confiance à une société russe du nom de Wireless Lab (bonjour les interventions informatiques de Russes dans les élections étrangères!) en leur envoyant des informations  

personnelles et possiblement même biométriques dont personne ne connait les utilisations futures potentielles, ici ou à l’étranger?  

De plus, l’application n’est «pas vraiment sécurisée». Allo la terre? 

Bref, c’est sérieux comme problème. Y compris celui du vol plus que probable de données personnelles.  

Europe 1 rapporte même ceci :  

«Dans une lettre qu'il a adressée au FBI et à la FTC, l'entité qui protège les consommateurs aux Etats-Unis, un sénateur démocrate a estimé que "la localisation de FaceApp en Russie interroge sur comment et quand la société fournit les données de citoyens américains à des parties tierces, y compris éventuellement à des gouvernements étrangers". Il a même appelé mercredi la police à enquêter sur les "risques pour la sécurité nationale et la vie privée". C'est le spectre de la surveillance de Moscou qui resurgit dans les arcanes de la politique américaine.» 

On a beau aimer se regarder – même vieux (!) -, répétons ce qu’en dit Steve Waterhouse : «C’EST GRATUIT, DONC ÇA VEUT DIRE QU’ON EN EST LE PRODUIT».  

Ou, comme disait mon grand-père : quand on va à la pêche, on n’est que deux : celui qui prend le poisson et le poisson qui est pris.  

Voilà qui a le mérite d’être clair.