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Redécouvrir Joseph Kessel

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Mardi 23 juillet, c’est le quarantième anniversaire de la mort de Joseph Kessel (1898-1979). Grand reporter et écrivain, il a traversé le siècle à la manière d’un aventurier, ou comme on disait autrefois, d’un bourlingueur.

Loin de pratiquer le journalisme de salon, il explorera à peu près tous les recoins de la planète, du Yémen à l’Afghanistan, de l’Amérique à la Russie, pour raconter l’histoire qui s’y déployait. De la Révolution russe à la naissance d’Israël en passant par l’indépendance irlandaise et la montée du nazisme, il a raconté les grands événements qui ont marqué le siècle, en s’y plongeant, avec un courage physique remarquable.

Aventurier

Ce qui frappe à sa lecture, c’est l’absence de tentation moralisatrice. Kessel raconte, et surtout, cherche à comprendre les hommes emportés par les événements. Qu’il écrivît un roman, un récit ou un reportage, son regard demeurait le même. Il ne surplombait pas l’humanité du haut d’une doctrine, il ne la passait pas au test d’une idéologie non plus. Il se collait à la bête humaine pour la sentir, pour révéler ses passions et ses contradictions.

On sent surtout chez lui une passion pour les individus hors-norme, vivant dans les marges de la société, et assumant pleinement leur singularité. C’est ce qui le poussera à se passionner pour les pionniers de l’histoire de l’aviation.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Je me permettrai de recommander trois de ses ouvrages.

D’abord, La steppe rouge, son premier livre. Il s’agit d’un recueil de nouvelles, où Kessel se penche sur la Révolution russe. Il y observe une chose essentielle : quand l’ordre social s’effondre, c’est la bête en l’homme qui surgit et s’impose. Les hommes faits pour réussir en temps de paix ne sont pas nécessairement ceux appelés à s’imposer quand la société devient chaotique. La barbarie s’impose, et avec elle, un monde cruel qui animalise ceux qui y vivent.

Ensuite, L’Armée des ombres. Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, Kessel a participé à la résistance, et dans ce livre, il en a raconté l’aventure en temps réel. Devant le nazisme, des hommes se sont levés pour chasser l’occupant allemand, redonner son indépendance à leur nation et sauver la civilisation. La résistance n’était pas angélique. Elle était brutale, intraitable. Mais on ne fait pas la guerre à l’occupant avec des plumeaux, des bougies et des peluches. Du moins, on ne la faisait pas ainsi à l’époque.

Exception

Enfin, Tous n’étaient pas des anges. C’est peut-être dans ce livre que Kessel a le plus poussé son enquête sur ce que j’ai appelé les personnages hors normes, qui vivent leur vie sans se plier aux règles de la société, quelquefois en se réfugiant dans ses marges, quelquefois en la défiant. Kessel y rencontre des héros et des voyous, des aventuriers et des bandits : il ne les condamne pas, il ne les méprise pas. Il cherche à percer leur humanité, à la révéler dans ses contradictions et ses tensions.

S’il vous fallait, ami lecteur, commencer par un titre, je vous conseillerais celui-là. Il vous éblouira.