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35 ans plus tard, la médaille d'or de Sylvie Bernier encore synonyme de fierté

Le 6 août 1984, Sylvie Bernier devenait championne olympique à Los Angeles

Asthmatique sévère durant son enfance, le plongeon est entré dans la vie de Sylvie Bernier après qu’un médecin eut conseillé, afin de faciliter sa guérison, « qu’elle bouge sept jours sur sept ». À l’âge de 20 ans, le 6 août 1984, elle devenait championne olympique aux Jeux olympiques de Los Angeles. « C’est un cadeau d’avoir une passion dans la vie », répète-t-elle aujourd’hui.
Photo Jean-Francois Desgagnés Asthmatique sévère durant son enfance, le plongeon est entré dans la vie de Sylvie Bernier après qu’un médecin eut conseillé, afin de faciliter sa guérison, « qu’elle bouge sept jours sur sept ». À l’âge de 20 ans, le 6 août 1984, elle devenait championne olympique aux Jeux olympiques de Los Angeles. « C’est un cadeau d’avoir une passion dans la vie », répète-t-elle aujourd’hui.

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Sa médaille d’or usée par «tellement de gens qui l’ont touchée» n’a rien perdu de sa valeur, 35 années plus tard. Depuis le lundi 6 août 1984, lorsqu’elle est devenue championne olympique au tremplin de 3 mètres des Jeux de Los Angeles, cette médaille symbolise encore aujourd’hui la réussite qui a dicté la vie de Sylvie Bernier.

Sylvie Bernier sur la plus haute marche du podium avec la précieuse médaille d’or autour du cou est entourée de Cristina Seufert et de Kelly McCormick.
Photo d'archives
Sylvie Bernier sur la plus haute marche du podium avec la précieuse médaille d’or autour du cou est entourée de Cristina Seufert et de Kelly McCormick.

La passion pour son sport, la discipline, les sacrifices durant son adolescence et la conscience du travail bien fait ; toutes ces vertus opéraient déjà chez la plongeuse alors âgée de 20 ans.

Forcément, un taux de confiance élevé portait l’athlète native de Sainte-Foy, au matin de cette compétition historique, quand elle avait ouvert les rideaux de sa fenêtre donnant sur le ciel sans nuages de la Californie. À sa colocataire du moment, elle lui avait lancé tout naturellement : «Quelle belle journée pour gagner une médaille d’or».

Pourtant, Sylvie Bernier débarquait dans un champ de mines à ces Jeux. L’Américaine Kelly McCormick, favorite de l’épreuve, avait les États-Unis à ses pieds. Fille de Patricia McCormick, légende vivante du plongeon avec quatre médailles d’or aux Jeux olympiques de 1952 et 1956, elle avait fait l’objet d’un long reportage dans le magazine Sports Illustrated et des scènes avec sa célèbre mère avaient déjà été tournées par le réseau ABC, prêtes pour diffusion suivant sa victoire attendue à Los Angeles.

«J’ai toujours été une athlète réservée et introvertie. Aux Jeux panaméricains et du Commonwealth, j’avais dit que je me sentais bien, mais jamais je ne disais que j’allais gagner. La veille de la compétition aux Jeux de Los Angeles, par contre, c’était la première fois que je disais à des journalistes “je suis ici pour gagner”. C’était la première fois que je le sentais vraiment», se souvient Sylvie Bernier.

Au lendemain de sa victoire historique, <i>Le Journal de Québec</i> étale la performance de la plongeuse de 20 ans.
Photo d'archives
Au lendemain de sa victoire historique, Le Journal de Québec étale la performance de la plongeuse de 20 ans.

Visualisation efficace

Cette profonde assurance résultait d’une remarquable technique de visualisation appliquée durant les deux années précédentes. Cette journée du 6 août 1984, la Québécoise l’avait construite dans son esprit.

Parallèlement à la maîtrise de ses figures en vol, tout l’environnement à ce théâtre olympique était défini. Vraiment tout : son lever, son déjeuner, le chemin vers la piscine, le réchauffement avant le concours, la sieste d’après-midi, etc.

Six mois avant les Jeux, une visite à University of Southern California, où allait se dérouler la compétition, avait permis de fignoler son scénario avec plus de détails : l’emplacement du bassin et des estrades, les sièges où ses parents allaient s’asseoir, le tremplin utilisé, le trajet menant au podium, la musique et les fleurs de la cérémonie, etc.

