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Délires religieux américains et québécois

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La politique américaine va mal. Tellement mal que jeudi dernier le prêtre de la Chambre des représentants, un jésuite, a prononcé devant les élus une prière d’exorcisme. Il a prié pour l’expulsion hors du Congrès « de tous les démons de noirceur» et de tous « les démons de division mesquine ». Visait-il Donald Trump ?

Pendant que ce jésuite renforçait les croyances moyenâgeuses, en Arkansas, les démons anti-avortement étaient à l’œuvre. Désormais, une femme qui veut se faire avorter dans cet État devra recevoir le consentement du père de l’enfant, même s’il s’agit d’un viol ou d’un inceste. L’obscurantisme religieux gagne du terrain politique.  

Une trajectoire inverse au Québec ?

Nous semblons suivre une trajectoire inverse au Québec. Il pourrait ne s’agir que d’une apparence. Bien sûr, nous avons retiré la croix du salon bleu. Mais nous avons aussi instauré depuis de nombreuses années des cours d’éducation religieuse où la critique des religions est malvenue.  

Comme la religion n’est à peu près pas critiquée dans ces cours, elle a acquis dans l’esprit de bien des jeunes Québécois un statut équivalent à celui des connaissances scientifiques. À un tel point que la tendance générale sur la religion au Québec suit la direction inverse de celle des États-Unis.  

De moins en moins religieux aux États-Unis

Aux États-Unis, la population est de moins en moins croyante. Le mouvement est lent, mais très perceptible dans les sondages du Pew Institute sur le sujet.  

Ainsi, 16 % des Américains se déclarent sans appartenance religieuse en particulier. Mais 23 % des gens se déclarent sans appartenance religieuse tout court. Parmi se dernier groupe, se trouvent 4 % d’agnostiques (qui ne savent pas si un dieu existe au non) et 3 % d’athées (pour qui dieu n’existe pas). En règle générale, plus les Américains sont jeunes, éduqués, d’immigration ancienne et de race blanche, moins ils sont religieux.  

Un Québec encore très religieux

Au Québec, selon Statistique Canada, seuls 12 % de la population se déclare sans appartenance religieuse. Dans le Canada en entier, 29 % de la population se dit sans appartenance religieuse (PEW).  

Le Québec et les États-Unis se trouvent donc dans des situations inverses. Aux États-Unis les dirigeants politiques prennent des décisions de plus en plus dictées par des impératifs religieux fondamentalistes, mais la population est de moins en moins religieuse.  

Inversement, au Québec, la population est plus religieuse que dans le reste du Canada, mais les dirigeants prennent des décisions qui renforcent le caractère laïc de l’État.  

D’où vient cette contradiction ? Il semble que les dirigeants américains et québécois sont déconnectés des conceptions de la jeunesse dans les deux sociétés.  

Par exemple, le vice-président américain, Mike Pence et le secrétaire d’État, Mile Pompeo, sont tous deux des fondamentalistes évangélistes.  

Au Québec, François Legault affiche plutôt un agnosticisme prudent.  

On notera que les jeunes, la clientèle cible de Québec Solidaire, sont parmi les moins en faveur de la Loi sur la laïcité de l’État. Or, ce sont eux qui ont subi les cours sur les religions imposés par le ministère de l’Éducation.  

La religion pourrait donc opérer un retour en force dans la politique québécoise, lorsque les jeunes générations prendront le pouvoir.