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Manque de main-d’œuvre pour les cours de conduite

Une pénurie de moniteurs entraîne des retards de plusieurs mois dans les cours

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 Les écoles de conduite sont frappées de plein fouet par la pénurie de main-d’œuvre et somment le gouvernement de revoir la fixation du prix des cours qui est gelé à 825 $ depuis 2010.  

 Ce prix plafond empêche, selon les écoles de conduite, d’offrir des services de qualité aux élèves et un salaire plus intéressant aux moniteurs. 

 L’Association des écoles de conduite du Québec (AECQ) et le réseau des écoles de conduite Tecnic tentent depuis plusieurs années de convaincre le gouvernement d’agir. 

 «Si on veut continuer à former de bons conducteurs, on doit continuer à donner de la qualité dans les cours. Mais pour ça, on doit suivre le coût de la vie et le coût du cours n’a pas suivi», fait valoir Mylène Sévigny, directrice générale du réseau Tecnic, le plus gros joueur du marché. 

 Selon le directeur général de l’Association, Marc Thompson, le métier de moniteur de conduite mériterait un salaire de départ beaucoup plus élevé, indiquant qu’il est en moyenne de 13,25 $ l’heure présentement. 

 «Ça devient difficile de retenir les moniteurs», enchaîne Mme Sévigny. 

 Longue attente 

 Alors qu’un cours s’échelonne normalement sur un an, plusieurs clients, notamment de la bannière Tecnic, sont dans le processus depuis près de deux ans. La situation touche principalement les grandes villes. 

 «Certaines écoles m’ont dit qu’elles doivent magasiner des horaires d’examen d’une succursale à l’autre. Les grands centres ont beaucoup de difficulté», fait valoir M. Thompson. 

 Réjean Blais, directeur général de la bannière ConduiPro, confirme aussi que les moniteurs de conduite sont une denrée rare et que le salaire n’aide pas. 

 «Si on en perd un, on a plus de difficulté à remplacer, lance-t-il. Ça prend des passionnés qui veulent travailler sans égard au salaire.» 

 Taux d’échec élevé 

 L’industrie doit également composer avec un très haut taux d’échec des examens pour devenir moniteur de conduite. 

 «70 % des aspirants moniteurs échouent à l’examen de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ)», fait valoir Mme Sévigny. 

 Par ailleurs, les aspirants moniteurs n’ont pas accès à leur examen. Il devient donc difficile de se préparer à leur reprise. 

 Gino Desrosiers, porte-parole à la SAAQ, indique que la société est au fait de la situation. «On revoit les examens pour s’assurer que les questions sont plus faciles à comprendre. Et on vérifie aussi la grille d’évaluation pour s’assurer que les correcteurs ont la réponse recherchée», affirme-t-il. 

 Jusqu’à deux ans pour terminer la formation 

 Plusieurs clients de la bannière d’école de conduite Tecnic déplorent de longs délais pour terminer leurs heures de cours pratiques, alors que certains sont dans le processus depuis près de deux ans. 

 Selon Gino Desrosiers, porte-parole à la Société d’assurance automobile, le cours de conduite devrait s’échelonner sur un an, sur 18 mois tout au plus, afin de permettre à l’élève de composer avec son horaire personnel et d’apprendre à conduire pendant les quatre saisons. 

 Aux petites créances 

 Jonathan Savard, un citoyen de Sherbrooke, avait commencé ses cours avec Tecnic en mars 2018. En octobre dernier, il en était uniquement à son cinquième cours pratique, sur les 15 à faire. 

 Depuis, il a changé d’école, mais il a tout de même déposé une poursuite aux petites créances contre Tecnic à Sherbrooke. 

 «C’est une poursuite pour publicité trompeuse, car l’école a fait plusieurs publicités disant qu’elle s’adapte à notre horaire, alors que ce n’est pas le cas», explique-t-il, ajoutant qu’il n’y avait pas de disponibilités et qu’il fallait que les élèves s’inscrivent longtemps à l’avance, pour s’assurer d’avoir une place. 

 La poursuite concerne également des frais qu’il juge illégaux, comme un paiement de 200 $, exigé avant même qu’il commence ses cours. 

 Pas avant octobre 

 Clément Dubois-Dumas, client à la succursale de Vanier, indique aussi avoir eu de la difficulté à obtenir des rendez-vous pour des cours pratiques, en plus d’avoir reçu des frais d’annulation injustifiés. 

 «J’ai commencé mes cours il y a près de deux ans. Les prochaines disponibilités ne vont pas avant octobre prochain», lance-t-il. 

 M. Dubois-Dumas est en procédure pour résilier son entente avec Tecnic. L’élève de 28 ans indique ne plus avoir confiance en la compagnie. 

 «À trois reprises, ils m’ont contacté pour me dire que j’avais manqué mon cours, qui était pourtant prévu le lendemain, et ils veulent me charger des frais», explique-t-il, estimant qu’il est rendu à plus de 1200 $ pour ses cours. 

 Mylène Sévigny, directrice générale du réseau Tecnic, estime que la pénurie de moniteurs est l’élément déclencheur de la majorité des insatisfactions. Elle indique que les clients peuvent s’adresser au franchiseur.  

 Des délais plus longs 

 Durée normale d’un cours de conduite environ 12 mois 

 Durée due à la pénurie de moniteurs 18 à 24 mois 

 Cours de conduite 

 Partie théorique 24 heures 

 Partie pratique 15 heures 

 Source: Association des écoles de conduite du Québec