La Ville de Sainte-Foy avait organisé une cérémonie, le 13 août 1984, pour saluer SA championne olympique. 
Photo d'archives
La Ville de Sainte-Foy avait organisé une cérémonie, le 13 août 1984, pour saluer SA championne olympique. 

Isolée grâce à son «walkman»

Il restait maintenant à exécuter les plongeons répétés des milliers de fois. Pour éviter de se faire aspirer par l’appui réservé aux Américaines Kelly McCormick et Christina Seufert, éventuellement médaillées d’argent et de bronze, Bernier s’isolait entre chaque ronde avec la chanson What A Feeling du film Flashdanse, les oreilles emplies par le son de son précieux «walkman» jaune.

«C’est pour ça que j’avais tout préparé. Je ne voulais pas écouter la foule parce que je savais qu’elle était derrière les Américaines. Je n’entendais rien, j’étais tellement concentrée.

Quand j’arrivais sous le tremplin, je déposais mon walkman jaune au même endroit et je le reprenais tout de suite après être sortie de l’eau», dit-elle.

Le sport s’est occupé du reste. Constante du premier à son 10e saut, Sylvie Bernier a devancé toute autre rivale. McCormick, dernière à s’exécuter, n’a pas réussi à rejoindre la meneuse du moment et a dû lui concéder la médaille d’or.

«À ma sortie de la piscine, c’est Cristina Seufert qui m’a annoncé : “You’re winning”. Je ne comprenais pas. J’étais juste heureuse d’avoir bien plongé. Ma satisfaction était là. J’avais le sentiment que je n’aurais pas pu mieux plonger. J’aurais pu terminer 3e ou 4e, mais je n’aurais jamais pu dire que j’étais déçue.»

Le 13 septembre 1984, le premier ministre René Lévesque félicite la médaillée d’or lors d’une réception à
l’Assemblée nationale.
Photo d'archives
Le 13 septembre 1984, le premier ministre René Lévesque félicite la médaillée d’or lors d’une réception à l’Assemblée nationale.

Après-carrière réussie

Diplômée en administration des affaires, détentrice d’une maîtrise de l’Université McGill, conférencière, auteure, porte-parole de multiples causes et ambassadrice de saines habitudes de vie, Sylvie Bernier dit profiter du recul nécessaire, 35 ans après son sacre olympique, pour apprécier sa transition après sa carrière de plongeuse.

À commencer par son rôle de maman et sa famille de trois enfants, «l’équilibre de ma vie» à la base de «ma sérénité».

«Je suis aussi fière aujourd’hui de mon après-carrière que de ma médaille d’or. Quand j’avais gagné, je me souviens avoir dit aux gens près de moi : ma médaille, je la range dans le tiroir et j’espère, un jour, dans 30 ou 40 ans, que j’aurai accompli autre chose, pas pour le monde, mais pour moi, pour me dire que ma vie n’allait pas s’arrêter à l’âge de 20 ans.»

«C’était vraiment important pour moi que je ne puisse pas parler seulement de ma médaille. J’avais aussi le désir d’apprendre, le désir de m’améliorer, et aujourd’hui le plaisir de donner.»

Autre scénario visualisé avec succès...

Un message puissant, gracieuseté de Gaétan Boucher

«Quand Gaétan a gagné, ça m’a donné une bouffée de confiance qui voulait dire : OK, c’est possible, c’est pour ça que je suis maintenant ici. Ç’a été puissant.»

Seule dans son appartement de la rue Christophe-Colomb à Montréal, Sylvie Bernier a vu la conquête des deux médailles d’or et celle de bronze de Gaétan Boucher, lors des Jeux olympiques de Sarejevo, sur sa télévision munie d’une laine d’acier à l’antenne «et que je devais brasser pour rétablir l’image».

Ces résultats historiques du mois de février 1984, de la part d’un athlète originaire comme elle de la région de Québec, ont conforté sa décision d’être « partie en autobus avec ma valise » pour de meilleures installations d’entraînement au Centre Claude-Robillard, malgré tous les sacrifices que ça imposait.

