/opinion/columnists
Navigation

Une deuxième crise d’OKA: à éviter

Coup d'oeil sur cet article

C’est dans des moments de tensions intercommunautaires comme ceux qui déchirent les citoyens d’Oka et leurs voisins mohawks qu’on cherche le leadership politique chez nos élus.

Les autochtones et leurs revendications territoriales sont de compétence fédérale, mais le premier ministre Justin Trudeau se comporte comme s’il n’était pas concerné par ce conflit.

Il laisse le maire d’Oka, Pascal Quevillon, et le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon, s’invectiver publiquement comme s’il s’agissait d’une chicane de clôture.

Une revendication ancestrale

Il faut cependant saluer la main tendue de la ministre des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, qui, tout en sachant que le dossier relève d’Ottawa, a pris l’initiative d’inviter les parties à se parler autour d’une même table.

C’est un geste apaisant comme il en faut dans les circonstances, surtout quand un maire tient un discours abrasif et que le chef mohawk exige des excuses comme condition préalable au dialogue.

Les rencontres d’information tenues séparément mercredi dernier – une pour les Mohawks et l’autre pour les citoyens d’OKA – n’ont fait qu’attiser les tensions. Or, le Québec n’a pas besoin d’une deuxième crise d’Oka.

Il s’agit ici de revendications ancestrales que les Mohawks ont exprimées, depuis des décennies, sur le territoire de la pinède d’Oka, et qui ont été au cœur de la crise de 1990.

Elles dépassent par leur nature et leur portée historique la compétence des élus locaux et du gouvernement du Québec.

Il est clair que toute tentative d’empiétement sur ce territoire contesté reviendrait à allumer la mèche d’un baril de poudre.

Aussi, tant que le fédéral n’aura pas statué sur le fond des choses, un moratoire sur tout développement dans cette zone permettrait de ramener la paix sociale entre les deux communautés.

Où est Trudeau ?

Le premier ministre Justin Trudeau a été prompt, avec sa ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, à condamner les propos du maire Quevillon, mais qu’a-t-il fait de concret depuis son élection, en 2015, pour éviter qu’une autre crise éclate ?

Le 21 septembre 2017, il avait enflammé l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, en reconnaissant que « [p]our les peuples autochtones du Canada, l’expérience en a été une d’humiliation, de négligence et d’abus ».

Il s’était engagé à abolir les « vieilles structures coloniales désuètes » qui avaient présidé aux relations de la Couronne avec les Premières Nations et à respecter « le droit inhérent des Autochtones à s’autogouverner et à déterminer leur propre avenir ».

Une promesse qu’il a réitérée, en décembre 2018, quand il a confirmé aux chefs des Premières Nations que « [n]ous devons aider à démontrer avec vous que tout ce que nous faisons commence par la reconnaissance de vos droits actuels et que vous ne devriez pas avoir à nous poursuivre en justice pour le prouver ».

Qu’attend donc le premier ministre Trudeau pour agir afin d’éviter une deuxième crise à OKA ?