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Le PDG du Salon du livre congédié

Une enquête interne avait été amorcée à la suite de révélations accablantes du Journal

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Le Salon international du livre de Québec (SILQ) congédie son président-directeur général, Philippe Sauvageau, pour avoir utilisé «de façon abusive et non justifiée les fonds de l’organisme», menaçant même de le poursuivre en justice.  

 

Après des révélations accablantes faites par Le Journal en avril dernier, le SILQ a réalisé une enquête administrative, qui a mené jeudi au congédiement sans indemnité de départ de M. Sauvageau. Ce dernier, qui était en poste depuis 21 ans, a déjà signifié qu’il contesterait son congédiement.  

 

Notre Bureau d’enquête avait révélé, entre autres, ses nombreux voyages coûteux au Bénin aux frais de la petite organisation subventionnée et à but non lucratif.  

 

«Dans bien des cas, il pouvait partir en voyage sans avoir un agenda très précis ni de rendez-vous bien précis», déplore le président du conseil d’administration, John R. Porter, qui a mené l’enquête.  

 

Onze voyages  

 

Selon l’enquête, M. Sauvageau a utilisé «à mauvais escient la politique quant aux frais de déplacement et frais de séjour» à l’occasion de 11 voyages au Bénin, entre 2005 et 2018.  

 

«M. Sauvageau justifie la nécessité de ces missions par le fait qu’il y eut trois responsables des Arts et du Livre au ministère de la Culture et trois ministres sur cinq ans», est-il indiqué dans le communiqué émis par le SILQ hier. L’organisme n’hésite d’ailleurs pas à parler de laxisme», de «manque de rigueur» et de «conflit d’intérêts», pour qualifier la gestion de l’ancien PDG.  

 

M. Porter souligne par ailleurs que l’enquête a permis de révéler «plein de choses», bien au-delà des informations dévoilées dans nos pages, a-t-il affirmé.

«Ç’a été comme un déclencheur [...] Nous avons découvert notamment que le personnel en place avait été malmené sur le plan des ressources humaines», affirme M. Porter. Il a toutefois refusé de donner plus de détails sur ces récentes «découvertes» du SILQ, advenant une poursuite judiciaire dans cette affaire.  

 

«Contrôle excessif sur tout»  

 

Le SILQ a aussi révélé que M. Sauvageau n’avait jamais fait l’objet d’une «évaluation formelle». «Il se considérait en quelque sorte au-dessus du président du CA, comme il était présent sur toutes les instances. D’une certaine manière, il se retrouvait à s’évaluer lui-même», explique M. Porter. «Il avait un contrôle absolu sur tout», a-t-il poursuivi.  

 

 Au cours de son règne de plus de deux décennies à la tête du SILQ, M. Porter admet que certains employés ont déjà tenté, en vain, de soulever les irrégularités de M. Sauvageau.  

 

«Beaucoup d’administrateurs qui étaient là étaient souvent des proches de M. Sauvageau et tout le monde était très admiratif de lui. Comme le Salon allait bien, plusieurs se disaient qu’on ne touche pas à une recette gagnante», a-t-il brièvement expliqué.  

 

 Refonte complète  

 

 Une refonte «complète et totale» du cadre réglementaire de gouvernance est en branle au SILQ, alors qu’un nouveau directeur général devrait être nommé d’ici la mi-octobre, confirme M. Porter.  

 

 Un comité d’audit, de gouvernance et d’éthique sera aussi rapidement mis sur pied, a-t-il ajouté.  

 

 

 LE FIL DES ÉVÉNEMENTS  

 

 

 15 avril   

  

  •  Le Journal révèle que Philippe Sauvageau, PDG du Salon du livre de Québec, une organisation largement subventionnée, multiplie les voyages au Bénin depuis plus de 10 ans.   

 

 16 avril   

  •  M. Sauvageau est suspendu avec solde.   

 

 18 avril   

  

  •  Le Salon du livre fait appel à la firme comptable Malette pour revoir tous les livres de comptabilité de l’organisation. Une enquête administrative est amorcée.   

 

 1er mai   

  

  •  M. Sauvageau se défend en conférence de presse.   

 

 18 juillet   

  •  M. Sauvageau est congédié sans indemnité de départ au terme de l’enquête.     

 «Nous allons contester» ce renvoi, soutient l’ex-PDG 

 

L’ancien PDG du Salon international du livre de Québec (SILQ) a la ferme intention de contester son congédiement.  

 

Joint par Le Journal, Philippe Sauvageau a confirmé avoir déjà entamé des démarches auprès de ses avocats pour tenter de faire annuler la décision du SILQ. Le septuagénaire a toutefois refusé de donner les motifs de cette contestation. «On va voir qui aura raison, éventuellement», s’est-il contenté d’affirmer.  

 

 Il s’est par ailleurs dit déçu de l’organisation. «Par rapport à tout ce que j’ai fait pour le salon, un salon qui va bien à tous les égards», a-t-il critiqué.

 

M. Sauvageau a confirmé avoir été rencontré par le «comité aviseur spécial» le 15 mai dernier, pour donner sa version des faits. Il déplore toutefois le fait de ne pas avoir eu accès à ses documents pour le faire.  

 

Prêt à défendre sa version  

 

«J’ai essayé de répondre le mieux possible, mais je n’avais accès à aucun dossier, je n’avais accès à rien, à aucune information. J’ai essayé de répondre avec la mémoire que j’avais», a-t-il expliqué.  

 

 M. Sauvageau affirme qu’il se prépare à défendre sa version des faits. Il avait d’ailleurs tenu à s’expliquer devant les médias en mai dernier, lors d’une conférence de presse, armé de ses gants de boxe pour illustrer son combat à venir.  

 

 Il avait notamment indiqué être «profondément choqué» par les mesures disciplinaires prises à son égard par le comité exécutif du SILQ.  

 

 C’est actuellement Daniel Gélinas qui assure la direction générale par intérim du SILQ.  

 

 — Avec la collaboration de Nicolas Lachance