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L’endoctrinement religieux au Québec

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Des lecteurs ont écrit des commentaires très judicieux ce matin à la suite de ma chronique d’aujourd’hui sur les délires religieux aux États-Unis et au Québec.  

Deux types de commentaires me frappent. D’une part, vous êtes nombreux à dénoncer les cours d’éthique et culture religieuse (ECR) dont le sigle pourrait bien signifier Endoctrinement aux Cultes Religieux. D’autre part, certains font remarquer avec justesse que l’appartenance religieuse est un bien piètre marqueur pour mesurer la religiosité des gens. 

Abolir le cours ECR 

L’abolition du cours d'ECR serait probablement une excellente chose. Son remplacement par un cours de citoyenneté aussi. Un cours sur la citoyenneté qui n’aurait pas besoin de s’étendre sur 11 années, comme les cours de français ou de mathématique.  

Il est en effet, de toute évidence, disproportionné qu’un cours sur les religions s’étende sur autant d’années que des cours fondamentaux. 

Pour être valables, les cours d’ECR devraient être dispensés par de véritables spécialistes qui ont des formations adéquates, en anthropologie des religions par-exemple. Ce n’est pas le cas. Les professeurs qui les dispensent, en particulier au secondaire, possèdent rarement la culture humaniste requise pour ne pas sombrer eux-mêmes dans un relativisme à tout-crin.  

Mais le plus grand défaut de ce cours reste à mon avis celui que j’ai évoqué dans la chronique de ce matin: le cours n’est pas dessiné pour admettre les critiques contre les religions. Pourquoi? Parce que le ministère redoute les réactions des parents fondamentalistes.  

Crainte des élus 

Le problème est bien là: en Occident, trop d’élus ont peur de confronter les fondamentalistes religieux. Ces derniers peuvent donc continuer en toute sécurité de propager leurs stupidités. Au Québec, ce silence politique est nourri par les cours d’ECR.  

La religiosité 

L’autre aspect est celui de la montée du sentiment de religiosité.  

Aux États-Unis, le Pew Institute pose une série de questions qui permettent de mieux cerner le phénomène. Par exemple, l’institut demande aux citoyens si les écrits religieux doivent être pris au pied de la lettre.  

Les réponses à cette dernière question sont très révélatrices. Environ 25% des catholiques et des protestants de la branche principale estiment que la Bible doit être interprétée au pied de la lettre. Chez les évangélistes, qui forment 25% de la population, le taux monte à 55%. Cette question est un bon marqueur du fondamentalisme religieux. 

Le fondamentalisme me semble être un bon indice du sentiment de religiosité. Or, le fondamentalisme recule aux États-Unis, en particulier chez les jeunes.  

Je n’ai pas trouvé ce genre de statistiques pour le Québec.  

Effets néfastes du cours ECR 

En revanche, le cours d’ECR pourrait induire une forte tolérance envers le fondamentalisme religieux. C’est du moins une hypothèse qui paraît plausible.  

Cette plus grande tolérance envers le fondamentalisme religieux se manifeste probablement dans le rejet de la Loi sur la laïcité de l'État chez les jeunes dans une proportion plus forte que dans le reste de la population. Comme le fait très justement remarquer une lectrice, la critique des religions est maintenant perçue par certains jeunes comme une entrave à une liberté individuelle qui devrait être sans limites. 

Religiosité et tolérance du fondamentalisme religieux ne sont pas exactement la même chose. Le manque d’espace dans les chroniques contraint parfois à des raccourcis. Merci aux lecteurs qui ont pris le temps d’apporter des nuances.  

Mais le fond du problème demeure: quel est l’impact du cours d’ECR sur la politique au Québec? À mon avis, il est négatif et nous commençons à en sentir les effets néfastes.