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«L’enfant de Garland Road» de Pierre Simenon: traque effrénée pour retrouver un enfant

Pierre Simenon
Photo courtoisie, Shelli Wright Pierre Simenon

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Pierre Simenon s’est lancé dans l’écriture d’un roman intense, où l’aspect psychologique se marie à l’action dans son deuxième roman, L’enfant de Garland Road. Se déroulant au Vermont – terre d’adoption du fils de Georges Simenon – cette histoire captivante montre le courage d’un homme qui se lance à la poursuite d’un détraqué qui a enlevé son fils adoptif.

Auteur habile, très doué pour dépeindre une vaste palette de sentiments humains, Pierre Simenon voulait d’abord et avant tout écrire l’histoire intimiste d’un homme qu’on prend au bord du désespoir et qui remonte la pente. Mais les choses se compliquent au moment où Kevin, son héros, croit être au bout de ses peines.

Kevin O’Hagan, 63 ans, est au bord du gouffre. Ancien avocat, écrivain au succès mitigé, veuf torturé par la toxicité d’un mariage déchu, il dépérit à vue d’œil. Ses plans sombres changent lorsqu’il se retrouve père adoptif de son neveu, David, après la mort brutale et mystérieuse de ses parents. Puis, un jour, David disparaît de son école.

L’intrigue lui est venue d’un coup, alors qu’il faisait la promotion de son livre précédent, De père à père. «Je me suis laissé entraîner par l’histoire», note l’auteur, qui a écouté en boucle Don’t Come Around Here No More de Tom Petty en écrivant.

«Kevin et moi, on a des points communs, mais je crois que c’est un homme qui est beaucoup plus courageux que je ne pourrai jamais l’être», confie l’écrivain en entrevue.

«Je touche du bois : mon Dieu, que je ne me trouve jamais confronté à l’épreuve à laquelle lui-même est confronté ! Pour moi, en tant que père, il n’y a pas pire cauchemar que ce qui lui arrive, et ce qui arrive à son fils adoptif.»

Sujet difficile

Comme père – il a deux enfants – il a trouvé extrêmement difficile de traiter d’enlèvement. «Le sujet était épouvantable. Pour pouvoir l’écrire, il a fallu que je fasse des recherches. Il a fallu que j’aille sur les sites du FBI qui traitent de ces questions. J’ai une voisine qui est écrivaine et qui m’a prêté des documents. C’est un véritable cauchemar, ce genre de choses, et il y a pas mal de jours où j’ai écrit en pleurant.»

La Nouvelle-Angleterre, terre d’adoption de l’écrivain, prend beaucoup d’importance dans le roman. Il décrit magnifiquement le Vermont, cet état montagneux où les gens sont très près de la nature. «Je crois qu’un paysage et une contrée, si on la décrit correc­tement, ça devient plus qu’un tableau, ça devient un personnage. Kevin est un produit de ce Vermont. Fran aussi», dit-il en parlant de la meilleure amie de Kevin.

Introspection

Quand il a commencé à écrire ce livre, Pierre Simenon avait 58 ans. Il était donc un peu plus jeune que Kevin, mais cela l’amuse de savoir qu’il se rapproche maintenant de l’âge de son personnage, un homme éprouvé qui se questionne sur le sens de l’existence.

«Il y a certains avantages à l’âge, pas beaucoup, mais il y en a : on a de moins en moins le souci de ce que pensent les autres. On se dit : maintenant que la piste se raccourcit, je n’ai pas de temps à perdre avec les faux-semblants. Ce qui est important, c’est d’avoir de vrais amis.»

L’âge prête à la réflexion, ajoute-t-il, de même que les longs hivers des contrées nordiques. «Il y a un moment où Kevin dit que les mauvais souvenirs le rattrapent toujours, et qu’il ne peut pas profiter d’un des avantages de l’âge, qui est de revivre des moments premiers, comme l’odeur de la rosée au petit matin ou le souvenir du premier baiser.»

  • Pierre Simenon est le fils de l’écrivain belge Georges Simenon, auteur des célèbres enquêtes du commissaire Maigret.
  • Il habite au Vermont et sa parenté, du côté de sa mère, est d’Ottawa.
  • Il a également écrit le récit autobiographique De père à père et Au nom du sang versé, qui traite de la Seconde Guerre mondiale.

EXTRAIT

L’enfant de Garland Road, Pierre Simenon, Éditions Plon, 328 pages
Photo courtoisie
L’enfant de Garland Road, Pierre Simenon, Éditions Plon, 328 pages

«Les collines boisées du New Hampshire déroulaient sous un ciel plombé leurs branches dénudées de feuillage. L’hiver avait décidé de se réveiller avec vengeance ce jour-là et la température avoisinait moins quinze degrés, sans compter l’effet du vent qui lui aussi était de la partie.Il avait encore fallu une bonne heure de discussion la veille pour passer en revue les détails de la prise en charge de David par son oncle et signer les documents que Trent avait préalablement préparés. Pendant tout ce temps, Kevin avait été partagé entre le désir d’être avec sa fille et la crainte de ne pas savoir quoi lui dire.»

– Pierre Simenon, L’enfant de Garland Road, Éditions Plon