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Pénurie de main-d’œuvre: une cabane à sucre pour garder ses employés

Un entrepreneur lévisien se distingue avec des avantages sociaux originaux pour fidéliser ses employés

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Stéphan Guay à sa cabane à sucre.

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Un employeur de Lévis rivalise d’ingéniosité pour attirer les employés et surtout, les garder, dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre. Le propriétaire de Transit a même acheté une érablière pour en faire «profiter sa gang».

«Ensemble, c’est comme ça qu’on va se démarquer. L’employé est au cœur de nos décisions. Je ne dirais pas qu’on est l’entreprise qui offre les plus hauts salaires, mais on a un environnement de travail stimulant», confie Stéphan Guay, en entrevue.

Située dans le parc industriel Lauzon, Transit embauche une centaine d’employés. Méconnu du grand public, ce grossiste de pièces d’autos possède l’un des plus gros entrepôts de l’est du Canada à Lévis, en plus de ses installations à Montréal, en Ontario et dans les Maritimes.

L’homme d’affaires dans son entrepôt du parc industriel de Lauzon, avec un de ses employés.
Photo Stevens LeBlanc
L’homme d’affaires dans son entrepôt du parc industriel de Lauzon, avec un de ses employés.

Son président, Stéphan Guay, emprunte chaque jour la route Lallemand pour se rendre au boulot. Il avait à l’œil depuis cinq ans un terrain boisé à l’intersection de l’autoroute 20, là où le futur troisième lien risque d’aboutir, bien que l’endroit précis ne soit pas encore connu.

«Le terrain qui est là, c’est une cabane à sucre. On va avoir un jardin communautaire et ça va devenir la cabane Transit. J’implique mon monde et j’ai déjà des gars qui m’ont offert de bûcher et de s’en occuper», raconte fièrement celui qui a repris l’entreprise familiale fondée en 1971 et qui cherche à se démarquer auprès de ses employés avec toute une gamme d’avantages sociaux hors du commun.

Il imagine déjà des 5 à 7 organisés sur sa terre boisée bucolique, tout près de l’entrepôt, pour célébrer l’atteinte d’objectifs par son équipe.

«C’est un beau trip d’avoir une cabane à sucre. Je veux que mes employés en profitent. J’aime ça rendre les gens heureux, je ne veux pas juste leur donner une job», insiste celui qui amène aussi les œufs de ses propres poules au travail chaque semaine pour ses employés.

Santé et bouffe bio

Amateur de bouffe bio, M. Guay ambitionne aussi de « nourrir sa gang » avec des produits sains comme du poulet de grain, élevé sur sa terre à Pintendre. Il rêve de bœuf Highland, un jour. «Moi, je vais en profiter, mais eux aussi, c’est certain.»

Transit a emménagé en 2008 dans ses locaux actuels de 50 000 pieds carrés, lesquels s’agrandiront encore de façon importante l’an prochain. Stéphan Guay y a implanté la géothermie pour chauffer et climatiser l’entrepôt, pour le confort des employés. «Des jobs d’entrepôt, c’est difficile. Moi, je veux que mes employés se sentent bien. On passe tellement de temps au travail. Si, en plus, il faut qu’on se fasse suer...»

La cafétéria de l’entreprise.
Photo Stevens LeBlanc
La cafétéria de l’entreprise.

Les travailleurs ont aussi accès à une terrasse extérieure avec des légumes qu’ils cultivent eux-mêmes sur place, une salle de gym (les employés sont payés 30 minutes par semaine pour s’entraîner, qu’ils le fassent ou non), une grande cafétéria avec une table de baby-foot et l’inscription au mur «Tu es important», ne laissant planer aucun doute sur la philosophie de l’entreprise. Une coiffeuse s’y rend même une fois par semaine.

De grandes ambitions

En pleine expansion, Transit espère tripler son chiffre d’affaires pour atteindre la barre des 100 M$ d’ici cinq ans. M. Guay compte sur son équipe pour y parvenir et a affiché la cible bien en vue dans la grande cafétéria de l’immeuble.

Un bon achat, avec ou sans 3e lien

Stéphan Guay est conscient de l’emplacement stratégique de son érablière, en raison du projet de troisième lien, mais il assure qu’il n’en a jamais tenu compte lors de son acquisition, deux semaines après l’arrivée au pouvoir de la CAQ.

Le président de Transit, à Lévis, a officialisé son achat chez le notaire en octobre 2018. Il s’agit de la seule transaction significative depuis 2012 pour une bande de terrain dans le secteur de la route Lallemand, en bordure de l’autoroute 20, selon les recherches effectuées par Le Journal.

Le futur tunnel sous-fluvial, moussé en campagne électorale par le parti de François Legault, devrait venir se raccorder à l’autoroute 20 «à proximité de la route Lallemand», a-t-on confirmé jusqu’ici, sans plus de précisions.

«Timing» de la transaction

M. Guay éclate de rire en entrevue quand on lui parle du «timing» de la transaction, se défendant d’avoir fait de la spéculation foncière puisqu’il voulait ce terrain-là depuis plusieurs années et n’avait pas été assez vite, quelques années plus tôt, lors d’une autre mise en vente.

«Le troisième lien, je n’ai pas vraiment pensé à ça. L’objectif, actuellement, c’est d’en faire profiter ma gang ici et à plus long terme, ça sera peut-être dans le patrimoine de la famille. Je n’ai pas de plan précis.» M. Guay ignore s’il risque d’être exproprié sur une partie de sa terre. Il n’a eu aucun contact avec le ministère des Transports.

Pas un pari très risqué

Même s’il a déboursé 250 000 $ pour l’acquisition de cette terre en zone agricole – soit presque le double du montant de vente quelques années plus tôt –, Stéphan Guay est convaincu qu’il a fait une bonne affaire, avec ou sans troisième lien.

«Dans les 100 dernières années, tous ceux qui ont acheté des terrains sur le bord de la 20, c’est rare qu’ils ont été mal pris. Qu’il soit zoné agricole en 2019, ça ne veut pas dire qu’en 2030, il va l’être encore.» M. Guay est en faveur du projet de troisième lien qui facilitera, selon lui, le recrutement de main-d’œuvre à Québec.

– Avec la collaboration de Jean-François Gibeault