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L'Irlande à ses pieds

Devant les siens, Shane Lowry remporte l’Omnium britannique

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PORTRUSH, Irlande du Nord – Les « olé, olé, olé, olé » et les « Lowry, Lowry, Lowry » résonnaient partout autour du Dunluce Links de Royal Portrush en début de soirée, dimanche. Les Irlandais fêtaient la victoire d’un des leurs, Shane Lowry, à l’Omnium britannique.

Le golfeur de 32 ans a relevé le défi de mère Nature et des dieux du golf qui ne lui tendaient pas la Claret Jug sur un plateau royal. Trempé jusqu’aux os par la pluie battante et fouetté durant plus de quatre heures par les forts vents de plus de 40 km/h, il l’a remporté avec panache.

Il a résisté à la pression en se présentant sur le tertre du 72e trou avec une avance de six coups sur Tommy Fleetwood.

Quand il a émergé de la marée de spectateurs en montant l’allée sous les bruyants chants de l’imposante foule dans les massifs gradins, l’Irlandais a levé les bras au ciel.

« Je ne croyais pas ce qui arrivait. C’était moi qui le vivais. J’ai essayé d’en profiter à fond, car c’était une expérience surréelle avec cette gigantesque foule qui voulait que je gagne. »

Deux roulés plus tard, il a remporté son premier titre majeur en carrière, celui qu’il ne croyait jamais être en mesure de gagner. Un véritable conte de fées.

S’il avait bousillé sa chance à Oakmont lors de l’Omnium des États-Unis 2016, il a chassé ses fantômes en ne ratant pas sa chance sur son île. Tout juste si la Saint-Patrick ne sera pas déplacée dorénavant du 17 mars au 21 juillet et rebaptisée la « Saint-Lowry » tant les Irlandais étaient fiers de leur digne représentant.

« C’est une énorme victoire pour notre peuple et le monde du sport chez nous. Je suis un grand amateur de sport, tout le monde le sait. J’adore le hurling qui est notre sport national. Les gens qui ont regardé cette ronde de golf savent que c’est majeur. »

Au boulot

Puisque les officiels avaient devancé le départ des meneurs à 13 h 47 en raison des conditions météo extrêmes, Lowry n’a pas vécu l’interminable attente habituelle de fin d’après-midi. Il s’est mis rapidement au boulot.

En perdant un coup dès le premier trou, il a repris la cadence avec un oiselet au quatrième fanion.

Devant, les Lee Westwood, Tony Finau et cie tentaient de réduire l’écart. Ses deux bogueys de suite en terminant l’aller lui ont prouvé qu’il ne pouvait lever le pied de l’accélérateur. Mais avec les éléments déchaînés, il s’est accroché pendant que ses rivaux faiblissaient.

Un moineau au 15e jumelé à un double boguey de Fleetwood au 14e lui a octroyé une priorité insurmontable.

Ayant rendez-vous avec l’histoire, il a signé une carte finale de 72 (+1). Avec sa fiche de -15, il a supplanté l’Anglais par six coups et Finau par huit.

« En menant par quatre coups en début de journée et en gardant le contrôle dans les conditions jusqu’à la fin, c’est très impressionnant », a commenté Fleetwood.

Koepka fustige la tortue

Dans l’avant-dernier groupe en jeu, Brooks Koepka a vu J.B. Holmes littéralement imploser sur le parcours. Le meneur à l’issue de la première ronde a terminé avec une carte de 87 (+16) en vertu de ses six bogueys, quatre doubles bogueys et son triple boguey. La plus élevée en ronde finale depuis celle de Lew Taylor à Muirfield en 1966.

En 4 h 20 min, Holmes a fait une chute vertigineuse du troisième au 67e rang. Comme si son cauchemar n’était pas suffisant, il a également vu son compagnon de jeu taper sur son poignet devant l’officiel en regard à sa lenteur à s’exécuter.

Koepka n’avait pas démarré le chronomètre, lui qui n’avait aucune montre, mais il n’acceptait pas le rythme.

