/weekend
Navigation

Un autre regard sur la musique

William Boyd
Photo courtoisie, Trevor Leighton William Boyd

Coup d'oeil sur cet article

Dans ce quinzième roman, l’écrivain britannique William Boyd raconte l’histoire de Brodie Moncur, un accordeur de piano d’origine écossaise. Et tout le monde s’accorde pour dire qu’il est assez réussi !

Au fil des ans, dans ses romans, l’écrivain britannique William Boyd a souvent mis les arts en valeur. Il a entre autres parlé de cinéma dans Les nouvelles confessions, de peinture dans La croix et la bannière, de littérature dans À livre ouvert et de photographie dans Les Vies multiples d’Amory Clay.

L’idée d’écrire un jour un roman portant sur la musique s’est donc tout naturellement imposée d’elle-même. Mais comme il n’est pas si facile que ça de mettre en mots notes, nuances musicales ou airs de chansons, William Boyd a longtemps cherché l’angle, la façon dont il pourrait aborder pareil sujet.

« J’étais assis dans ce club à Londres, quand j’ai vu quelqu’un en accorder le piano, explique-t-il au cours de l’entretien téléphonique qui s’est déroulé en juin dernier. C’est là que je me suis dit “Eurêka !” Pour accéder au monde de la musique, j’allais faire de mon héros un accordeur de piano. »

Un métier à propos duquel il ne savait cependant vraiment pas grand-chose. « J’ai eu de la chance, parce qu’un de mes amis connaissait l’un des meilleurs accordeurs de la Royal Academy of Music, poursuit-il. J’ai ainsi pu rencontrer cet accordeur à plusieurs reprises et il a accepté de partager avec moi certains de ses secrets, les grands pianistes ayant parfois des exigences assez particulières. »

Préparant toujours soigneusement le canevas de ses romans, l’écrivain a également fait appel à deux autres de ses amis. Compositeurs, cette fois. « Je leur ai demandé d’analyser quelques pièces de musique pour comprendre ce qui, de manière générale, faisait pleurer les gens. Parce qu’à ce stade, j’étais déjà sûr d’une chose : mon héros allait composer une pièce capable de faire pleurer les gens et, manque de chance, quelqu’un allait la lui voler. »

Accords et désaccords

Dans L’amour est aveugle, on pourra ainsi faire la rencontre de Brodie Moncur, le jeune accordeur-­vedette du magasin de pianos Channon & Co, situé au cœur d’Édimbourg. Il y travaille depuis le début des années 1890 et comme les affaires vont plutôt bien, son patron ouvrira une succursale à Paris. Et devinez qui sera pressenti pour aller seconder là-bas le fils lunatique et gâté pourri du proprio? Oui, nul autre que Brodie.

C’est donc à Paris qu’il fera la connaissance du pianiste virtuose John Kilbarron, que tout le monde surnomme « le Liszt irlandais ». Très vite chargé d’ajuster l’instrument de ce célèbre maestro avant chacun de ses concerts, Brodie aura aussi encore plus vite une tout autre surprise : alors qu’il aurait mieux valu que ça n’arrive jamais, il tombera éperdument amoureux de Lika Blum, la cantatrice russe sans grand talent... que John Kilbarron a pour maîtresse.

« Pour créer le personnage de John Kilbarron, je me suis librement inspiré de la vie de John Field, souligne William Boyd. C’est un compositeur et pianiste du 18e siècle dont très peu de gens ont entendu parler, même s’il a connu un immense succès en Russie. Quant à Lika, elle s’inspire de l’actrice et chanteuse russe Lidia Mizinova, qui a eu une grande histoire d’amour avec l’écrivain Anton Tchekhov. »

Un amour complètement fou

Au début, tant que personne ne se doutera de sa liaison avec Lika, Brodie vivra de façon quasi permanente sur un petit nuage. Car jusqu’à présent, jamais une femme n’avait réussi à lui faire perdre la tête à ce point.

« Avec ce livre, ça a d’ailleurs été l’un de mes principaux défis, ajoute William Boyd. Je me demandais comment écrire sur ce genre d’amour obsessionnel sans tomber dans les clichés. Je voulais que les lecteurs sentent que la passion de Brodie pour Lika était écrasante et pour y arriver, j’ai décidé d’éviter les faux-fuyants, de raconter tout ça de manière très claire. »

Lorsque John Kilbarron finira par découvrir ce qui se passe dans son dos, la chute sera donc encore plus vertigineuse. Non seulement parce que la famille Kilbarron ne tardera pas à vouloir se venger, mais parce que Brodie n’aura d’autre choix que de fuir le plus loin possible, seulement suivi de son matériel d’accordeur.

Une lecture d’été idéale qui a tout récemment remporté le Prix Fitzgerald 2019.

L’amour est aveugle, William Boyd,  aux Éditions du Seuil, 496 pages
Photo courtoisie
L’amour est aveugle, William Boyd, aux Éditions du Seuil, 496 pages