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Des festivals de plus en plus verts

Les organisateurs cherchent notamment à mieux gérer l’usage des bouteilles d’eau en plastique

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À défaut d’enrayer complètement les bouteilles d’eau sur son site, le festival Osheaga fournira de l’eau aux festivaliers au moyen d’un camion-citerne ce week-end. Instaurée l’an dernier, cette initiative s’ajoute au nombre croissant de mesures pro-environnementales que prennent les festivals au Québec.

Avec son camion-citerne, Osheaga fournira plus de 31 500 litres d’eau, soit l’équivalent d’environ 57 000 bouteilles de plastique, tout au long du weekend. Dans cette optique, 14 installations où tout un chacun pourra remplir gratuitement ses bouteilles réutilisables seront disponibles.

À Osheaga, un camion-citerne ­fournira 31 500 litres d’eau aux festivaliers, soit l’équivalent de 57 000 bouteilles de ­plastique.
Photo courtoisie, Twitter d'Osheaga
À Osheaga, un camion-citerne ­fournira 31 500 litres d’eau aux festivaliers, soit l’équivalent de 57 000 bouteilles de ­plastique.

Mais pourquoi ne pas éliminer complètement les bouteilles d’eau sur le site du festival ? Pour une raison de sécurité, répond Philip Vanden Brande.

« On veut s’assurer que tout le monde ait accès à de l’eau, déclare le gestionnaire principal des relations publiques d’evenko. L’année passée, à Osheaga, il faisait environ 45 °C sur place. On était rendu au point où l’on donnait les bouteilles d’eau parce que ça n’avait pas de sens. »

Le festival incite les gens à apporter leur bouteille réutilisable, mais comme l’indique Philip Vanden Brande, il serait « un peu naïf » de penser que tout le monde va s’y mettre du jour au lendemain.

Pourtant, certains festivals ont franchi le pas. Par exemple, ceux de Tadoussac et Saint-Ambroise ont récemment annoncé avec fierté avoir éliminé complètement l’utilisation des bouteilles d’eau.

Du côté du Festival d’été de Québec, où les bouteilles d’eau sont encore en vente, on s’interroge par rapport au danger que peuvent causer des gourdes réutilisables, qui pourraient servir de projectiles.

Le FEQ ajoute toutefois qu’il pourrait assouplir cette règle dès l’an prochain et permettre les gourdes pour quelques soirées.

Mesures variées

Plus que jamais, l’environnement préoccupe les festivals.

Comme d’autres, le Festif! de Baie-Saint-Paul et le Festivoix de Trois-Rivières ont fait du développement durable une priorité. « Le développement durable fait partie de l’ADN du festival depuis le jour 1, indique Anne-Marie Dufour, directrice de la programmation et du développement durable du Festif!. Les artistes et les festivaliers mangent et boivent “local” depuis le tout début. »

Même son de cloche du côté du Festivoix de Trois-Rivières, où l’on se targue de prendre des initiatives vertes depuis 2007.

« Le développement durable, ça fait partie de nos valeurs, dit Thomas Grégoire, directeur général du Festivoix. Nous avons pris diverses initiatives et les festivaliers embarquent avec nous. Nous les incitons à être des écofestivaliers. »

Parmi ces mesures, le festival, qui s’est terminé au début du mois, a mis en place des systèmes de transport écologiques, allant des vélos-taxis aux navettes électriques. « On a commencé à rendre les rues piétonnes. On veut que les gens profitent de la ville d’une autre manière, dit M. Grégoire. On fait aussi beaucoup de sensibilisation auprès des festivaliers. On leur fait gagner des places dans des zones privilèges si on observe de bons comportements de leur part. On a une escouade verte sur le site qui observe tout ça. »

Pouvons-nous rêver un jour de voir des festivals zéro déchet ? Philip Vanden Brande croit que oui. « Nous allons vers là. Mais ça prend la collaboration de tous, incluant celle des festivaliers. On fait beaucoup d’efforts de notre bord et on invite les festivaliers à participer à ces initiatives-là. Parce que c’est juste ensemble qu’on va arriver à quelque chose. »

