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«Leçons apprises et parfois oubliées» de Roch Carrier: l’art de raconter une vie

Leçons apprises et parfois oubliées<br />
Roch Carrier, Éditions Libre Expression<br />
312 pages
Photo courtoisie, Éditions Libre Expression Leçons apprises et parfois oubliées
Roch Carrier, Éditions Libre Expression
312 pages

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Auteur d’une cinquantaine d’œuvres, dont plusieurs sont considérées comme des classiques et enseignées dans les universités du monde, Roch Carrier raconte les moments déterminants de sa vie et les rencontres qui l’ont marqué, dans ses mémoires, Leçons apprises et parfois oubliées. Avec le talent de conteur qu’on lui connaît, chacune des pages est un vrai plaisir de lecture.

Avec humour, tendresse, et une plume d’enfer, bien aiguisée et parfaitement maîtrisée, Roch Carrier rappelle des tranches savoureuses de l’histoire du Québec à travers le prisme de ­rencontres inoubliables.

Au cours de sa carrière, il a ­conversé avec Gaston Miron alors qu’il était en pleine écriture de L’Homme ­rapaillé, il a voyagé à contresens sur le pont Jacques-Cartier dans la voiture ­d’Hubert Aquin, il s’est fait dire par le dramaturge Eugène Ionesco que «la littérature est morte», et il a rencontré Indira Gandhi.

Il partage aussi des souvenirs de son enfance, émaillés des histoires savoureuses du comté de Dorchester que son père lui racontait – elles témoignent d’ailleurs de l’importance de la tradition orale dans la culture québécoise. S’entretenir avec Roch Carrier est une expérience très agréable, où l’humour très fin est de la partie.

L’écriture de ses mémoires a été «un défi considérable qui a commencé bien simplement», dit-il.

«Je me suis souvenu de mon grand-­papa qui était un forgeron... Peu à peu, en pensant, en marchant, en écrivant quelques mots, je me suis aperçu ­comment cette expérience de plier du fer a été importante dans l’établissement de ma personne. Quand un petit bonhomme de cinq ans se dit : eh, moi, j’ai plié du fer... apportez tout ce que vous voulez!»

«Tout le monde se parlait»

Les souvenirs de son enfance – où les gens circulaient encore en voitures à chevaux – sont vite remontés à la surface. «J’ai grandi dans un tout petit village, mais comme je le dis, le village était petit, mais les personnes n’étaient pas petites : c’était des personnages! Tout ce monde-là se parlait. Il n’y avait pas de murs de générations. Tout le monde se connaissait, tout le monde se parlait, et tout le monde se chicanait aussi, et tout le monde se raccordait. C’était une expérience absolument spéciale, chaleureuse.»

Souvenirs

Ces souvenirs l’ont marqué davantage que les rencontres avec des personnalités. «C’est ma base», assure-t-il en précisant que toutes ces histoires, tous ses souvenirs ont nourri sa plume.

«À écouter mon papa raconter les histoires de Saint-Magloire, et à écouter d’autres personnes en raconter, j’ai appris plus que ce que j’ai appris à l’université, et même plus qu’en lisant les meilleurs auteurs possible.»

«En écrivant ce livre, j’ai retrouvé l’esprit de raconteur qu’avaient ces gens. C’était avant la télévision. Tout ce monde-là travaillait, et tout ce monde-là prenait le temps de ­parler beaucoup. Raconter quelque chose, c’était une action très importante.»


♦ Roch Carrier a publié une cinquantaine d’œuvres – romans, contes, recueils de poésie et pièces de théâtre.


♦ Il a été secrétaire général du Théâtre du Nouveau Monde, recteur du Collège militaire de Saint-Jean, directeur du Conseil des arts du Canada et administrateur général de la Bibliothèque nationale du Canada.