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Former les imams pour éradiquer le djihad

Fatima Houda-Pepin s'entretenant avec M. Abdeslam Lazaar, Directeur de l'Institut Mohamed VI de formation des imams, à Rabat, 24 juin 2019
Photo courtoisie, Fatima Houda-Pepin Fatima Houda-Pepin s'entretenant avec M. Abdeslam Lazaar, Directeur de l'Institut Mohamed VI de formation des imams, à Rabat, 24 juin 2019

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Pour lutter efficacement contre l’islamisme radical, il faut dépolluer les esprits du wahhabisme et du salafisme violent. Car un musulman ne naît pas djihadiste, il le devient.

Tous les pays – musulmans et occidentaux – sont aux prises avec ces mêmes dérives obscurantistes, Maroc compris.

Une école hors du commun

Mais ce qui fait la spécificité du Maroc, c’est que le roi Mohammed VI, commandeur des croyants, a eu le génie de lancer, en 2014, un projet novateur pour ramener le Maroc vers un islam des Lumières.

Il a inauguré, en 2015, l’Institut Mohammed VI de formation des imams, instructeurs et instructrices, à Rabat. (Voir ma chronique du 26 juillet « L’exception marocaine ».)

Une mission délicate dont la mise en œuvre a été confiée à l’un de ses hommes de confiance, Ahmed Toufiq, titulaire du ministère des Habous et des Affaires islamiques (MHAI).

Des mosquées supervisées

Le Maroc compte 52 000 mosquées et autant d’imams. Ils sont placés sous la supervision du MHAI. Aucun permis n’est délivré si la mosquée à bâtir ne correspond pas à des normes architecturales précises et aucun lieu de culte improvisé ou sous-terrain n’est toléré.

Même si une mosquée est l’initiative d’associations ou de groupes privés, elle est considérée comme bien patrimonial et doit se mettre sous la responsabilité du MHAI.

Fini les diatribes et les dérives fanatiques. Dans un pays où l’islam est religion d’État, les imams sont formés et salariés. Ils sont tenus de ne diffuser que les messages religieux.

Les mosquées doivent offrir « un environnement empreint de quiétude, de sérénité, de tolérance et de fraternité » (guide de l’Institut Mohammed VI de formation des imams, 2019, p.20).

Une réglementation a été édictée par le MHAI pour les protéger de « toute utilisation contraire à leur mission religieuse et éducative ».

Le 24 juin dernier, je me suis entretenue avec le directeur de cet institut, le professeur Abdesslam Lazaar, à Rabat.

Il m’a fait visiter l’impressionnant complexe, avec ses deux pavillons, sa mosquée de 1250 places, ses salles de cours, ses amphithéâtres de 2000 places, ses restaurants servant 900 000 repas par année, ses internats et ses salles de sport ultramodernes.

Il y a même un studio de tournage d’une émission de télévision quotidienne pour contrecarrer les chaînes satellitaires wahhabites des pays du Golfe.

Pour un islam des lumières

Le programme de formation comprend, outre la théologie, les sciences humaines, les langues, l’histoire des religions (judaïsme, christianisme, islam) ainsi que la réfutation des allégations de terrorisme.

À ce jour, 3080 lauréats marocains ont obtenu un diplôme, dont 916 instructrices qui accompagnent les imams dans leur mission.

L’institut attire beaucoup d’étudiants étrangers. Un pavillon a été construit en 2017 pour les accueillir, avec une capacité de 500 lits. Ces derniers sont acceptés dans le cadre d’ententes bilatérales officielles. Plus de 2640 étudiants étrangers ont soit obtenu leur diplôme ou sont en cours de formation.

Le tout est entièrement financé par l’État marocain qui prend à sa charge les études, l’hébergement et les repas des étudiantes et étudiants.

Voilà un pays musulman qui montre la voie.