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Abolir ECR: c’est votre responsabilité, M. Roberge

Jean-François Roberge
Photo Simon Clark Jean-François Roberge

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Avec la loi 21, le gouvernement Legault a permis au Québec de faire un pas important. Il a inscrit le principe de laïcité au cœur de notre existence collective et rappelé le droit de la société d’accueil à faire respecter son identité par ceux qui la rejoignent.

Il ne saurait toutefois s’arrêter là. Car ce pas en appelle bien d’autres, et dans les officines caquistes comme dans la population, on se demande quel sera le prochain grand geste nationaliste du gouvernement.

Quelle mesure pourrait incarner la suite de cette affirmation québécoise ?

Nationalisme

À certains égards, la réponse s’impose d’elle-même. Avec la loi 21, le gouvernement a marqué sa rupture avec l’idéologie multiculturaliste. Mais la rupture demeure incomplète. Car l’école québécoise y demeure soumise à travers le cours Éthique et culture religieuse — le fameux cours ECR, dont on a tant parlé ces dernières années.

Si ce cours, on s’en souvient, prétend familiariser la jeunesse avec les grandes religions du monde, dans les faits, il pousse surtout à se soumettre à toutes les revendications religieuses au nom de la diversité. Il instrumentalise la connaissance du fait religieux pour nous soumettre aux militants les plus zélés de chaque religion. Il entend convertir la jeunesse au multiculturalisme.

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Ainsi, le cours ECR pousse à la banalisation du voile islamique. Il banalise aussi le kirpan. Il neutralise l’esprit critique, alors que la modernité, à bien des égards, s’est construite en revendiquant le droit de critiquer toutes les croyances, quelles qu’elles soient. Aucune ne devrait être en droit de se placer à l’abri du regard de la raison.

ECR repose sur l’idée inverse. Ce serait manquer de respect envers les religions minoritaires que de remettre en question leur vision du monde et les comportements qu’elles prescrivent. Il dévalorise par définition la laïcité.

Jean-François Roberge, le ministre de l’Éducation, répondra peut-être que le cours est moins pire qu’il n’y paraît et qu’on trouve certains enseignants pour le donner de manière éclairée, sans en faire une séance d’endoctrinement. C’est probablement vrai.

Mais ils représentent l’exception plutôt que la règle. On ne saurait sauver un mauvais programme grâce à quelques enseignants d’exception qui parviennent à transmettre des connaissances à travers lui.

Ce cours relève moins de l’éducation que de la propagande. Il inculque aux nouvelles générations les principes du multiculturalisme et les pousse à regarder avec dédain l’identité québécoise, comme si elle était au fond d’elle-même raciste, xénophobe, islamophobe, fermée aux autres et repliée sur elle-même.

Il confond l’ouverture à l’autre avec le reniement de soi, la main tendue et le genou à terre.

De l’histoire et du français

Il faut moins le rafistoler que l’abolir, et redistribuer les heures libérées par cette abolition aux cours d’histoire et de français, qui n’en auront jamais trop à leur disposition.

Le gouvernement caquiste, en abolissant ECR, travaillerait ainsi à réenraciner les jeunes Québécois dans leur propre culture, dans leur propre histoire, et cesserait de faire passer le dédain des siens pour une forme supérieure de noblesse morale.