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Les Leafs en passent une vite

Ils pourraient garder Mitch Marner en rapatriant un joueur dont la carrière est terminée

Le directeur général des Maple Leafs de Toronto Kyle Dubas, à gauche, et le président de l’équipe, Brendan Shanahan, lors du repêchage 2018.
Photo d’archives, AFP Le directeur général des Maple Leafs de Toronto Kyle Dubas, à gauche, et le président de l’équipe, Brendan Shanahan, lors du repêchage 2018.

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Plusieurs ont sursauté, mardi, lorsque les Maple Leafs de Toronto ont accepté d’encaisser le salaire de David Clarkson dans une transaction avec les Golden Knights de Vegas. Ce mouvement de personnel peut avoir l’air particulier, en considérant que les Leafs sont désespérément à la recherche d’espace sur la masse salariale afin d’absorber le prochain contrat de Mitch Marner. En fait, l’acquisition de Clarkson et ses 5,25 M$ pourrait justement aider les Leafs à faire signer leur jeune attaquant vedette.

Impossible, direz-vous ? Pas si vite.

Il semble que le directeur général de la formation torontoise Kyle Dubas et son adjoint Brandon Pridham aient trouvé un moyen de contourner les règles strictes du plafond salarial, établi à 81,5 M$ pour la prochaine saison, et ce grâce à deux joueurs qui ne porteront jamais l’uniforme bleu et blanc.

Clarkson n’a pas joué un seul match dans la LNH depuis la saison 2015-2016. L’attaquant a dû se retirer de la compétition à la fin de cette campagne en raison d’une blessure au dos.

Il écoulera tout de même, la saison prochaine, la dernière année d’un pacte de sept ans qu’il avait signé avec les Maple Leafs à l’été 2013.

Clarkson avait été échangé en 2015 aux Blue Jackets de Columbus, avant de se retrouver à Las Vegas.

Clarkson sera donc placé sur la liste des blessés à long terme, permise pour les joueurs devant rater plus de dix matchs ou 24 jours de la saison, tel que stipulé dans la convention collective.

D’accord, mais en quoi est-ce que cette manœuvre pourra aider les Maple Leafs à signer Marner ? On y arrive.

Avec Horton

Clarkson n’est pas le seul joueur que les Leafs enverront sur la liste des joueurs blessés à long terme (ou LTIR, dans le jargon de la convention collective).

Nathan Horton aussi écoulera dans l’organisation des Leafs la dernière année d’un long contrat cette saison, même si sa carrière de joueur est terminée en raison de nombreuses commotions cérébrales.

Il devait empocher 5,3 M$.

Il faut tout d’abord comprendre que le salaire d’un joueur placé sur la liste des blessés à long terme compte toujours sur le plafond salarial de l’équipe.

Toutefois, il permet aux formations de dépasser le plafond afin de compenser le salaire du joueur blessé.

Cette compensation prend en considération plusieurs facteurs, mais elle permet, au maximum, de dépenser le total du salaire des joueurs blessés de plus que les 81,5 M$ permis par la convention collective.

Dans l’exemple qui nous intéresse, les Maple Leafs se retrouvent à l’heure actuelle avec les 5,25 M$ à Clarkson et les 5,3 M$ à Horton, pour un total de 10,55 M$.

Ils pourraient donc théoriquement bâtir un alignement allant jusqu’à 92,05 M$, et ensuite envoyer Clarkson et Horton sur la liste des blessés pour compenser les 10,55 M$ excédants (5,25 + 5,3), et respecter les limites du plafond salarial.

Protection

Certains observateurs ont émis la possibilité, mercredi, que les Leafs soient à la recherche d’autres contrats du genre afin d’augmenter leur capacité à dépenser plus que le plafond salarial.

Zach Hyman et Travis Dermott, qui rateront le début de la saison en raison de blessures, pourraient eux aussi être placés sur la liste des blessés à long terme afin d’offrir encore plus de latitude à court terme.

Il semble donc que les Maple Leafs se sont protégés face à toute éventualité, notamment celle où une offre hostile juteuse serait déposée dans les prochaines semaines.

Plafond salarial : « Une farce »

L’agent de joueurs Allan Walsh estime que cette disposition de la convention collective, cette fois-ci exploitée par les Maple Leafs de Toronto, démontre une fois de plus que le concept de parité dans la LNH n’est qu’un écran de fumée.

Dès l’annonce de la transaction de Clarkson, mardi, celui qui dirige la firme Octagon Hockey, qui représente plusieurs gros noms comme Vladimir Tarasenko, Mark Scheifele et Jonathan Huberdeau, s’est emporté sur son compte Twitter en mentionnant que cette faille démontrait que le système de plafond salarial dans la LNH était « une farce ».

« Gary Bettman n’arrête pas de nous dire que le plafond salarial aide à la parité dans la LNH. La parité, c’est une illusion, un tour de magie de la part du commissaire, a ajouté l’agent. On s’apprête à permettre à une équipe de dépenser entre 92 M$ et 93 M$ dans un système dont la limite est établie à 81,5 M$, et ce, sans enfreindre aucun règlement. De l’autre côté, le plancher salarial est établi à 58 M$. Comment est-ce qu’on peut parler de parité quand des équipes dépensent 92 M$ et d’autres 58 M$ ? »

Proposition

Pour Walsh, la solution serait d’éliminer le système de plafond salarial rigide, mais d’imposer une taxe de luxe aux formations désirant dépasser le maximum établi.

« Je pense que les équipes devraient pouvoir dépenser comme elles le veulent, mais payer une taxe qui irait en partage de profits à travers les équipes moins bien nanties. Par exemple, dans le cas des Maple Leafs, ils pourraient dépenser 10 M$ de plus, mais ils auraient aussi à payer ce même montant en taxes. »

Pas d’ouverture

Walsh assure militer pour ce genre de système depuis 2005, soit depuis l’implantation du plafond salarial dans la LNH. Par contre, il ne croit pas qu’on verra un jour son vœu être réalisé.

« Gary Bettman et les propriétaires ne voudront jamais utiliser ce genre de système. On nous fait croire que le plafond salarial est pour la parité, mais en réalité c’est une façon de payer les joueurs en dessous de leur valeur sur le marché. En 2003, les meilleurs joueurs étaient payés environ 11 M$. Nous sommes maintenant en 2019 et nous venons à peine de revenir à ce genre de sommes. Ça n’a pas de sens. »