/weekend
Navigation

Maudit cancer

Le gouffre lumineux, Les carnets d’Anick Lemay, Éditions Urbania, 120 pages
Photo courtoisie Le gouffre lumineux, Les carnets d’Anick Lemay, Éditions Urbania, 120 pages

Coup d'oeil sur cet article

On dit souvent que parler de sa maladie, se confier à des amis fait partie de la guérison. C’est ce qu’a décidé de faire l’actrice connue et appréciée du public Anick Lemay lorsqu’on lui a diagnostiqué, à l’âge de quarante-sept ans, non pas un, mais trois cancers aux seins.

Même si elle n’aime pas étaler sa vie privée à la une des magazines à potins. Elle a convaincu le magazine Urbania de publier cette chronique de sa maladie et de sa guérison. Elle pourrait ainsi contrôler les ouï-dire et les commentaires à son sujet. Ces seize chroniques sont maintenant rassemblées dans un livre, joliment édité, avec quelques photos des plus attachantes.

Cela commence par l’annonce de la terrible nouvelle. « Je n’ai plus de repères. Je flotte dans le vide. Je n’ai plus le moindre contrôle sur ma vie. » Cela est d’autant plus difficile à accepter qu’il s’agit d’une femme indépendante, qui a toujours été en contrôle de son destin. Pendant les mois à venir, elle sera à la merci de la maladie. Mais elle devra résister, car elle sait qu’elle engage une lutte à mort contre ces petits crabes qui se sont incrustés dans son organisme.

On lui avait annoncé qu’il n’y avait que le sein gauche qui était atteint. Mais à quelques heures de la mastectomie, nouvelle radiographie : le sein gauche est lui aussi attaqué, par un type de cancer très rare. Puis on a décelé une tache sur la colonne. La tension est à son comble, car si cette tache s’avère d’origine cancéreuse, ce n’est pas une mastectomie qu’il faudra pour guérir Anick, mais bien un autre type de traitement. Finalement, fausse alerte. « Jamais t’auras vu une fille aussi heureuse de perdre ses deux seins », dit-elle comme pour se convaincre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

« Un champ de bataille »

Un des moments les plus difficiles, raconte-t-elle, c’est lorsqu’on lui enlève les pansements, alors qu’elle va découvrir l’ampleur du désastre, une semaine après l’opération : « Un champ de bataille rempli de mines personnelles. » Elle devra recevoir ensuite des traitements de chimio, « avec du jus rouge qui va bientôt envahir mon corps » pendant une heure et demie. La chimio va lui faire vivre « un bad trip digne du film Transpotting ». S’ensuit toute une série de soins : pilule « antivomitive », cortisone, injection pour nourrir les globules blancs en prévision de la prochaine séance.

Heureusement, pour l’aider durant cette traversée du désert, elle peut compter sur l’appui de vingt-quatre fées, des amies solides qui se relaient pour lui venir en aide jour et nuit. Au quatrième jour, Anick prend la décision de se raser les cheveux, car il n’est « pas bon pour le moral de les laisser tomber en touffes disparates ». Pour détendre l’atmosphère, une des fées lui apporte un assortiment de perruques de différents styles et couleurs, dont une à la Angela Davis. Une autre la couvre d’une crème miracle qui pourra régénérer sa peau malmenée par la chimio. Les six mois passés sous traitement lui seront d’autant moins pénibles. « J’ai l’impression d’avoir l’air d’un poisson qui manque d’oxygène au fond d’une chaloupe », dit-elle, alors que la fin approche et qu’elle peine à marcher. Une souffrance de loin plus forte que la douleur d’accoucher. Une douleur qui gruge le moral. Heureusement, une fée veille sur elle et l’emmène dans sa maison « faite de pain d’amour ».

Pour bien vaincre la maladie, il lui faut maintenant se soumettre à vingt-cinq séances de radiothérapie. Du lundi au vendredi, pendant cinq semaines, son corps est bombardé de rayons. Sa peau deviendra plus obscure, comme brûlée, mais heureusement, ses cheveux, ses sourcils, ses cils ont recommencé à pousser. Ne restera plus que l’hormonothérapie.

C’est la fin des traitements, c’est la fin des carnets. On ressent comme un grand vide, car on a l’impression d’avoir suivi à la trace Anick Lemay dans son chemin de croix. Mais on est tout de même heureux que ce drame se soit bien terminé.

Et puis, ce magnifique fold in au centre du livre, qui présente toutes les fées accompagnatrices, est la preuve que l’humanité existe encore.