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L’exercice et le gras musculaire

L’exercice et le gras musculaire
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Les lecteurs assidus de cette chronique sont maintenant familiers avec les risques pour la santé associés à l’obésité viscérale, définie par un excès de graisse localisée dans la cavité intra-abdominale. Bien que cette forme d’obésité soit très dangereuse pour la santé (maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, déclin cognitif et démence, apnée du sommeil et certaines formes de cancers), la bonne nouvelle est qu’elle peut être mobilisée par un recalibrage de l’alimentation et la pratique régulière d’activité physique et de l’exercice.

En effet, nous avons réalisé dans notre laboratoire plusieurs études ciblant le mode de vie dans lesquelles nous avons montré que pour une perte de poids d’environ 5 à 10 %, les participants pouvaient perdre 25 % de leur graisse viscérale et parfois plus. De plus, cette diminution était associée à des améliorations substantielles dans leur profil de santé.

De la graisse dans les tissus

Par ailleurs, d’autres indicateurs de la composition corporelle sont modifiés chez les individus avec obésité viscérale. En effet, des travaux d’imagerie (tomographie axiale et imagerie par résonnance magnétique) émanant de nombreux laboratoires à travers le monde, dont le nôtre, ont montré que l’obésité viscérale était souvent accompagnée d’une accumulation de graisse dans des tissus normalement maigres comme le cœur (graisse épicardique et péricardique), le foie et les muscles squelettiques. Cette accumulation de graisse est appelée graisse ectopique.

Puisque l’obésité viscérale est le résultat d’une alimentation raffinée, riche en sucre et dense en calories, accompagnée d’un mode de vie sédentaire, la musculature des individus qui en sont affectés est souvent atrophiée (perte de masse musculaire). C’est pour cela que dans le laboratoire de physiologie de l’exercice du PEPS de l’Université Laval où j’ai commencé mes études universitaires dans les années 70, on s’intéressait à la mesure du pourcentage de graisse corporelle et de la masse musculaire.

Bien qu’on sache depuis longtemps que la pratique régulière d’activité physique peut diminuer le pourcentage de graisse corporelle et maintenir, voire parfois même augmenter (selon la forme d’exercice), la masse musculaire, les travaux récents d’imagerie ont montré qu’il faut aller au-delà de la simple mesure de la masse musculaire pour bien évaluer les effets de l’entraînement à l’exercice.

En effet, les patients avec obésité viscérale ont non seulement très souvent une masse musculaire diminuée, mais ces muscles sont infiltrés de gras. Quelles sont les conséquences sur la santé de cette infiltration graisseuse dans le muscle ? Cela fait encore l’objet de débats, car les chercheurs ne sont toujours pas certains des contributions de ces différents dépôts de graisse dans les muscles aux complications de l’obésité viscérale.

Des images qui parlent

Coupes de l’abdomen (images de gauche) et de la région de la mi-cuisse (images de droite) obtenues par tomographie axiale chez un sujet masculin avec obésité viscérale avant (en haut) et après (en bas) un programme de recalibrage des habitudes de vie ciblant la qualité nutritionnelle et incluant une prescription de 160 minutes d’exercice en endurance par semaine. Les images révèlent une diminution du tissu adipeux viscéral et la perte de gras musculaire après un an.
Photo courtoisie
Coupes de l’abdomen (images de gauche) et de la région de la mi-cuisse (images de droite) obtenues par tomographie axiale chez un sujet masculin avec obésité viscérale avant (en haut) et après (en bas) un programme de recalibrage des habitudes de vie ciblant la qualité nutritionnelle et incluant une prescription de 160 minutes d’exercice en endurance par semaine. Les images révèlent une diminution du tissu adipeux viscéral et la perte de gras musculaire après un an.

Dans un de nos récents projets de recherche, nous avons mesuré par tomographie axiale la quantité de graisse se retrouvant entre les divers groupes musculaires de la cuisse (en rouge sur les images de droite) de nos participants avec obésité viscérale (en rouge sur les images de gauche), de même que celle à l’intérieur des muscles (en jaune sur les images de droite). Nous avons par la suite entraîné ces volontaires masculins avec obésité viscérale en leur prescrivant 160 minutes d’exercice d’intensité modérée par semaine.

Les résultats de cette étude, émanant des travaux d’un de nos étudiants à la maîtrise, Alexandre Maltais, viennent tout juste d’être publiés dans la revue Medicine & Science in Sports & Exercise. Avant l’intervention, et comme rapporté dans plusieurs études, nous avons observé que l’obésité viscérale était effectivement accompagnée d’une augmentation de lipides dans les muscles de nos participants.

En effet, on remarque sur l’image du haut à droite que les muscles étaient marbrés de gras (en jaune) et étaient de plus faible densité, traduisant une infiltration graisseuse (un muscle gras est de densité plus faible qu’un muscle maigre). À la suite de l’intervention, les sujets ont non seulement amélioré leur condition physique, leur profil de santé et perdu de la graisse viscérale (image du bas à gauche), mais ils ont également perdu une partie de cette graisse infiltrant leurs muscles et la densité de leurs muscles a augmenté (image du bas à droite).

Cette étude confirme donc que non seulement l’entraînement à l’exercice diminue la graisse viscérale dangereuse pour la santé, mais fait également fondre le gras qui se retrouve entre les divers groupes musculaires, de même que celui qui infiltre le muscle.

Ainsi, si vous passez de la sédentarité à un mode de vie physiquement actif, non seulement allez-vous perdre de la graisse viscérale et noter une diminution de votre tour de taille, mais l’exercice induira des changements imperceptibles à l’œil dans la composition de vos muscles qui, à volume comparable, seront plus maigres que ceux d’un individu sédentaire.

Pour simplifier le tout, on parle souvent de conserver notre masse musculaire par l’exercice (un avantage manifeste de l’exercice sur la diète restrictive), mais gardez à l’esprit qu’à volume comparable, un muscle maigre chez un individu qui pratique de l’activité physique régulièrement est beaucoup plus compatible avec la santé qu’un muscle tout infiltré de gras chez un individu sédentaire.


* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur scientifique du Centre de recherche sur les soins et les services de première ligne de l’Université Laval, CIUSSS-Capitale-Nationale, et directeur de la science et de l’innovation de l’Alliance santé Québec.