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Du purin de cheval tuait son lac depuis des années

Un riverain a constaté que le bassin d’eau devenait de plus en plus vert

Riverain depuis 2008, Jean-Paul Huard fait tout pour sauver le lac à Vaillancourt, dans le Bas-Saint-Laurent, après que du purin déversé à proximité a menacé sa survie.
Photo Stéphanie Gendron Riverain depuis 2008, Jean-Paul Huard fait tout pour sauver le lac à Vaillancourt, dans le Bas-Saint-Laurent, après que du purin déversé à proximité a menacé sa survie.

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SAINT-VALÉRIEN | Le seul citoyen qui réside toute l’année au bord du lac à Vaillancourt, dans le Bas-Saint-Laurent, a eu une énorme surprise en découvrant que le plan d’eau agonisait parce qu’un voisin enterrait du purin tout près.

Jean-Paul Huard a acheté son domaine de Saint-Valérien près de ce lac en 2008. Il y exploite une érablière et y vit toute l’année. Il savait à l’époque que le bassin contenait des algues bleu-vert, mais il a constaté sa détérioration au fil des ans.

«Ça s’est amplifié. Plus on avance dans le temps, plus le lac est vert», dit-il.

Il est d’ailleurs classé parmi les pires, soit hyper-eutrophe, un stade très avancé de vieillissement prématuré, selon le Réseau de surveillance volontaire des lacs.

Vers 2014, M. Huard a compris pourquoi lorsqu’il a fait une découverte préoccupante qui a peut-être contribué à sauver le plan d’eau... ou plutôt à retarder un peu sa mort. Il a appris qu’un voisin enterrait le fumier de ses chevaux près du ruisseau principal qui alimente le lac.

M. Huard a aussitôt signalé la situation à Urgence-Environnement.

«C’était accumulé depuis plusieurs années. On lui [le citoyen] a signifié qu’il était en contravention», a affirmé Robert Savoie, le maire de Saint-Valérien, près de Rimouski.

Le fumier ramassé

La Paroisse en a eu assez. «J’ai envoyé ma machinerie, on a ramassé le purin et le coût de machinerie et des hommes lui a été facturé».

Le résident fautif a depuis déménagé.

Le maire estime qu’il s’agissait de la principale source de contamination et la Paroisse n’a plus fait d’analyses par la suite. Il est donc impossible de dire si l’état de santé du lac s’est amélioré.

Des relevés pris de façon volontaire dans les années qui ont suivi ne sont pas assez significatifs pour tirer des conclusions sur son état, affirme Simon Tweddell, directeur de l’Organisme des bassins versants (OBV) du Nord-Est Bas-Saint-Laurent.

Le dernier portrait de l’état du lac à Vaillancourt, qui date de 2014, montre que la concentration de chlorophylle et de phosphore est très élevée. Il est très vulnérable à la prolifération d’algues, selon l’OBV.

«Il y a déjà des choses qui ont été faites du point de vue agricole. Il n’y a pas grand-chose à faire à part essayer de ne pas “l’empirer”, faire de la prévention, explique M. Tweddell. Le lac n’a rien pour lui, il n’est pas grand, il est tout petit, il n’est pas creux.»

Estimant qu’on abandonne le lac à son sort, M. Huard croit qu’il faut en faire davantage pour éviter qu’il devienne une mare.

Aucune action envisagée

«Il doit y avoir une concertation ministère-municipalité avec les [deux] propriétaires. Il y a eu des gestes pour empêcher le fumier de se répandre dans l’eau, mais il n’y a pas eu de gestes pour le lac», soutient-il.

M. Tweddell confirme qu’aucune action n’est envisagée pour le moment.

«La suite, ce serait peut-être de s’asseoir, la municipalité avec les riverains et l’OBV, et commencer à penser à ce qu’on pourrait faire comme plan d’action, dit-il. En même temps, on est face à des caractéristiques physiques qui font qu’il est dur à améliorer.»

– Avec la collaboration d’Annabelle Blais, Bureau d’enquête


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