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Churchill et cette misère que cachent les ours polaires

Imaginez cette « maison » pendant les intempéries de janvier en bordure de la baie d’Hudson.
Photo Gilles Proulx Imaginez cette « maison » pendant les intempéries de janvier en bordure de la baie d’Hudson.

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En voyageant beaucoup à travers le Canada et en visitant un maximum de communautés autochtones, on constate qu’elles sont souvent assises dans des lieux enviables, géographiquement parlant, mais, trop souvent, dans un état on ne peut plus déplorable.

À Churchill, au Manitoba, où je suis venu pour la beauté des ours polaires, j’ai aussi visualisé la laideur de la misère humaine chez les autochtones. Quand donc prendrons-nous exemple sur le Groenland où les Inuits sont incomparablement plus heureux et épanouis ? Pourquoi les Danois (à qui appartient le Groenland) sont-ils capables de ne pas parquer leurs autochtones dans des trous à misère et pas nous ?

La raison pour laquelle on dépense des milliers de dollars pour se rendre à Churchill, c’est le roi du Nord… même si lui aussi perd ses titres.
Photo Gilles Proulx
La raison pour laquelle on dépense des milliers de dollars pour se rendre à Churchill, c’est le roi du Nord… même si lui aussi perd ses titres.

Churchill est une des villes les plus ridiculement coûteuses du pays parce que l’avion pour y aller coûte une fortune. Chaque fois que l’addition m’arrivait au restaurant, je sursautais. Ça m’a coûté plus de 2000 $ pour une fin de semaine : les vols, l’hébergement, les repas, les excursions, etc. Et beaucoup de Japonais viennent ici d’encore plus loin et paient encore plus cher ! Or, dans cette communauté qui stagne à environ 800 résidents, on se demande bien à qui va l’argent. Certaines demeures tiennent du bidonville. On ne s’imagine pas ce qu’est l’hiver du Grand Nord dans ces bicoques rafistolées.

Cette maison est à vendre. Qui veut l’acheter ? Ce genre de demeure en pleine ville témoigne de la schizophrénie sociale entre les pauvres délaissés pris par leurs problèmes et le reste de la population.
Photo Gilles Proulx
Cette maison est à vendre. Qui veut l’acheter ? Ce genre de demeure en pleine ville témoigne de la schizophrénie sociale entre les pauvres délaissés pris par leurs problèmes et le reste de la population.

Brèches sociales

Heureusement, les gouvernements leur ont payé un gigantesque centre culturel et sportif où la jeunesse a tout pour bouger et se tenir en forme, mais cela ne suffit pas contre l’alcoolisme et la malnutrition ! Le centre nous vante les talents artisanaux et les anciens us et coutumes de ces populations qui ont vu passer les Radisson, des Groseilliers, La Vérendrye et Pierre Le Moyne d’Iberville... À l’époque, les explorateurs échangeaient avec ces gens du Nord dont l’art de survivre forçait l’admiration. Désormais, il n’y a plus de contact du tout entre les richissimes visiteurs d’ours polaires et ces premiers habitants.

Un peu partout en ville on trouve des véhicules mal en point qui semblent traîner là.
Photo Gilles Proulx
Un peu partout en ville on trouve des véhicules mal en point qui semblent traîner là.