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Revenu Québec a attendu un an avant d’enquêter

L’employée était soupçonnée depuis longtemps, mais son cas avait été mis en veilleuse

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L’employée de Revenu Québec soupçonnée d’avoir orchestré une fuite de renseignements personnels de 23 000 fonctionnaires avait attiré l’attention des enquêteurs internes au ministère il y a un an, mais ce n’est qu’en juillet dernier qu’une enquête approfondie a été lancée à son sujet.   

Une importante fuite de renseignements personnels datant de plus de quatre ans a alors été découverte, selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête.   

Revenu Québec a révélé hier qu’un membre de son personnel a transféré en dehors de son lieu de travail les renseignements de milliers d’employés, actuels ou passés, soit leurs nom, prénom, numéro d’assurance sociale pour plusieurs.    

  •  ÉCOUTEZ Mathieu Fortier, conseiller financier, à l'émission Avocats à la barre à QUB radio:  

  

La révélation a suscité l’indignation, tant chez les employés que dans le grand public.   

Son cas mis de côté 

L’employée en question est une résidente de Québec du nom de Sandra Fajardo, 39 ans.   

Selon nos sources, elle était déjà soupçonnée l’année dernière d’avoir consulté sans autorisation une douzaine de dossiers fiscaux dans le système informatique de Revenu Québec.   

Mais son cas aurait alors été mis de côté, jusqu’à ce que l’employée soit rencontrée, il y a environ un mois, par des enquêteurs du ministère.   

  •  Geneviève Laurier de Revenu Québec était à l’émission Le 6 à 9 de Caroline et Maka sur QUB radio:  

  

Des vérifications de ses comptes de courriels ont alors été effectuées. C’est là que les enquêteurs ont découvert que Fajardo aurait envoyé à son adresse courriel personnelle et à celle de son conjoint une quinzaine de courriels contenant des fichiers avec des informations personnelles.   

Le tour de la police 

Fajardo, qui avait un statut d’employée occasionnelle, avait déjà été rencontrée dans le passé pour des gestes de même nature.   

Mais elle persistait à poursuivre cette pratique en disant avoir l’autorisation d’un supérieur.   

Dès que la direction de Revenu Québec a été alertée du transfert des fichiers contenant les renseignements personnels de 23 000 personnes, le 25 juillet dernier, elle a contacté la police.   

Selon nos informations, les gestionnaires du ministère ne voulaient pas se retrouver dans la même situation que ceux de Desjardins.   

L’institution bancaire a fait l’objet de critiques, au cours des dernières semaines, pour avoir tenté d’agir elle-même lorsqu’elle s’est rendu compte qu’un employé aurait dérobé les données personnelles de 2,9 millions de clients, au lieu de laisser la police faire son enquête.   

Au moment de suspendre son employée, Revenu Québec aurait même évité de faire allusion aux courriels envoyés avec les renseignements personnels, en guise de précaution pour éviter la destruction de preuve.   

Pas d’intention criminelle 

D’après nos informations, rien n’indique que Sandra Fajardo ou son conjoint auraient eu une intention criminelle, comme vendre les renseignements personnels à des organisations criminelles.   

Par contre, Revenu Québec a une politique claire concernant l’utilisation des données et des documents du ministère.   

« Ça risque de devenir un dossier disciplinaire, pas un dossier criminel », selon une source.   

Fajardo et son conjoint ont été arrêtés par la Sûreté du Québec hier, et leur résidence a été perquisitionnée. Mais ils ne sont pour le moment accusés de rien.