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Armés et délirants: les évangéliques pro-Trump

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 Le 28 février 2018, des centaines de membres d’une secte évangélique participent à une cérémonie religieuse. Certains portent des fusils d’assaut AR-15. Ils sont convaincus que l’Ancien Testament fait référence à cette arme. Ils citent le chapitre 2, verset 27 du livre de l’Apocalypse: «Il les gouvernera avec une verge de fer» pour justifier leur vénération du AR-15. L’arme vient de servir au massacre de l’école de Parkland en Floride quelques semaines plus tôt. Bilan: 17 morts et 17 blessés.  

 L’AR-15 est l’arme de prédilection des tueurs de masse aux États-Unis. Elle a été utilisée pour tuer 58 personnes et en blesser 851 autres à Las Vegas en octobre 2017. Une nouvelle version de l’AR-15 à canon court (plus facile à dissimuler) a servi à Dayton, en Ohio, la semaine dernière pour assassiner 9 personnes et en blesser 27. L’arme était dotée d’un chargeur de 100 balles. Le tueur en a tiré 41 en 30 secondes avant d’être abattu par la police.  

 C’est aussi l’arme fétiche des républicains. Plusieurs élus se vantent d’en posséder une et sont fiers de poser avec leur arme chérie.  

 La cérémonie délirante faisant l’apologie de l’AR-15 s’est déroulée au sanctuaire de la paix et de l’unification du monde, à 30 kilomètres de Scranton, en Pennsylvanie. Certains fidèles en extase avaient une ceinture de balles autour de la tête pour rappeler la couronne d’épines du Christ. Prudents, des adjoints du pasteur s’étaient assurés que les armes n’étaient pas chargées. On ne sait jamais! Informée de la dévotion des fidèles à l’AR-15, une école primaire à proximité a annulé ses cours pour la journée. Selon The Philadelphia Inquirer, le service religieux faisait partie du «festival de la Grâce» qui comprenait également un dîner de remerciement et d’encouragement au président Trump, dont le bon pasteur a fait l’éloge.  

 Dans le New York Times du 31 décembre 2018, la journaliste d’enquête Katherine Stewart, qui suit les activités politiques de la mouvance évangélique, analyse l’étrange histoire d’amour entre l’extrême droite religieuse et Donald Trump. Un mois avant les élections de mi-mandat de 2018, un millier de cinémas américains ont projeté le film The Trump Prophecy, qui raconte l’histoire de Mark Taylor, un ancien pompier qui prétend que Dieu lui a révélé en 2011 que Donald Trump serait élu président.  

 Le film présente Trump comme la réincarnation du roi païen Cyrus de Perse qui a libéré les Juifs de Babylone. Il a été réalisé en collaboration avec l’Université Liberty, dont le président Jerry Falwell Jr, joue un rôle primordial dans la mobilisation de la droite évangélique en faveur de Trump.  

Dans une scène cruciale du film, le héros ouvre une bible au chapitre 45 du livre d’Isaïe, qui décrit la consécration du roi Cyrus par Dieu. Puis on passe une scène où Trump participe à une émission de télévision évangélique. Katherine Stewart explique que les attributs antichrétiens et antidémocratiques de Trump constituent un élément essentiel de son attrait pour la droite religieuse dure. Selon elle, ce que les évangéliques veulent vraiment, c’est un roi. Elle ajoute: «Ce qui est formidable avec des rois comme Cyrus [...] c’est qu’ils ne sont pas tenus de respecter les règles. Ils sont la loi.»  

Trump comprend bien leur besoin d’une poigne de fer d’un despote. Steward observe: «J’ai assisté à des dizaines de conférences et d’événements nationalistes chrétiens ces deux dernières années. Et bien que j’aie entendu de nombreux commentaires jeter un doute sur les aspects plus discutables du caractère de M. Trump, l’essentiel des propos se résume presque toujours à la conviction qu’il est un miracle envoyé directement du Ciel pour ramener la nation au Seigneur. J’y ai aussi appris que résister à M. Trump équivaut à résister à Dieu.»  

 Cette droite, essentiellement constituée de sectes protestantes, va jouer un rôle déterminant aux présidentielles de 2020. Les évangélistes sont plus de 60 millions et leur niveau de participation électorale est élevé. Centre névralgique du conservatisme religieux aux États-Unis, la «Bible Belt» appartient aux républicains et à Donald Trump. Jadis esclavagistes, ces États sont parmi les plus arriérés du pays.  

 L’Utah, majoritairement mormon, est aussi un État fondamentaliste pro-Trump. Son histoire, typiquement américaine, est encore plus loufoque que vous pouvez l’imaginer. En 2011, les élus de l’Utah ont choisi solennellement le pistolet automatique Browning 45 M1911 comme arme à feu, symbole de l’État.  

 Le culte des armes à feu aux États-Unis dépasse largement la simple stupidité, pour atteindre la névrose obsessionnelle.