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L’art du langage coquin

Intimate couple having sex on bed
Photo Adobe Stock

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Parler pendant l’acte sexuel ? Un plaisir dont plusieurs jouissent. En effet, un grand nombre de personnes actives sexuellement utilisent non seulement le langage corporel pour se faire plaisir, mais utilisent également les mots pour stimuler leur appétit érotique. Le choix des mots, le moment pour les prononcer ainsi que les personnes avec qui le vivre ne se fait pas à la légère. Si les mots coquins peuvent provoquer une excitation sexuelle hors du commun lorsque chuchotés dans un contexte propice, ils peuvent tout aussi bien vous faire bondir hors du lit, en furie ! Le langage coquin est certes un art, mais un art à cultiver avec soin...

« La voix de l’amant(e) est décisive pour l’émoi des sens. Certains, selon leur sens dominant, seront plus sensibles aux odeurs ou à l’image. Mais le bain sonore dans lequel l’autre nous enveloppe a le même effet qu’une caresse, qui nous électrise ou pas », affirme Sophie Cadalen, psychanalyste, essayiste et auteure de romans érotiques.

Peut-être cette sensibilité aux sons, aux mots provient-elle de l’enfance ? Peut-être provoque-t-elle en chacun une sensation apaisante, recherchée. Ou peut-être pas ! Bref, l’utilisation des mots lors de relations sexuelles se fait souvent de façon bien consciente, mais il arrive également que les paroles exprimées aboutissent lorsqu’un lâcher-prise ou une excitation est à son comble.

Du plaisir à la peur

Anna (prénom et détails du vécu modifiés afin de préserver l’anonymat, à la demande de la lectrice), une femme de 28 ans exprime : « J’ai toujours trouvé que les mots avaient une puissance inestimable. J’aime écrire, depuis que je suis toute petite. Une chose, par contre, je n’aurais jamais pensé utiliser les mots pour me conduire au 7e ciel lors de relations sexuelles. C’est arrivé la première fois, alors que j’avais un peu consommé de l’alcool et que je me sentais divinement bien avec la fille avec qui je couchais. Nous ne nous fréquentions que depuis peu, mais c’était si naturel entre nous que j’avais l’impression de la connaître depuis toujours. Ce soir-là, quand nous avons fait l’amour dans son lit, je me suis permis de mettre en mots tout ce que je ressentais, tout ce que je désirais. Sa réaction m’indiquait que j’étais sur le bon chemin, j’ai donc poursuivi. Parfois juste des mots, parfois une histoire, une mise en scène. Je me sentais libre et complètement abandonnée dans le plaisir. Ce genre de chose ne se vit certainement pas très souvent et je le chéris encore. »

Des mots envahissent parfois l’univers érotique, dans l’esprit, mais certaines personnes n’osent les prononcer dans la réalité. Comme c’est le cas de Justin, un lecteur de 48 ans : « Il m’arrive très souvent d’avoir des pensées sur les façons de faire sexuellement avec ma blonde, mais je n’arrive jamais à les concrétiser. J’aimerais faire du dirty talk avec elle, ça m’excite énormément. Mais j’ai tellement peur de la blesser, de l’insulter, et qu’elle se referme. Déjà que ce n’est pas toujours facile sexuellement pour nous deux, s’il fallait en plus que j’ajoute des comportements pour la déstabiliser, je signerais peut-être notre arrêt de mort comme couple ! Je fais des blagues, à demi, mais je ne sais pas du tout comment elle réagirait, donc je me tais. »

Se préparer, en discuter... avant

Naturellement, la communication étant un atout important au sein d’un couple, il est sans doute préférable de discuter de plusieurs possibilités de comportements ou d’agissements en matière d’intimité sexuelle avant de passer à l’acte. Mais parfois, l’élan du moment ouvre des portes insoupçonnées... cela ne veut pas dire qu’il faille toutefois y entrer nécessairement. La discussion érotique ou le langage coquin doit effectivement se faire dans un contexte de consentement mutuel et de respect. « En synthétisant deux études sur le dirty talk (“mots sales”), Peter Jonason et son équipe lancent un éclairage novateur sur le langage érotique utilisé par les amants. Leur travail est publié dans les Archives of Sexual Behavior en septembre 2015. Première découverte, qui s’oppose aux études précédentes, les mots ont leur place au lit puisque 92 % des personnes interrogées dans l’étude parlent durant l’acte sexuel (...). Les auteurs de l’étude différencient les échanges centrés sur soi, qu’ils qualifient d’individualistes, et ceux dédiés au partage du plaisir, appelés mutualistes (...) Dans la première étude, 569 conversations érotiques ont été rapportées en ligne. Les chercheurs en ont tiré huit thèmes principaux : la domination sexuelle ; la soumission sexuelle ; la possession sexuelle ; les fantasmes ; les conseils pour guider ; le renforcement positif ; les liens intimes ; les appels réflexes. La seconde étude a ensuite évalué les différences individuelles à l’intérieur des huit thèmes, ainsi que la satisfaction sexuelle. 283 participants, dont 52 % de femmes, âgés de 19 à 68 ans, ont rempli une étude en ligne. 79 % étaient dans une relation stable, 88 % étaient hétérosexuels, 7 % bisexuels et 4 % homosexuels. Résultat : 92 % utilisaient des paroles érotiques.

Au bout d’analyses complexes, les auteurs ont associé les thèmes de domination, soumission et possession sexuelles, ainsi que les fantasmes aux échanges individualistes. Les échanges mutualistes étaient liés aux conseils, au renforcement positif, aux liens intimes et aux appels. »

Source : francetvinfo.fr, Dr Charlotte Tourmente, journaliste à la rédaction d’Allodocteurs.fr., octobre 2015