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Drames dans la ville

Réal Godbout
Photo PIerre-Paul Poulin Réal Godbout

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L’un des maîtres de la bande dessinée québécoise, Réal Godbout, revient en force avec Quand je serai mort. Dans ce nouvel album, l’illustrateur de la série Red Ketchup plonge dans l’univers du roman noir et entraîne avec lui le lecteur dans les bas-fonds de Montréal.

<b><i>Quand je serai mort</i></b><br/>
Réal Godbout et Laurent Chabin<br/>
Aux éditions La Pastèque<br/>
80 pages
Photo courtoisie
Quand je serai mort
Réal Godbout et Laurent Chabin
Aux éditions La Pastèque
80 pages

L’histoire raconte le destin tragique de Léon Obmanchik, un homme brisé qui sort de prison 10 ans après le meurtre d’un propriétaire d’un bar de danseuses. Il est attendu par Anita Eroshka, une travailleuse sociale qui croit à son innocence. La femme lui offre son aide, mais l’ex-détenu, obsédé à l’idée de retrouver son ancienne flamme et son fils dont il n’a aucune nouvelle, s’enfuit à la première occasion.

Redoutant un malheur, Anita part à la recherche de Léon dans les quartiers populaires de Montréal. Ses talents d’enquêteuse lui permettront de découvrir la machination dont il a été la victime et la vengeance qu’il prépare. Le scénario, habilement ficelé par le romancier Laurent Chabin, garde le lecteur en haleine jusqu’à la fin.

« Je me suis senti interpellé par le récit de Laurent Chabin, qui offre un mélange de roman noir, de réalisme cru et de poésie. Certains personnages sont de vrais salauds, mais on comprend que la vie n’a pas été très tendre à leur endroit », explique Réal Godbout, rencontré à son atelier de Mirabel.

Montréal, un personnage

Réal Godbout, habitué à camper des univers comiques, dépeint avec un grand réalisme la métropole, présentée sans fard ni vernis. C’est le Montréal des exclus, des tavernes louches et des usines abandonnées qu’on retrouve sous le coup de crayon du vétéran bédéiste de 67 ans. « Même si je vis en campagne depuis des années, je reste un Montréalais dans l’âme et j’ai une affection particulière pour cette ville, malgré ses travers. Les paysages bucoliques, c’est joli, mais ce qui m’intéresse comme illustrateur, c’est la poésie d’un lieu comme les silos de la Canada Malting près du canal Lachine. »

Un pionnier du genre

Pour ceux qui sont moins familiers avec son œuvre, Réal Godbout a grandement contribué à populariser la bande dessinée québécoise au début des années 1970. « À l’époque, la BD québécoise existait, mais c’était méconnu. On arrivait comme dans une forêt vierge, alors on se regroupait entre auteurs pour publier des magazines. À mes débuts, j’avais le besoin de m’exprimer par le dessin, mais je ne m’imaginais pas peindre. Pour moi, la BD était une façon de rejoindre un plus large public. »

S’il a multiplié les projets ces dernières années – dont L’Amérique ou le Disparu, une brillante adaptation du roman de Kafka – le bédéiste est surtout connu pour avoir créé avec Pierre Fournier les personnages de Michel Risque et de Red Ketchup. Les deux séries, popularisées dans le magazine humoristique Croc et rééditées depuis par La Pastèque, présentent des héros aux antipodes : l’un est un naïf sympathique et l’autre est un polytoxicomane colérique.

Red Ketchup est vite devenu un personnage culte auprès des amateurs du genre. Un projet de film, scénarisé par Yves P. Pelletier, est d’ailleurs dans les cartons. « Je crois que Red Ketchup a frappé l’imaginaire des lecteurs parce qu’il n’est pas un héros classique. Aussi, l’œuvre se voulait une satire de l’Amérique conservatrice des années 1980 et je constate que le personnage trouve toujours écho avec ce qui arrive dans l’actualité », confie le bédéiste qui ne ferme pas la porte à un retour sur papier du mythique personnage.