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Les infos volées chez Desjardins pourraient servir à des fraudes immobilières

Vos biens immobiliers sont convoités par des escrocs

Sylvain Paquette
Photo PIerre-Paul Poulin Le porte-parole du Bureau Canadien du Crédit, Sylvain Paquette, explique que des arnaqueurs réussissent parfois à vendre des demeures à l’insu de leur véritable propriétaire.

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Devant les nombreux cas de vols de renseignements personnels des derniers mois, un ancien cadre du Mouvement Desjardins sonne l’alarme sur le risque des fraudes immobilières, notamment lié aux titres de propriété.

«Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas davantage de protection pour les consommateurs. On parle ici de fraudes qui pourraient permettre à des malfaiteurs de dérober plusieurs centaines de milliers de dollars», prévient l’ex-haut gradé de Desjardins à la retraite, qui a demandé l’anonymat pour éviter des représailles. Il fait partie des 2,9 millions de membres de Desjardins touchés par la fuite de données.

 

  • Notre chroniqueur économique Michel Girard était à l’émission Le 6 à 9 de Caroline et Maka sur QUB radio:

 

Par exemple, avec l’aide de documents contrefaits à partir de données personnelles volées, un fraudeur peut obtenir les titres publiés d’une propriété et signer un nouveau prêt dans une autre institution financière.

Au cours des dernières années, selon le Bureau Canadien du Crédit (BUCC), des malfaiteurs sont même parvenus à vendre des demeures à l’insu du vrai propriétaire.

«Nous avons eu un cas à Montréal où le monsieur a reçu un téléphone qui semblait provenir de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). La personne voulait réaliser une évaluation de son immeuble de six logements. Ce n’était pas un employé de la SCHL», raconte Sylvain Paquette, analyste en fraude au BUCC.

«Lors de la visite, le fraudeur était avec un vrai acheteur. Il lui a vendu l’immeuble. Le propriétaire a dû se battre en cour. La transaction était de près de 800 000 dollars», ajoute-t-il.

Comme quoi les fraudes immobilières sont présentes, en février, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a demandé aux citoyens de faire preuve de vigilance concernant ce type de stratagème. Le SPVM affirmait alors recevoir plusieurs plaintes. Selon les enquêteurs, le transfert de titres était la fraude la plus répandue.

Aucune protection

Actuellement, Desjardins n’offre aucune protection supplémentaire à ses membres servant à protéger leur propriété.

La coopérative mettra toutefois à ses frais, à la disposition du propriétaire touché, des avocats pour le soutenir durant ses démarches devant les tribunaux pour récupérer ses biens. Le forfait avec Equifax de 50 000 $ contre le vol d’identité pourrait aussi servir à couvrir certains frais juridiques.

«Il y a eu des cas où les gens partaient en voyage, et lorsqu’ils revenaient, leur maison avait été vendue. C’est un problème majeur. Nous sommes exposés de façon extrême», prévient l’ancien patron chez Desjardins.

En juin, la FCT (anciennement First Canadian Title), qui offre une assurance pour ce type de fraude, a publié un article sur son site web, mentionnant que ce stratagème peut rapporter «gros et facilement» pour des malfaiteurs.

Du côté de la Chambre des notaires du Québec, on indique suivre le dossier de près, mais ne pas avoir constaté d’augmentation des fraudes immobilières. La direction mentionne communiquer régulièrement avec ses membres afin de les avertir sur les nouvelles fraudes. Des formations sont également offertes.

QUI EST À RISQUE ?

  • Ce sont principalement les grands centres urbains qui sont visés par les fraudes immobilières au Canada.
  • Le malfaiteur vise souvent les propriétaires d’une demeure qui n’a plus d’hypothèque. 
  • Les «snowbirds» sont aussi des cibles des fraudeurs, car ils sont souvent partis durant plusieurs mois.