Une rencontre magique

Encore inconnue cinq mois avant les Jeux de Los Angeles, la plongeuse avait voulu bonifier sa préparation en rencontrant le patineur désormais légendaire qui surfait sur la gloire. Par l’entremise de Pierre Lacroix, devenu entre-temps l’agent de Boucher afin de gérer l’explosion de sa carrière, elle obtient le numéro pour le joindre. Intimidée, elle l’attrape au téléphone et, quelques jours plus tard, les deux athlètes – qui ne se connaissaient pas – partagent un repas dans un restaurant de la rue Saint-Denis.

«Ça faisait juste un mois qu’il avait gagné ses médailles, c’était encore la folie. Du champagne arrivait soudainement sur la table ! Quand on s’est laissé, je lui ai dit : sois certain que la prochaine fois, le champagne va venir pour moi», raconte Bernier.

Toc ! Toc ! C’est moi...

La plongeuse a vécu à son tour son sacre olympique au mois d’août suivant, le temps a filé, puis une vingtaine d’années plus tard, elle a sauvé sa promesse.

«J’ai dit à mon conjoint, il faut que j’aille porter la bouteille de champagne à Gaétan. Je suis arrivée chez lui, il a ouvert la porte et je lui ai dit : tiens, la v’là ta bouteille!» rigole l’ex-plongeuse, qui habite aujourd’hui à Rosemère le même quartier que son célèbre ami.

Blessure

À trois semaines des Jeux, la catastrophe

Les photos qui nous la montrent radieuse sur le podium de Los Angeles ne disent pas tout : c’est avec une côte fêlée qui lui faisait mal que Sylvie Bernier a remporté sa médaille d’or olympique.

Durant un jour d’entraînement comme un autre au Complexe Claude-Robillard, trois semaines avant les Jeux, la plongeuse se prêtait à des exercices routiniers au sol. «J’entends et je sens un craquement», se souvient-elle encore clairement.

Couchée sur le dos et le souffle difficile, son entraîneur doit l’aider à se relever. Dans la même heure, elle remplit un sac et file à la gare d’autobus, direction Québec. Au Peps de l’Université Laval, elle se soumet à des radiographies. Diagnostic : une côte fêlée.

À trois semaines des Jeux, c’est la panique. Un médecin y va de ses recommandations. «Ça va te faire mal et il faut que tu réduises ton entraînement de 50 %. Tu ne peux pas continuer au rythme actuel», avise le «doc» avant de lui prescrire des anti-inflammatoires.

Sylvie Bernier exigera de son entourage le secret le plus hermétique sur sa blessure et, durant un séjour à Phoenix précédant son arrivée aux Jeux de Los Angeles, elle s’entraîne à l’heure des bains libres et volontairement à l’écart de l’équipe canadienne. Elle n’effectue qu’une ou deux fois chacun de ses plongeons.

«Même après que j’eus pris ma retraite, ç’a pris des années avant que je ne ressente plus de douleur.»

Renommée

Trois générations

Sylvie Bernier s’est longtemps glissée dans le quotidien des Québécois, d’abord dans l’image collective lors de sa victoire aux Jeux olympiques de 1984, ensuite dans des milliers de salons en tant qu’animatrice de Fort Boyard, entre 1997 et 2001 à TVA, ou durant 15 ans comme chroniqueuse à Salut, Bonjour !. D’autres la connaissent en fréquentant une piscine de Sainte-Foy qui porte maintenant son nom.

«Si je rencontre au centre commercial une mamie, la maman et son enfant, la mamie me connaît par Los Angeles, la maman par Fort Boyard, puis le petit gars me dit : c’est toi, la piscine?» illustre-t-elle pour relier les générations.

Discipline olympique

Pionnière au Québec

Alexandre Despatie, Émilie Heymans, Jennifer Abel, Annie Pelletier ; le Québec a vu défiler nombre de médaillés olympiques en plongeon depuis que Sylvie Bernier devenait la première de l’histoire au Canada à remporter une médaille d’or dans ce sport en 1984. Ne serait-ce que pour l’effet que son coup d’éclat a eu sur une génération de plongeurs, l’ex-athlète de Sainte-Foy en retire une douce fierté.

«En 1980, quand tu disais que tu plongeais, les gens pensaient que tu lavais la vaisselle dans un restaurant. Il fallait que tu expliques», se souvient celle qui était alors la seule francophone de l’équipe nationale.