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Petit lapin devenu roi

Petit lapin devenu roi
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

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Les travailleurs de la Société des établissements de plein air au Québec (Sépaq) menacent de faire la grève demain et les enfants rois d'hier hurlent déjà à l’ignominie de ces travailleurs et de leur syndicat parce qu’ils contrecarrent leur projet de vacances. Comme dans la chanson de Daniel Guichard, le courroux déferle sur tout, la gauche, les syndicats, la formule Rand, la grève comme moyen éculé et les travailleurs même s’ils ont raison de se plaindre. Les petits lapins d’hier devenus grands ne peuvent tolérer la moindre contrariété, la planète entière doit tourner autour d’eux-mêmes!

Avoir accès à des conditions de travail décentes ne devrait pas troubler la douce quiétude de vacanciers. Toutefois, lorsque la Sépaq pousse les travailleurs syndiqués dans le recours ultime à la grève après avoir fait la sourde oreille pendant des mois, cet employeur devient un grand artisan de « l’enfant-de-chiennalisation » de vos vacances, pour emprunter au néologisme du collègue Jonathan Trudeau. Le gouvernement du Québec en est également complice en s’étant montré peu actif comme facilitateur des pourparlers entre les partis. Après tout, la Sépaq administre, exploite et met en valeur les lieux grandioses que lui confie ce gouvernement.

Le collègue Trudeau a raison en évoquant le changement de paradigme au Québec, car il a y infiniment moins de journées de grève depuis deux décennies. Plus souvent qu’autrement, ce sont les employeurs qui ont procédé à des lock out pour forcer leurs employés à accepter des concessions majeures et à voir leurs conditions de travail se détériorer. On comprendra dans un tel paradigme que les employés de la Sépaq sont loin d’avoir des conditions dorées pour qu’ils poussent l’audace jusqu’à la grève sans que le patron fasse pression pour obtenir des concessions. 

La grève n’est généralement pas le choix des travailleurs. Elle est décidée par ceux-ci quand tous les autres moyens de faire entendre la justesse de ses revendications ont échoué. Les travailleurs de la Sépaq veulent obtenir une juste rémunération pour la valeur de leur travail et des conditions de travail comparables à des emplois similaires dans la fonction publique québécoise. La question n’est pas d’instrumentaliser ou de saigner le contribuable, mais porte sur l’équité de traitement que l’employeur peut leur assurer avec les bénéfices qu’il enregistre. On comprend mal qu’une société du gouvernement du Québec veuille faire du profit avec vos vacances en maltraitant ses employés.

Chose certaine, notre désir de vacances ne devrait pas pourrir la vie des autres en nous enfermant dans des lieux communs mal fondés!