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La guerre froide, nouveau départ

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On suggère toujours de ne pas rester autour de deux taupins qui se cognent dessus : un coup raté et vous êtes assommés en bordure de route, victimes collatérales. Avec le ton qui monte entre Washington et Pékin, nous risquons tous – nous, Québécois, Canadiens, mais aussi Européens, Africains et lointains cousins d’Asie – de nous retrouver avec un œil au beurre noir ou pire encore.

Oubliez la Russie, le vieil Empire britannique moribond ou les provocations de Kim Jong-un en Corée du Nord, les États-Unis et la Chine demeurent les deux seules grandes puissances. Et comble de malchance, les deux s’entendent plutôt mal ces jours-ci.

Les relations commerciales sont pourries, alors qu’on parsème les accusations de tricherie et de malhonnêteté de tarifs et contre-tarifs. Le président Trump veut ramener aux États-Unis la production chinoise d’Apple et insinue que les liens entre Google et la Chine sont préoccupants.

Pékin, de son côté, se montre toujours plus sûr de lui, tenant tête aux pressions commerciales de Washington et continuant à défier ses voisins et les conventions internationales, en étendant chaque jour un peu plus son autorité en mer de Chine méridionale. Puis, il y a Taïwan.

« PRÊTS À FAIRE LA GUERRE »

Parmi les pulsions qui animent Donald Trump, deux d’entre elles se sont récemment croisées : la joie de « gosser » la Chine et l’irrépressible envie de conclure des ententes, de faire des « deals ». C’est sous cet éclairage que s’inscrit la signature au début du mois d’un massif contrat de vente d’équipement militaire à Taïwan : 2,2 milliards de dollars en chars d’assaut, lance-missiles et autres.

Les Chinois ont exigé l’annulation immédiate de l’accord, accusant les Américains de se mêler des affaires internes de leur pays. Pékin voit Taïwan comme une province rebelle qui finira un jour, de gré ou de force, par revenir dans le giron de la mère patrie.

Les Taïwanais, pour leur part, avec leur capitalisme et leur système démocratique, flirtent constamment avec une déclaration d’indépendance pure et dure. Au grand dam des Chinois du continent.

LES ÉTATS-UNIS, LE « TROUBLEMAKER »

Pékin, la semaine dernière, a dévoilé un « livre blanc » sur sa politique de défense, le premier depuis que le président Xi Jinping, à coups de multiples purges, a pris d’une main de fer les rênes des forces armées du pays.

On n’y est pas tendre envers les Américains. Les experts ont relevé les dénonciations de l’« hégémonisme », référence claire apparemment aux États-Unis. Washington y est décrit en quasi agresseur, ayant « provoqué et intensifié la concurrence entre les principaux pays, augmenté de manière significative ses dépenses militaires, réclamé des capacités supplémentaires dans les domaines du nucléaire, de l’espace, de la cyberdéfense et de la défense antimissile ».

Le document conclut que l’administration Trump a ajusté sa politique de sécurité pour faire de la Chine un rival. Un constat – à la lumière du contrat d’armements signé entre Washington et Taipei – d’autant plus inquiétant que Pékin menace de recourir à la force en cas de proclamation taïwanaise d’indépendance ou d’intervention extérieure. C’est écrit, en mandarin, noir sur blanc.

Les États-Unis ont envoyé ces derniers jours un navire de guerre dans le détroit qui sépare Taïwan de la Chine continentale. Simple provocation ou preuve de la détermination américaine ? Difficile à dire avec Donald Trump. Tout ce théâtre n’est peut-être qu’une autre tactique de négociations avec la Chine. Sauf qu’avec les deux plus grands budgets militaires de la planète, c’est un bluff hautement risqué.

LES DAVID ET GOLIATH D’EXTRÊME-ORIENT

CHINE (République populaire de Chine)

État communiste à parti unique

« Économie socialiste de marché »

<b>Xi Jinping</b><br/>
<i>Président</i><br/>
Élu en novembre 2012, puis octobre 2017<br/>
<b>66 ans</b>
Photo d'archives, AFP
Xi Jinping
Président
Élu en novembre 2012, puis octobre 2017
66 ans
  • 1,38 milliard d’habitants
  • 9 596 961 km2 (4e au monde)
  • PIB en 2018 (Source : FMI) : 25 270 milliards $ (1er au monde)
  • Budget militaire : 250 milliards $ (2e)
  • Personnel militaire (actifs et réservistes) : 2,7 millions (0,2 % de la population)

TAÏWAN (République de Chine)

Démocratie parlementaire

Système capitaliste

<b>Tsai Ing-wen</b><br/>
<i>Présidente</i><br/>
Élue en janvier 2016 ; candidate à sa réélection en 2020<br/>
<b>62 ans</b>
Photo d'archives, AFP
Tsai Ing-wen
Présidente
Élue en janvier 2016 ; candidate à sa réélection en 2020
62 ans
  • 23,5 millions d’habitants
  • 36 191 km2 (1/265e de la Chine continentale)
  • PIB en 2018 (Source : FMI) : 1 251 milliards $ (22e au monde)
  • Budget militaire : 10,7 milliards $ (22e)
  • Personnel militaire (actifs et réservistes) : 1,89 million (8 % de la population)