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La police pas de cuisses, numéro 36

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«Hey, la police pas de cuisses, numéro 36!». Comme fille de policier, celle-là, dans mon enfance, je l’ai entendue des centaines de fois. Des jeunes flots s’en servaient à profusion pour se moquer des policiers. Dans le département des insultes à la police, c’était sans doute la plus polie du lot.

C’était avant les médias sociaux. L’insulte se pratiquait à visage découvert. Aujourd’hui, un clavier suffit. Idem pour la désinformation. Lorsque même le président des États-Unis en fait son principal outil d’attaque et de fausses nouvelles, c’est que le problème est insoluble. Or, la Sûreté du Québec n’est pas du même avis. Elle pense pouvoir «policer» ses médias sociaux.

Sur sa page Facebook, elle annonce qu’elle continuera de répondre aux « trolls », mais sur un ton «audacieux, corrosif et sarcastique». Elle veut répondre à ceux qui, dans leurs commentaires, «cautionnent des comportements délinquants». L’intention est bonne, mais pas le moyen.

Zinzin et moron

Une des règles d’or de la survie sur les médias sociaux est de ne PAS nourrir les trolls. Mieux vaut les bloquer. Quant à ceux qui, sur sa page Facebook, se moquent de l’appel de la SQ à la prudence avec l’intelligence d’une poignée de porte en se fendant d’un «Check le zinzin sur le radar», la SQ erre aussi en lui répondant : «Check le moron qui se prend pour Gilles Villeneuve». On dirait deux petits gars dans une cour d’école.

Même si la SQ dit regretter le mot «moron», le fait est que toute institution publique a un devoir d’exemplarité dans ses communications avec le public. Son rôle n’est pas de se faire le reflet de ceux qui, comme l’aurait dit ma mère, ont «trop de testostérone, pas assez de neurones».

Car disons-le crûment : sous toutes ses formes, l’incivilité gagne du terrain. Sur les routes, dans nos rues et sur nos trottoirs, les yeux constamment rivés sur des écrans de téléphone créent une bulle d’indifférence totale à l’environnement immédiat. Résultat : pour de plus en plus d’automobilistes, de cyclistes et de piétons, le Code de la route et la courtoisie sont devenus facultatifs.

Long, mais efficace

Que des corps policiers veuillent le contrer, bravo. C’est dans leur ADN. Une meilleure voie serait toutefois de faire pression sur le gouvernement et les municipalités pour qu’ils prennent le taureau par les cornes. Le problème d’imprudence et de grossièreté est rendu tel qu’il nous faut de nouvelles campagnes élargies d’information et de sensibilisation.

Même dans les hôpitaux, combien de gens ne se lavent pas les mains à moins de se le faire dire par des affiches omniprésentes? Même le port de la ceinture de sécurité a pris plusieurs années avant de s’installer dans les mœurs. Les autorités ont dû reprendre le message ad nauseam et multiplier les amendes.

Ce fut long, mais efficace à terme. Pour ce qui est de ses blaguettes sur les médias sociaux, la SQ pourra toujours les recycler à son party de Noël.