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Des lancers et des sauts

Bien que l’athlète de Rosemont ait accès à peu de ressources, Catherine Blouin présente un beau potentiel qui a déjà été remarqué par nos voisins du sud.
Photo Pierre-Paul Poulin Bien que l’athlète de Rosemont ait accès à peu de ressources, Catherine Blouin présente un beau potentiel qui a déjà été remarqué par nos voisins du sud.

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Du 25 au 28 juillet prochain, au complexe sportif Claude-Robillard, se déroulera le Championnat canadien d’athlétisme. Plus de 1400 athlètes sont attendus, dont les vedettes coureurs André De Grasse et Melissa Bishop. Cette semaine, on est allé à la rencontre de la relève qui performe en athlétisme plus loin des projecteurs.

Catherina Blouin a 17 ans. Elle est spécialiste du lancer du marteau.

« J’ai commencé l’athlétisme à 6 ans et je faisais toutes les disciplines... sauf le lancer du marteau, qui aurait été trop dangereux ! Je m’y suis initiée à 13 ans », dit la jeune athlète de Rosemont.

Ayant une prédisposition naturelle pour les disciplines de puissance, les lancers se sont imposés dans son parcours athlétique. « Je faisais le lancer du marteau, le lancer du poids et le lancer du disque, mais pas le lancer du javelot, parce que je ne cours pas assez vite pour avoir des performances satisfaisantes », partage Catherina Blouin.

Dans le monde du marteau

Jusqu’à l’année dernière, Catherina combinait les entraînements de ces trois disciplines de lancer. Puis, elle a laissé tomber le lancer du poids. « Trop plate, ça ne va pas assez loin, et je ne suis pas assez lourde pour être bonne », dit la lanceuse de 17 ans. Et le disque (« le marteau peut aller plus loin ! »).

Son enthousiasme perce son regard lorsqu’elle parle du lancer du marteau, qui ressemble en fait plus à un boulet fixé au bout d’un câble. « C’est très technique : j’adore ça ! On va chercher énormément de vitesse dans la rotation et on peut lancer vraiment loin », explique Catherina.

Frédéric Hanna fait partie d’une petite cohorte de sauteurs montréalais très prometteurs selon leur entraîneur, l’ex-athlète roumain Bogdan Tarus. Ceux-ci s’entraînent très fort, sans ressources.
Photo Pierre-Paul Poulin
Frédéric Hanna fait partie d’une petite cohorte de sauteurs montréalais très prometteurs selon leur entraîneur, l’ex-athlète roumain Bogdan Tarus. Ceux-ci s’entraînent très fort, sans ressources.

Deux tours de moulinettes avec ses bras, puis 4 rotations dans le cercle de lancer, et elle lâche sa prise. Son record personnel s’élève à 60,91 mètres. Comme juvénile, elle projette un poids de 3 kilos. Ce sera 4 kilos en U20, mais elle s’y entraîne déjà, s’étant surclassée pour le Championnat canadien où elle aspire à une médaille.

« Passer à 4 kilos sera un défi, mais je vais y arriver », dit Catherina Blouin. Et elle n’est pas la seule à y croire. Les performances de la jeune athlète ont d’ailleurs déjà attiré l’attention d’universités américaines.

« Les entraîneurs voient qu’elle réussit à performer en n’ayant accès qu’à très peu de ressources. Lorsqu’elle s’est blessée au dos en 2016, on ne savait même pas vers qui se tourner. Depuis le décès de son entraîneur en 2018, c’est moi qui m’occupe de l’entraîner... avec ce que j’ai appris en la regardant aller », partage sa mère, Martine Blouin.

La preuve d’un énorme potentiel. Catherina Blouin rêve des Olympiques en 2024. Rares sont les Canadiens qui ont même réussi d’atteindre les standards olympiques (75 m au 4 kilos). Il y a à peine 4 ans, elle lançait son premier marteau. Dans 5 ans, surtout si elle n’est pas la seule à porter le poids de sa progression, celle qui aime « lancer très loin » pourrait aller loin, très loin.

Dans le monde des sauts

Frédéric Hanna vient d’avoir 20 ans. Il est spécialiste du triple saut. « Mon père était un athlète de sprint. J’ai commencé l’athlétisme à 7 ans, et je faisais un peu de tout. À 13 ans, je pensais devenir spécialiste de saut en hauteur, puis j’ai eu des douleurs au genou, et j’ai choisi d’y aller avec des sauts horizontaux », partage Frédéric Hanna.

Il y a eu le saut en longueur, puis le triple saut. « Au saut en longueur, il faut surtout courir très vite. En triple saut, il faut courir vite, mais la maîtrise est aussi très importante, comme le mouvement est hyper technique », dit le Montréalais de 20 ans.

Or, la technique, c’est sa force. Il arrive à bien conserver et transférer son énergie entre chacun des trois sauts de la discipline. « C’est comme ça que je suis devenu spécialiste du triple saut », dit Frédéric, presque par dépit. Il se reprend ensuite : « 75 % des gens ne connaissent même pas mon sport, mais ça me fait plaisir de leur faire découvrir. À mon avis, c’est l’une des disciplines les plus difficiles de l’athlétisme, d’autant plus qu’elle est très traumatisante pour le corps. »

Frédéric Hanna vient d’ailleurs de rayer sa saison 2019, souffrant d’une blessure au dos. Il continue de s’entraîner, et de rêver, comme son grand frère, Patrick Hanna, aussi spécialiste de triple saut qui prévoit regagner son titre de champion canadien pour une 4e fois à Montréal.

Les deux frères sont chapeautés par Bogdan Tarus, ancien athlète roumain spécialiste des sauts en longueur.

Il est le seul expert de saut pour les athlètes québécois. Il entraîne aussi l’expert en saut en longueur Jesse Thibodeau, qui étudie présentement aux États-Unis.

« On a d’excellents athlètes en saut à Montréal, et ceux-ci travaillent extrêmement forts, sans profiter de beaucoup d’aide », déplore Bogdan Tarus. Selon l’entraîneur, cela doit faire environ 20 ans qu’aucun athlète canadien n’a réussi à établir les standards olympiques. « Ils auraient besoin d’un bon coup de pouce », ajoute l’ex-athlète.

Frédéric a franchi la distance de 15,52 m en juin dernier, et Patrick a un record personnel de 15,97 m qu’il espère battre au Championnat canadien.

Standards à atteindre

Tous deux doivent atteindre 17,15 m pour contempler les Olympiques. « C’est énorme, le chemin sera long, et c’est même improbable que je m’y rende, mais je fais avec ce que j’ai », dit Frédéric Hanna. Patrick trouve que 2020 arrive trop vite, alors qu’il conjugue sa charge d’entraînements à une résidence en médecine, mais 2024 lui semble trop loin.

« J’y vais une semaine à la fois, par amour du sport et de la compétition », partage Patrick. Un mètre, c’est une distance supplémentaire colossale à franchir dans un saut, mais l’énergie de continuer est toujours là.

Le Championnat canadien d’athlétisme

  • 4 jours
  • 1400 athlètes
  • 392 Québécois
  • Une trentaine de disciplines olympiques et paralympiques
  • Quand : Du jeudi 25 au dimanche 28 juillet 2019
  • Où : Complexe sportif Claude-Robillard à Montréal
  • Renseignement : athletics.ca/championnat/montreal2019