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La prostitution, un partenariat public-privé?

Bloc prostitution prostituée
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Le Québec a pris en charge la vente du cannabis sur son territoire. Sont déjà légales d’autres pratiques socialement, moralement et médicalement néfastes qui rapportent des milliards de dollars à l’État. Pensez à l’exploitation des jeux de hasard et du besoin d’ingurgiter d’autres produits psychotropes, intoxicants ou euphorisants (tabac, alcool), irrésistibles pour un grand nombre de citoyens. Il ne reste plus que la prostitution, l’une des plus vieilles activités lucratives et répréhensibles de l’humanité de laquelle l’État ne tente pas de tirer profit. 

Comme pour le cannabis, le Québec aurait à s’engager à limiter les méfaits et les risques qui sont associés à la prostitution et aussi à lutter contre sa banalisation, notamment chez les adolescentes et les jeunes adultes. Tenter donc de gérer la prostitution légalisée tout en dégoûtant à la fois les clients et les prostituées de s’adonner à des échanges de fluides tarifés? 

On ne veut donc pas que la prostitution devienne une source intéressante de revenus pour l’État. Il ne faudrait surtout pas confier la gestion des bordels à Loto-Québec ou à la Société des alcools. Ces deux sociétés sont, en général, efficaces et administrées de façon compétente. 

Ce qu’il faut faire, si l’on veut que la situation dans les futurs lupanars légalisés soit vraiment bordélique, c’est de les rattacher au réseau de la santé et des services sociaux. Quoi de plus normal: l’activité sexuelle a de nombreuses et de graves implications pour la santé publique. Les bordels devraient donc être administrés comme des hôpitaux ou des centres locaux de services communautaires (CLSC). Ils seraient soumis aux réglementations de la santé et de la sécurité au travail. Toutes les pratiques des prostituées seraient scrupuleusement énumérées, décrites et codifiées; les procédures d’exécution standardisées soumises à des règles établies par des comités paritaires réunissant les divers intervenants. 

La rémunération serait à l’acte en fonction d’un temps d’accomplissement normalisé. On tiendrait compte, bien sûr, de l’ancienneté. Pour assurer la conformité, on aurait recours aux mêmes inspecteurs que pour les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Ils s’assureraient que les prostituées jouissent des mêmes extraordinaires conditions de vie matérielles et psychologiques que nos vieux. 

Toujours dans l’esprit de rendre les conditions de pratique du métier infernales, on obligerait les travailleuses du sexe à se syndiquer et à respecter une convention collective inspirée de celles du secteur de la santé. De quoi décourager définitivement le client et rendre les bordels ingérables. Pour augmenter encore plus la discorde, on s’assurerait que les souteneurs (cadres) soient syndiqués dans une centrale concurrente. 

Certains bordels pourraient même être confiés au secteur privé en y intéressant des opérateurs de résidences pour personnes âgées: un véritable partenariat public-privé de l’industrie du sexe qui pourrait faire du Québec, le chef de file mondial du domaine. La Caisse, Investissement Québec et le Fonds de la FTQ pourraient être de la partie. Des amis du gouvernement en place se verraient accorder le monopole des distributrices de condoms et des jouets sexuels dans les bordels. La sécurité dans les maisons de débauche serait concédée à des agences de sécurité proches du pouvoir. 

L’objectif serait une fusion complète du réseau des bordels publics et du réseau de la santé. Les clients seraient accueillis comme aux urgences des hôpitaux: «Prenez une chaise en attendant que la préposée au triage soit libre». Ils auraient à s’habituer à de longues périodes d’attente dans les corridors de bordels, même pour les «traitements» les plus anodins administrés machinalement par des travailleuses du sexe épuisées par leur troisième quart de travail. 

Vous imaginez : être traité dans un bordel comme un malade aux urgences du Québec. La prostitution confiée au secteur public. Voilà comment faire fuir le client et décourager le recrutement.