– Avec la collaboration de Cédric Bélanger, ­Sandra Godin et Yves Leclerc

Donner l’exemple

  • Au Festival d’été de Québec, qui affirme être carboneutre depuis 2014, un comité vert a été créé à l’interne pour déterminer les solutions à mettre de l’avant. Le festival compense ses émissions de gaz à effet de serre par l’achat de crédit carbone. Plus de 26 000 arbres ont aussi été plantés depuis cinq ans.
  • À Montréal, evenko tente de donner l’exemple avec Osheaga ou encore le Festival international de jazz (FIJM). Il y a deux ans, Osheaga et ÎleSoniq ont obtenu la certification de niveau 2 du Bureau de normalisation du Québec (BNQ), qui a recensé et analysé de façon exhaustive les mesures déployées par evenko, notamment dans la gestion des matières résiduelles.
  • Du côté du FIJM, Spectra rappelle qu’il est l’un des pionniers en matière de développement durable dans le secteur événementiel à Montréal. Dès 1989, en partenariat avec Recyc-Québec, le FIJM avait permis aux festivaliers d’avoir accès à 40 boîtes de récupération réparties sur l’ensemble du site extérieur. Cela avait permis de ramasser pas moins de 2500 sacs de récupération durant les 11 jours de l’événement.

Quelques idées de mesures pour tenter de rendre les festivals encore plus verts

  • Encourager les festivaliers à apporter leurs contenants réutilisables en offrant des rabais sur la nourriture.
  • Utiliser des scènes totalement alimentées par l’énergie solaire, ce que font déjà quelques festivals en Europe et aux États-Unis.
  • En plus du recyclage, mettre des bacs à compost à plusieurs endroits.
  • Valoriser encore plus l’utilisation du transport en commun.
  • Éliminer complètement l’utilisation de bouteilles d’eau en plastique.
  • Former une « escouade verte » qui pourra sensibiliser les festivaliers sur l’environnement et les récompenser pour leurs bons gestes (ex. : donner des accès à des zones VIP).

Des mesures jugées prometteuses

Le site du Festival d’été de Québec comprend dorénavant des fontaines pour remplir les bouteilles d’eau des festivaliers.
Photo Simon Clark
Le site du Festival d’été de Québec comprend dorénavant des fontaines pour remplir les bouteilles d’eau des festivaliers.

Les initiatives vertes mises en place par plusieurs festivals depuis quelques années augurent bien pour l’avenir. Mais il y a encore place à amélioration, observent des organismes environnementaux.

Chez Équiterre, on salue les gestes verts « parfois très significatifs, parfois moins » que commencent à poser de plus en plus de festivals. « Ce qu’on aimerait maintenant voir, ce sont des actions concrètes du côté des municipalités, avec des plans pour le zéro déchet et le transport durable », affirme Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre.

Mme Thorpe souligne les mesures qu’evenko a mises en place dernièrement, mais elle suggère au promoteur d’aller encore plus loin. De quelle façon les festivals peuvent-ils « aller plus loin » ?

« La première chose, c’est ­d’éliminer complètement la présence des ­bouteilles d’eau sur le site, répond Mme Thorpe. On vit une crise avec le plastique et il y a de meilleurs ­messages d’éducation à faire. »

Incitatifs financiers

Parmi les autres propositions vertes que les festivals pourraient considérer, Colleen Thorpe suggère des incitatifs financiers avec les kiosques alimentaires. « Si on veut réduire à la source, on pourrait demander aux gens d’amener leurs propres contenants réutilisables au festival. Et ceux qui le font auraient un rabais sur la nourriture. Ce serait une mesure ­fortement incitative. »

Au Conseil québécois des événements écoresponsables, on abonde dans le même sens qu’Équiterre à ­propos des incitatifs financiers. « Ce sont des mesures qui fonctionnent ­auprès du public, remarque la ­directrice générale, Caroline Voyer. Offrir un rabais ou l’accès à une zone VIP, c’est intéressant. »

Mme Voyer ne croit pas qu’on aura un jour des festivals à 100 % sans ­déchet. « Mais nous avons travaillé avec la Coupe Rogers [de tennis], où nous avons réussi à réduire de 90 % les déchets. Donc, c’est possible d’en réduire énormément. »