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Écrasement du PDG de Savoura: la sécurité du modèle d'hélicoptère remise en question

Un avocat américain pilotant plusieurs poursuites contre le fabricant qualifie l’hélicoptère R44 de dangereux

Écrasement du PDG de Savoura: la sécurité du modèle d'hélicoptère remise en question
Photo d’archives, tirée de Facebook

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La sécurité du modèle d’hélicoptère que pilotait le président de Savoura est remise en question ailleurs dans le monde depuis quelques années, à la suite de nombreux accidents mortels.

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« Nous considérons cet hélicoptère comme dangereux », tranche l’avocat américain Ronald Goldman, qui a dirigé une dizaine de poursuites contre le fabricant du R44, Robinson Helicopter Company. 

Il n’est pas le seul. Une enquête du quotidien californien LA Times révélait l’an dernier que ce modèle d’hélicoptère, le plus vendu au monde, était aussi celui qui était impliqué dans le plus d’accidents mortels. 

En analysant les rapports d’accidents du National Transportation Safety Board, l’équivalent américain du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST), le quotidien a démontré que le R44 avait 1,6 accident mortel par 100 000 heures de vol, bien plus que n’importe quel autre appareil. L’entreprise avait cependant rejeté ce constat. 

Les inquiétudes sont grandes aussi en Nouvelle-Zélande à la suite d’accidents mortels, si bien que l’entreprise a été mise sous surveillance par les autorités locales régissant les transports aériens. 

L’Australie a même interdit temporairement à ces hélicoptères de voler il y a quelques années, en raison d’accidents. 

Défauts

Selon Me Goldman, le R44 Robinson présente des « défauts de conception », notamment au niveau des pales et du mât de l’appareil (voir ci-dessous). L’avocat souligne que même des pilotes d’expérience se font surprendre par ce modèle d’hélicoptère. Il ajoute n’avoir jamais perdu une poursuite contre ce fabricant. 

Selon lui, le R44 Robinson est un si grand vendeur d’abord et avant tout en raison de son faible coût. Il est souvent jusqu’à la moitié moins cher que d’autres appareils. « Il y a des raisons qui expliquent que cet hélicoptère coûte si peu cher, et c’est ce que nous critiquons », fait-il valoir. 

Il implore les autorités canadiennes d’enquêter non seulement sur l’écrasement qui a coûté la vie à Stéphane Roy et à son fils, mais aussi sur le rôle que jouent les hélicoptères Robinson dans les accidents aériens au pays. 

35 % des accidents

D’ailleurs, déjà en 2011, un rapport du BST soulignait que 35 % des accidents d’hélicoptères privés au Canada depuis 10 ans mettaient en cause le modèle R44, attribuant les accidents surtout à des pertes de contrôle plutôt que des ennuis mécaniques. 

Dans un autre rapport d'un accident mortel survenu à Drummondville en 2018, le BST précisait que le Québec compte 140 hélicoptères R44, dont 103 en exploitation privée. 

Vendredi, des enquêteurs du BST se sont rendus sur les lieux de l’accident mortel. Le gestionnaire pour Québec, Jean-Marc Ledoux, explique que les enquêteurs examineront la carcasse de l’appareil pour tenter de comprendre les causes de l’accident. 

Ils vérifieront notamment si le moteur fonctionnait ou non au moment de l’impact. Tout l’appareil ou des pièces, selon leurs expertises, seront acheminés dans un laboratoire pour des tests. 

 –Avec la collaboration d’Héloïse Archambault

  

Le R44 Robinson, en bref  

  • Fabriquant: Robinson Helicopter Company, Californie 
  • 12 mètres de long 
  • 4 places 
  • Environ 2500 livres 
  • Peut voler jusqu’à 4000 pieds d’altitude 
  • Impliqué dans 42 écrasements mortels aux États-Unis de 2006 à 2016. 
  • 401 appareils au Canada selon le BST  

Le président de Savoura, Stéphane Roy a acheté l’appareil usagé en 2015. Il avait été fabriqué en 2009. 

Des pales qui s’effritent 

Selon les enquêtes réalisées à la suite d’accident, l’avocat Ronald Goldman estime que les pales du rotor, sur le dessus de l’aéronef, ont tendance à s’effriter. Ces pales, qui sont laminées, peuvent ensuite se briser rapidement. 

Le mât cogne 

Un problème soulevé par les autorités néo-zélandaises à la suite d’accidents mortels implique le mât de l’hélicoptère, faisant tourner l’hélice. Celui-ci peut donner des coups à l’appareil sous la force du vent, même faible, pouvant faire perdre le contrôle de l’aéronef à son pilote. 

Fissures de fatigue 

L’avocat Ronald Goldman souligne que les inspections commandées par son cabinet à la suite d’accidents ont trouvé des fissures de fatigue à des endroits clés de l’appareil.