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Mon village en ville

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Dans mon quartier, on a un poète national. Il s’agit du regretté Sylvain Lelièvre, le barde de Limoilou.

« Je suis d’une ruelle comme on est d’un village », disait dans sa chanson La basse-ville celui qui avait connu les grandes familles d’avant Vatican II. La petite allée de gravelle qui court derrière chez moi est encore bien peuplée, toutefois, surtout les soirs d’été.

Les cinq sens

Certains soirs, je m’assois sur mon patio juste pour écouter vivre ma ruelle. Je médite sur cette mélodie régulièrement déchirée par le vélo d’un enfant freinant dans le gravier.

Ça s’apprécie par les cinq sens, ça se partage entre voisins. « Ça sent bon ce que tu te fais chauffer ! C’est quoi ? » La fille d’en haut semble mieux maîtriser son barbecue que le gars d’à côté, dont le souper est en train de brûler.

L’heure du repas est passée, les enfants reviennent dehors. On les entend s’inventer des jeux, dans cette soirée qui ne rafraîchit pas.

Un groupe passe, deux petites, trois parents. Elles débattent du parfum qu’elles choisiront au bar laitier du coin de la rue. Ils commentent les coquets aménagements des petites arrière-cours. « C’est beau, eux autres, ce qu’ils se sont fait... »

Le silence

La lumière baisse. Une voix humide réclame une demi-heure de plus pour s’amuser dans cette nuit trop rare, où il n’y a de l’école que le mois suivant. « Mais tous tes amis s’en vont se coucher », argue une maman.

Et finalement ce silence, qui s’étirera jusqu’au matin, souligné par le vrombissement des climatiseurs et le son lointain de quelques conversations. Entre deux confidences échangées sur ces balcons, un éclat de rire, à l’occasion.

C’est plus que des maisons mitoyennes, plus que des gens qui se côtoient. C’est un cœur qui bat, une vie qui pulse.

Je ne suis pas de la Basse-Ville, je suis d’un village. J’ai trouvé une ruelle qui m’y ramène souvent.