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La résurrection d’une relique!

Le Saint Patron des plans foireux, Éric Gauthier Alire, 448 pages
Photo courtoisie Le Saint Patron des plans foireux, Éric Gauthier Alire, 448 pages

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Un saint qui reprend vie, mais en os seulement et pas en chair, c’est absolument loufoque. Ça va pourtant nous tenir en haleine pendant plus de 400 pages !

Même s’il signe ici son quatrième roman, Éric Gauthier est d’abord un conteur qui promène son art un peu partout : au Québec, au Yukon, en France, en Serbie.

Or le conte a pour ­ingrédients secrets de grosses menteries, curieux mélange de fantastique et de magie. Est-ce que cet amalgame se dissout si on l’applique au roman ? Pas sous la plume de Gauthier !

Le Saint Patron des plans foireux, c’est d’abord ­Philippe Sigouin, bum sans envergure qui décide de ne plus faire tandem avec son aîné qui vient de le trahir. Mais que faire pour son ­premier coup en solitaire ?

Son amie Hortensia, antiquaire, lui parle alors d’un acheteur qui convoite la relique d’un saint couvert de bijoux. Une commande inhabituelle, mais Sigouin est prêt à relever le défi.

Jusque là, tout baigne : dérobé en Allemagne, saint Deodatus arrive sans encombre à Montréal. Mais sitôt débarqué, sitôt ­kidnappé ! Sigouin est lui-même pris dans ce rapt, car il a reconnu un des voleurs.

C’est ainsi qu’il se ­retrouve aux premières loges d’une curieuse ­cérémonie où saint Deodatus se met à remuer. Le saint ressuscite ! Et on est seulement à la page 56.

Allons, on ne va quand même pas plonger dans un scénario aussi insensé ? Eh bien si ! Ce squelette qui tout à coup va se promener en ville, entre Westmount, le Centre-Sud et Verdun, nous embarque complètement à sa suite. Mieux encore, il va s’avérer sympathique !

Faut dire que ce Deodatus n’est même pas un saint — occasion d’en apprendre sur le trafic des reliques qui s’est développé dans les temps jadis, quand l’Église étendait son empire. Peu à peu, le moindre paquet d’os sorti des catacombes se retrouvait affublé d’un qualificatif qu’il n’aurait jamais eu de son vivant.

D’ailleurs, à l’époque ­romaine, Deodatus était plutôt un bum à la Sigouin. Ça crée de l’attachement !

Or en nos temps contem­porains, puisqu’il est maintenant revenu à la vie, Deodatus devient l’objet de tous les désirs : de l’homme qui au départ l’a acheté, d’un groupe de fervents croyants, d’une interprète qui fait un doctorat en linguistique, et deux chefs de clans mafieux qui sont en concurrence pour devenir le nouveau parrain montréalais !

Et Sigouin doit naviguer là-dedans, avec son frère qui se ramène et sa nouvelle amoureuse qui croit qu’il s’est rangé. Quel miracle le sortira de cette histoire de fous qui par ailleurs le fait grandement méditer sur notre temps ?

Éric Gauthier nous raconte ça avec une verve et une truculence, une intelligence aussi, qui nous ensorcellent.

D’autant que Deodatus lui-même s’est très bien adapté à sa nouvelle ­situation. Rien ne sert de se prendre la tête, mieux vaut profiter de la vie à n’importe quelle époque ! Possible même qu’il se promène encore en ville...