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La violence: «Aussi américaine que la tarte aux pommes»

Quentin Tarantino
Photo AFP Quentin Tarantino

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Le dernier film de Quentin Tarantino, Il était une fois à Hollywood, a un énorme succès, comme la plupart de ses précédentes réalisations. Avec 41,1 millions de dollars de revenus, c’est le meilleur week-end d'ouverture de la carrière de Tarantino.  

Tarantino me révulse. L’esthétique de la violence gratuite et de la désillusion fait de lui l’icône par excellence de la culture américaine contemporaine. Il dit que la violence est la forme de divertissement la plus agréable, ajoutant que ce qu’il aime voir, c’est un homme «saignant comme un cochon coincé». Dégoûtant.        

Dans un article paru dans The Gardian en 2015, l’auteur américain Alex Suskind note que l’idéalisme de l’Amérique n’est égalé que par sa soif de sang. «Nous sommes une nation désespérément et interminablement accro à la violence, et nous la recherchons dans nos émissions de télévision, nos livres et, bien sûr, nos films.»        

Et les Américains la vivent de plus en plus fréquemment dans leurs lieux publics comme le démontrent les deux tueries du week-end. Y a-t-il un lien à faire entre ces assassinats de masse et la violence au cinéma? Après la tuerie d’Orlando de 2016, la critique afro-américaine ReBecca Theodore-Vachon affirme: «Pour parler franchement, le noyau des valeurs américaines est enraciné dans la violence. [...] Les fusillades de masse ne sont pas des aberrations – elles sont la continuation d’un héritage de haine et de violence, tissé dans la culture et la société américaines. »         

On a attribué au chef des Black Panthers, Huey P. Newton, lui-même tué de trois balles au visage, la formule voulant que «la violence soit aussi américaine que la tarte aux pommes».        

Quentin Tarantino dans ses films exploite le besoin de férocité et de violence de ses compatriotes. Il encourage son public à se moquer de la torture, de la mutilation et du viol. Un critique considère Tarantino comme un véritable héros culturel et un héros national. Il réussit à faire des films acclamés par les snobs et les intellectuels et appréciés des auditoires de masse. Il a trouvé la recette : faire des clins d’œil aux grands films de l’histoire du cinéma en y injectant des doses massives de violence sanguinaire pour les rendre appétissants aux classes populaires.        

Deux exemples. Django Unchained est un western de vengeance de Tarantino se déroulant avant la guerre de Sécession. Le film comporte une cinquantaine d’homicides sanglants, y compris un esclave déchiqueté par une meute de chiens, un homme battu à mort avec un marteau et trois autres atteints par balles dans les parties génitales, qu’on laisse souffrir pour la satisfaction des spectateurs avant de les achever. Mark Di Ionno du New Jersey Star-Ledger ironise en disant que Tarantino aime mieux les chevaux que les êtres humains puisqu’il s’est cru obligé dans le générique du film de rassurer l’auditoire: «Aucun cheval n’a été maltraité pour la réalisation de ce film.» La fusillade de Sandy Hook de décembre 2012 au cours de laquelle 20 enfants et 7 adultes ont été assassinés a obligé le producteur du film, le magnat maintenant déchu, Harvey Weinstein, à annuler sa première américaine.        

Un autre western-vengeance de Tarantino, Kill Bill, est considéré comme l’un des films les plus violents de l’histoire du cinéma. La fameuse scène dite «Crazy 88» où son héroïne s’attaque à 88 yakusas (mafiosos japonais) a été jugée tellement dégoulinante de sang que Tarantino a été contraint par la Motion Picture Association of America de la convertir en partie en noir et blanc pour la sortie en salle. Une version en couleur est disponible en ligne pour les psychopathes et autres déviants. La jeune femme coupe aussi le haut de la tête d’une rivale à coup de sabre et arrache un globe oculaire d’un ancien complice.        

En 2013, la critique Jenny McCartney du Sunday Telegraph déplore la dérive vers la violence d’Hollywood: «J’ai vu l’accent se déplacer progressivement vers la présentation à l’écran de la brutalité la plus extrême comme un simple plaisir, presque sensuel: le public est invité à savourer l’éclatement au ralenti de la tête d’un homme avec la même satisfaction inconditionnelle qu’il éprouve à bouffer du pop-corn. Les tueurs professionnels ne sont plus des méchants, mais des stars charismatiques. Même les héros exécutent des actes de vengeance grotesque qui auraient été impensables autrefois. Trop souvent, on pousse le spectateur à prendre la part du psychopathe.»        

Aux États-Unis, faut-il le souligner, le rôle incitatif des films violents sur les individus troublés mentalement est amplifié par leur accès facile à des armes de guerre.