/opinion/blogs
Navigation

Privatiser la SAQ: la marotte idéologique du PLQ

Privatiser la SAQ: la marotte idéologique du PLQ
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Du pareil au même  

Le PLQ est toujours égal à lui-même. Très originale et très révolutionnaire la dernière sortie du banquier libéral Carlos Leitao qui vient de répéter pour la énième fois qu’il est urgent de privatiser la SAQ afin de supposément libéraliser le marché des alcools au Québec et de faire baisser les prix au profit des consommateurs : «Attaque des libéraux. La CAQ accusée de ne rien faire pour casser le monopole du vin».   

Pour Leitao, il était aussi primordial de ne pas hausser le salaire minimum au Québec afin, je suppose, d’en faire profiter les consommateurs?  

Il faudrait que monsieur Leitao explique pourquoi il faudrait privatiser la SAQ. Au profit de qui? Il faudrait aussi rappeler à M. Leitao que la SAQ est loin d’être un monopole public. Il ne voit jamais des boissons alcoolisées vendues en masse dans les dépanneurs, les marchés d’alimentation et les agences privées? On voit ce que l’on veut bien voir. Le PLQ, le patronat et leurs universitaires missionnaires reviennent à la charge continuellement avec leur cassette démagogique comme l’an passé : «Le PLQ aspire à davantage de concurrence à la SAQ».   

Que M. Leitao n’oublie pas de relancer le débat au début de l’année 2020. Est-ce vraiment la population qui insiste et qui exige la privatisation de la SAQ? A-t-on déjà assisté à des manifestations monstres afin de privatiser la SAQ à, disons, le propriétaire des dépanneurs Alimentation Couche-Tard?  

Si le PLQ était honnête  

Si les bonzes du PLQ étaient vraiment au service de l’intérêt supérieur de la population, ils s’attarderaient à casser les vrais monopoles et les véritables oligopoles privés dans les domaines bancaire, pharmaceutique, pétrolier, du sans-fil, du transport aérien, etc., afin que l’on cesse d’arnaquer en permanence les consommateurs. Air Canada, les grandes banques, les pharmaceutiques, le trio Bell-Telus-Rogers, les raffineries et autres ont des comportements plus monopolistiques que la SAQ et coûtent beaucoup plus cher aux consommateurs. Est-ce que M. Leitao sait que les profits de la SAQ s’en vont directement dans les coffres du gouvernement, ce qui n’est évidemment pas le cas des autres mastodontes privés? Pour le PLQ, les sociétés à propriété collective sont toujours trop grosses, mais jamais les Exxon Mobil, Amazon et cie.   

Le cas de l’essence  

M. Leitao devrait lire cet article paru dans Le Journal du 6 décembre 2018 et intitulé : «Depuis des années, vous payez votre essence de 15 à 20 cents trop cher ».   

Est-ce là le résultat de la libéralisation du divin marché et de la libre et effrénée concurrence entre acteurs économiques? Même l’ex-premier ministre libéral Philippe Couillard l’avait candidement admis : «La variation des prix de l’essence est “apparemment concertée”, dit Couillard».  

Et qu’est-ce que le PLQ et M. Leitao, à titre de ministre des Finances, ont fait pour que cesse cette mascarade? Absolument rien et le taxage des pétrolières continue allègrement. Plus facile de cibler la SAQ, un instrument collectif que veut conserver la majorité de la population. Et que la fête se poursuive comme l’indique le titre de cet article : «Hausses abusives du prix de l’essence ».   

Et le cartel Bell-Telus-Rogers  

«Sans-fil. L’absence de rival sérieux fait monter le prix des services » (Le Journal, 17 mai 2019). Et puis cet autre paru dans Le Devoir : «Internet et sans-fil. Les Canadiens paient toujours plus cher. Un rapport du CRTC décortique les dépenses des ménages du pays en services de communication».  

Qu’est-ce que M. Leitao et les autres canons du PLQ ont à proposer pour faire baisser ces prix shylockiens et pour briser ce monopole de fait?   

Et aussi le transport aérien  

J’ai deux bons articles à suggérer qui ont été publiés dans Le Journal les 27 septembre 2017 et 23 janvier 2018 : «Transport aérien régional : les maires veulent casser le monopole d’Air Canada» et aussi «Billets d’avion au Québec : aller à Gaspé coûte plus cher qu’aller à Pékin».   

Voilà un bon cheval de bataille pour le PLQ, n’est-ce pas? Mais quel courage et quel sens du devoir du PLQ dans sa solution simpliste et ridicule de subventionner davantage Air Canada afin de faire baisser les prix...  

Et une autre dans l’industrie pharmaceutique  

Le gouvernement du PLQ a, par ses mesures d’austérité, coupé des milliards de dollars dans notre système de santé public, sauf dans le prix des médicaments et bien évidemment dans le salaire des médecins qu’il a cru bon augmenter. Pourquoi donc? Pourtant, lorsque le prix d’un médicament était passé soudainement et sans raison valable de 42 $ l’unité à «seulement» 4000 $, Gaétan Barrette s’était époumoné : «Le côté sombre du capitalisme».   

Une grosse crisette qui n’a débouché sur aucune action concrète, alors que l’industrie pharmaceutique est un immense monopole privé : «Le coût des nouveaux médicaments explose» que nous indiquait un article du Devoir du 26 avril 2019.  

Et où est la vive concurrence dans ce supposé marché libéralisé qui est censé faire diminuer les prix?  

Et les géants des pesticides  

Et puis Pierre Paradis, toujours du PLQ, qui a dit : «Les géants des pesticides (comme Bayer) sont plus puissants que l’État».   

La solution du PLQ fut de continuer à ratatiner l’État et à privatiser ses instruments collectifs, ne voyant aucun problème à ce que les Google, Esso, Merck, CP, Royal Bank, etc., soient plus gros et plus puissants que les gouvernements. Ce sont des créateurs de richesse qui font «ruisseler» cette même richesse.  

Un peu de cohérence au PLQ aiderait  

En 2017, le gouvernement libéral avait mandaté Price Waterhouse Coopers (PWC) afin de produire une étude sur «faut-il privatiser la SAQ». PWC est loin d’être un organisme socialiste, et pourtant sa conclusion était que «La privatisation de la SAQ aurait des impacts négatifs».  

Malgré le fait qu’une étude commandée par le PLQ dit qu’il n’est pas souhaitable de privatiser la SAQ, Leitao suggère le contraire.   

Et puis en Ontario sur le même sujet, le gouvernement avait commandé une étude à Ed Clark, ex-président de la Banque TD, dont la conclusion fut : «Le LCBO doit rester un magasin d’État, dit un comité de sages» (Le Devoir, 15 novembre 2014). Au Québec, nos sages experts universitaires (Fortin, Montmarquette, Godbout et Gagné) sont d’un autre genre et plaident toujours pour la privatisation de tout ce qui est public.