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L’affaire Lambert: une infinie tristesse

Vincent Lambert
Photo d'archives, AFP Vincent Lambert

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Je rentre de quelques jours de vacances en France.

L’affaire Lambert vient de s’y terminer.

Vincent Lambert est mort le 11 juillet dernier à l’âge de 42 ans. Infirmier de métier, il avait subi un gravissime accident de voiture en 2008.

Depuis presque 11 ans, il était tétraplégique et dans un état végétatif complet. Vous devinez la suite.

Saga

La famille s’est déchirée sur son sort, et cette déchirure s’est mutée en cruelle saga juridique.

Elle est devenue l’affaire qui, plus que toute autre, résume toute la complexité et l’émotivité du débat sur la fin de vie.

L’épouse de Lambert, six des frères et sœurs de l’homme, et son neveu voulaient depuis des années l’arrêt des traitements.

Les parents de Lambert, des catholiques fervents, une de ses sœurs et son demi-frère s’y opposaient.

Des tas d’associations prirent position. Le Vatican s’en est mêlé.

Les parents de Lambert se rendirent même à l’ONU pour y faire entendre ce qu’ils ont qualifié d’« appel au secours ».

L’affaire donna lieu à trente-quatre décisions de justice !

Après des années de combat juridique, la Cour de cassation a finalement donné le feu vert à un arrêt de l’hydratation et de la nutrition. Lambert est mort huit jours plus tard.

Une des sœurs de Lambert a parlé d’une issue « raisonnable », « sage » et « respectueuse ».

L’avocate de l’épouse de Lambert dit que sa cliente est « abattue » par des « années de procédure » contre « l’acharnement thérapeutique ».

Les avocats des parents ont plutôt parlé de « crime d’État » et d’une violation du serment d’Hippocrate par le médecin traitant.

Des militants du droit de « mourir dans la dignité », en quelques minutes, trouvent cruelle cette « euthanasie à petit feu » qu’est l’arrêt de l’hydratation et de l’alimentation.

D’autres n’ont pas du tout la même définition de ce qu’est une mort « digne ».

En France, la loi interdit le suicide assisté et l’euthanasie, mais autorise la fin des traitements si on peut démontrer une « obstination déraisonnable ».

Mais cette loi, curieusement, ne hiérarchise pas clairement qui peut décider pour quelqu’un qui ne peut le faire lui-même, d’où le conflit.

À mon humble avis, le conjoint et ses enfants majeurs devraient passer avant les parents.

L’affaire soulève aussi toute la question des directives anticipées.

Quelles directives pourraient être admissibles ? Lesquelles ne devraient pas l’être ? Que faire en l’absence de directives ?

Lambert n’avait pas laissé de directives écrites, mais sa femme soutenait qu’il aurait confié oralement, avant l’accident, ne pas vouloir vivre « comme un légume ».

Foire

Bref, ce qui aurait dû être une discussion intime entre les proches a tourné au cirque médiatique.

Les parents de Lambert furent ceux qui contribuèrent le plus à hystériser le débat en traitant les médecins de « nazis ».

L’emballement médiatique forçait à choisir « son camp » : pour ou contre, blanc ou noir.

Dans le tumulte, il n’y avait plus de place pour la pudeur, pour l’intimité, pour la retenue, pour la décence, pour la nuance, pour la réflexion.

Plus encore qu’un immense gâchis, cette affaire fut une tragédie.