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Les «vieux» ne constituent pas un passif, au contraire!

Le député péquiste de Rimouski, Harold LeBel
Photo d'archives, Simon Clark Le député péquiste de Rimouski, Harold LeBel

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Je tiens à réagir à la série d’articles du Journal concernant le vieillissement de la population et les régions. Bien évidemment, étant porte-parole du Parti Québécois pour les aînés, le développement régional et la ruralité, les différents articles parus m’ont interpellé au plus haut point. 

D’abord, je dénonce la façon de nous présenter le vieillissement de nos populations comme étant un problème, un danger qui frapperait nos municipalités. On conclut rapidement qu’il y a trop de «vieux» dans nos villages et qu’il faut ramener des jeunes, sinon ce serait la fin. Il n’y a pas trop de «vieux» dans nos villages. Il faut voir tous ces bénévoles aînés dans les fêtes de village pour constater qu’ils ne constituent pas un passif, au contraire! Il faut cependant offrir à ces «aînés ruraux», au même titre que les urbains, des services de proximité de santé, d’alimentation et de transport leur permettant de vivre dans leurs communautés. Les réorganisations centralisatrices du gouvernement précédent, notamment en santé, ont fait mal. Il faut corriger le tir! C’est un choix de société que nous avons à faire. Sinon quoi? On déménage tous ces aînés en ville dans les «maisons des aînés» que le gouvernement nous propose? Le maintien à domicile ne serait que pour les «aînés urbains»? 

Je mentionne ici que, si une personne sur quatre a 65 ans et plus dans l’Est-du-Québec, l’ensemble du pays vivra la même situation dans une quinzaine d’années, d’où l’intérêt de bien saisir les enjeux de ce qui se passe chez nous. 

J’insiste sur l’importance d’assurer les services de proximité adéquats dans nos territoires ruraux, mais il faut aussi leur permettre de se développer. Le retard dans la couverture internet haute vitesse, dans la ruralité québécoise, est très dommageable. Ces communautés rurales «non branchées» vont chaque année voir s’échapper des occasions de développement de nouvelles entreprises, notamment touristiques. Le constat est le même pour nos entreprises agroforestières, qui constituent depuis toujours le fondement économique de plusieurs de ces villages. 

Le gouvernement actuel avait promis d’offrir l'internet haute vitesse en quatre ans, mais il a lui-même reporté sa promesse sur un horizon de sept ans. Ce retard, je le répète, handicape sérieusement le développement de plusieurs municipalités rurales non branchées, en faveur de municipalités urbaines et périurbaines. Faisons-nous vraiment ce choix d’un potentiel de développement économique à deux vitesses pour le Québec? 

Depuis quelques années, l’État québécois a démissionné et cessé toute considération envers les territoires ruraux. Récemment, le gouvernement actuel a biffé «Occupation du territoire» du titre du ministère des Affaires municipales. «Juste un nom de ministère», me direz-vous? Non: cela indique le peu de sensibilité à l’endroit de la ruralité. 

Le gouvernement précédent ne faisait pas mieux: aux poubelles les CLD, Solidarité rurale et même la Politique nationale de la ruralité. Les structures qui ont pris le relais des CLD dépendent maintenant davantage du financement des plus riches, des villes... et de leurs priorités. 

La Politique nationale de la ruralité, à la rédaction et à la mise en œuvre de laquelle, avec l’appui visionnaire du premier ministre Bernard Landry, j'ai participé, a été reconnue par l’OCDE comme un modèle de politique d’animation et de développement des territoires ruraux. Pour la première fois, le gouvernement s’engageait avec chaque territoire dans un «Pacte rural» pour préparer l’avenir des villages. Le gouvernement Charest a conservé la politique, l’améliorant même. Le gouvernement Couillard a mis la hache dans tout ça... 

Maintenant, face à ce constat, il faut agir! L’État national doit accompagner les élus municipaux pour convenir d’interventions concertées, modernes et innovantes pour le développement de nos territoires ruraux. 

Il faut revoir nos stratégies d’aménagement et de développement territorial pour y intégrer le vieillissement comme un défi d’adaptation et faire de l’accès aux services de proximité, pour les familles comme pour les aînés, une priorité. Une stratégie qui facilitera les ententes intermunicipales, notamment en matière de transports, et le déploiement d’outils modernes de développement d’entreprises de l’économie traditionnelle et de l’économie solidaire qui offrent des perspectives intéressantes en milieu rural. 

Il n’est pas venu, le temps du défaitisme. Il ne faut certainement pas laisser planer cette idée que nos villages n’ont pas d’avenir, ni cette idée que le vieillissement est un problème. Il s’agit d’un défi, le défi d’une société qui devra s’adapter. Nous allons relever le défi par la créativité héritée de tous ces entêtés et entêtées qui ont donné naissance à nos villages et les ont fait fleurir. Squatec, mon village natal, fête ses 125 ans cet été, et ce n’est pas la fin, au contraire. Nos municipalités demeureront bien vivantes; les aînés et les jeunes familles y trouveront une qualité de vie enviée par plusieurs. N’oublions jamais que «tant vaut le village, tant vaut le pays»!