« C’était lent, mais ce n’était pas si pire en comparant à son rythme normal. J.B. est un joueur lent, a-t-il lâché, aussi insatisfait par les coups perdus en ronde finale alors qu’il a commis quatre bogueys de suite dès le départ. Il ne l’a pas eu facile. Je sais que c’est difficile avec le vent. Aujourd’hui, son rythme n’était pas si mal.

« Nous tenions la cadence du groupe devant jusqu’au 13e trou. Je veux toujours suivre. D’habitude, je suis toujours prêt à jouer.

« Ce que je ne comprends pas, c’est lorsque c’est à ton tour de frapper et que tu n’es pas prêt, que tu n’as pas mis ton gant et que tu réfléchis encore à ta stratégie. C’est ça le problème. Ce n’est pas que J.B. s’éternise. C’est qu’il ne fait rien jusqu’à ce que ce soit son tour. C’est ce qui est frustrant. Et ce n’est pas le seul. »

Sur une note plus légère, en terminant au quatrième échelon, Koepka est devenu le cinquième golfeur professionnel à terminer dans le top 5 lors des quatre tournois du Grand Chelem en une même saison.

Il succède ainsi à Jordan Spieth (2015), Rickie Fowler (2014), Tiger Woods (2000 et 2005) et Jack Nicklaus (1971 et 1973).

En direct de Portrush

Cycle olympique

Justin Rose n’est pas encore en mode olympique, mais il regarde vers Tokyo 2020 avec optimisme. Le médaillé d’or de Rio 2016 estime que le tournoi olympique s’inscrit dans la lignée des championnats majeurs. Cette fois, on verra les meilleurs golfeurs au monde converger vers le Japon à la fin juillet 2020, contrairement à la précédente olympiade. Les golfeurs avaient fait l’impasse en raison du virus Zika. « Ce sera une épreuve fantastique. Je vais défendre ma couronne avec vigueur. Ce titre paraît très bien dans un palmarès de carrière. »

À ne pas oublier

En planifiant un voyage de golf sur la côte d’Irlande du Nord, spécialement sur les parcours de Royal Portrush, il ne faut surtout pas oublier de placer son bois de départ en position « Repérer l’allée à tout prix », sinon c’est presque la catastrophe. Jordan Spieth l’a appris à ses dépens.

Il a visité tous les racoins du Dunluce Links, tout juste s’il n’a pas cueilli des petits fruits dans les buissons. Il a terminé le tournoi avec une moyenne de 39,29 % des tertres, alors qu’il a placé 22 de ses 56 coups de départ dans les allées, soit un écart négatif de 20 % sur la moyenne du plateau.

Il a fini bon dernier à ce chapitre. Il a toutefois redressé la barre avec son fer droit, ce qui lui a permis de terminer au 20e rang.

Vélos et moutons

La route d’environ 100 km entre Belfast et Portrush, sur une chaussée impeccable, même sur les petits chemins sinueux du comté d’Antrim, offre de splendides paysages sur les collines verdoyantes irlandaises. Avec des dizaines de milliers de voitures convergeant vers le nord, par la M2 et l’A26, aucun bouchon. Ce qui fait oublier ceux de Montréal. Mais dimanche sur l’A26, l’équivalent de l’Autoroute 15 dans les Laurentides, on roulait en compagnie de cyclistes en pleine course.

Mauvais synchronisme pour les organisateurs avec cette ronde finale de l’Open, la plus courue par les spectateurs.

« Cette course est une affaire annuelle, disait un photographe irlandais dans la navette en direction du parcours. On n’aime pas trop le changement par ici. » En suivant le flot de voitures à plus de 130 km/h, il fallait être vigilant, car le danger guettait constamment sur une vingtaine de kilomètres.

Et il fallait aussi avoir l’œil sur les troupeaux de moutons et de chèvres broutant l’herbe des pâturages près de la route. À la sortie d’un carrefour giratoire, quand trois moutons te fixent dans les yeux, du foin plein la gueule, au beau milieu de la voie, tu n’as d’autre choix que d’en rire et d’attendre. C’est la beauté rurale nord-irlandaise.