/opinion/blogs
Navigation

Les délocalisations, c’est bon pour le moral. Les subventions? Encore mieux

Le premier ministre François Legault
Photo Simon Clark Le premier ministre François Legault

Coup d'oeil sur cet article

Délocalisations, «sweat shops» et «cheap labor» 

Réflexion «pragmatique» de notre premier ministre caquiste du Québec : «Emplois. La délocalisation peut être une bonne chose, dit Legault » (Le Devoir, 6 juin 2019).  

Une bonne chose pour qui? Alors pour François Legault, déménager une usine et des emplois à des sous-traitants situés dans des pays où la main-d’œuvre est exploitée, avec des petits salaires, pas d’avantages sociaux et des horaires de fous, c’est bon pour les affaires et pour tout le monde. Très humaniste comme vision des choses les propos émis par monsieur Legault.  

Voilà, si on appliquait la solution du patronat de réduire le salaire minimum qui est de 12,50 $ l’heure au Québec (14 $ en Ontario et 15 $ en Alberta), il n’y en aurait pas de délocalisations. Et comme les chambres de commerce ont des réponses réalistes à tout, il faudrait aussi que le gouvernement permette aux entreprises de faire venir ici même au Québec un grand nombre de travailleurs étrangers qu’ils pourraient légalement payer moins cher. Toutes des initiatives commerciales qui accroissent toujours plus les criantes inégalités économiques ici et ailleurs. De plus, le patronat nous dit qu’il faut absolument augmenter la rémunération de leurs dirigeants afin d’être compétitifs et diminuer le salaire et les conditions de travail des employés ordinaires afin d’être concurrentiels. Il faut mieux payer les patrons et moins les imposer sinon ces cerveaux vont déménager leurs pénates ailleurs. Dire que les chambres de commerce clament à tout vent la supériorité de l’économie néolibérale de marché sur le socialisme, sauf quand vient le temps de quêter des milliards de dollars en subventions publiques de l’État qu’elles veulent pourtant plus petit, pour les autres. Place alors au capitalisme socialiste! 

Il faut en plus subventionner les délocalisations 

François Legault, en bon homme d’affaires qu’il était ne fait que reprendre la cassette patronale entonnée depuis longtemps. Dans mes vieux dossiers d’articles de journaux, j’ai retrouvé cette perle publiée dans Le Devoir du 7 avril 2006 : «Québec doit financer les investissements à l’étranger. Les délocalisations ne sont pas à craindre, estime Isabelle Hudon, présidente de la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain». En passant, madame Hudon a été nommée par Justin Trudeau ambassadrice du Canada en France, rien de moins.  

Selon les prétentions du patronat, il serait bon pour les Québécois, et même ceux qui sont cavalièrement «flushés» de subventionner, avec l’argent de la population, les entreprises qui déménagent leurs usines dans un pays de «cheap labor» et de «sweat shop». Il faudrait que l’on arrête de nous prendre pour des pieds de céleri. Le Devoir avait aimé l’idée «novatrice» de madame Hudon, car en plus de lui consacrer un beau gros article, le quotidien avait publié le même jour son opinion éclairant et révolutionnaire : «Exporter les investissements, une bonne affaire». Et j’ajouterais exporter les investissements même dans les paradis fiscaux.       

Et quand on ne peut délocaliser, que faire? 

Quand l’employeur philanthrope ne peut déménager vers d’autres cieux, alors qu’est-ce qu’il faut faire que vous me demandez? Dans ce cas, l’entreprise n’a qu’à embaucher une poignée de lobbyistes, de préférence d’ex-politiciens, afin de faire valoir auprès des élus leurs points de vue. C’est beaucoup ce qu’a fait la transnationale américaine Uber qui a imploré le gouvernement caquiste de «moderniser» l’industrie du taxi et les chauffeurs de taxi qui ne gagnaient déjà pas beaucoup. Mais pour le patronat c’était trop. Alors si Uber veut engranger plus de profits, ce n’est pas compliqué, il fallait simplement couper dans le gras des plantureux salaires des chauffeurs de taxi.  

Et comme la population affichait un peu de réticence à cette patente, il a fallu alors passer à une autre étape et bombarder les gens de publicité gouvernementale dans les médias. C’est exactement ce qu’a fait la CAQ avec des publicités dans plusieurs quotidiens comme : «Moderniser l’industrie du taxi tout en assurant son avenir». Appauvrir les chauffeurs de taxi, la CAQ appelle ça «moderniser». 

Comme les chauffeurs de taxi n’ont pas les mêmes moyens que le patronat, alors les politiciens restent fermes : «Manifestation des chauffeurs de taxi : le ministre caquiste François Bonnardel reste ferme devant la grogne» (Le Journal, 5 avril 2019). 

Le cas de Bombardier 

Ça fait des lunes que l’on s’amuse à nos dépens. J’ai retrouvé cet article du Journal du 25 février 2002 intitulé : «Bombardier fabrique des locomotives au Mexique avec l’aide d’Ottawa». Bombardier aurait pu fabriquer ici même au Québec ces locomotives dans l’une de ses usines, mais elle a préféré le Mexique. Pourquoi donc? 

Visitez qub.radio pour ne rien manquer de notre programmation quotidienne et de nos baladodiffusions